mardi 31 octobre 2006

TROUILLE INSPIRÉE PAR LE MANQUE

"La peur est le moteur de toute entreprise". Je ne sais plus qui a dit ça un jour, mais je ne suis pas d'accord (sauf pour ce qui a trait aux guerres). La peur est une maladie dans la même trempe que le cancer ou la peste bubonique: mortelle. Ça ronge l'intérieur et grossit de plus en plus à chaque bouchée.

Un cri contre la peur, donc. C'est ce que je vous offre ici. Démonstration de lourdeur et d'accablement de tous les côtés. La trouille scie et coupe comme une chainsaw dans du beurre: des morceaux volent dans toutes les directions et atteignent tous ceux qui sont présent...


la trouille
c’est ce qu’ils ont tous

tu n’as qu’à regarder autour de toi
dans la rue
toutes ces têtes de cancres qui fixent leurs pieds

ils ont peur de leur ombre

jamais tu ne croiseras leur regard
jamais tu ne connaîtras la profondeur absente de leur esprit

ils sont sales
ils sont laids
ils sont riches
ils sont humains

leurs paroles sont crachats
et leurs pensées sont néant

toi
tu es au milieu d’eux
à te demander comment te rendre à un resto
sans avoir à prendre l’autobus

tu n’oses pas leur demander
de peur de les rendre dingues
tu marches alors vers nulle part
à travers les rues d’une saleté presque aussi grandiose
que celle de ceux qui marchent dessus

tu voudrais leur marcher sur le corps
tu n’es pas assez grand
trop petit
tu ne fais que ruminer les pensées abjectes qui flottent en toi
c’est tout

la trouille
elle te prend aussi
par les tripes
par les couilles
par le cul
par l’estomac

tu la vomis cette trouille
sur les passants indifférents
ruminant leurs pensées abjectes se noyant en eux

toute la journée tu cherches
et ton estomac
boyaux tordus et remplis de merde
rugit du plus profond de ses entrailles

la faim fait fuir la trouille
ton corps fétiche finit par fanfaronner
sur un trottoir fangeux d’aquosité fondue par le soleil furieux
furieux de se sentir seul
furieux de sa félicité fébrile
furieux
tout simplement

donc
il brûle les bâtiments ternes
il brûle les macadams massacrés
il brûle les vêtements
les excréments laissés en cadeau par quelque chien
il brûle la peau
et le cerveau

c’est la trouille du soleil qui surgit du conscient atteint des marcheurs éternels

toi
tu as trouvé un endroit où manger
derrière un grand bloc de pierre de plusieurs étages
une poubelle dévoile ses plus beaux attraits
et tu manges
tu manges une lasagne à demi entamée
tu manges un beignet violé par une confiture de fraise
tu manges les restes d’un rat mort de faim
tu bois les fond de bouteilles
et tu en fais un mélange pour les dieux

festin de rois
festin de gueux

classification insignifiante chez les fientes
qui marche à pas de puce sous une lune déchirée par la trouille
et qui retrouveront leurs taudis de marbre et d’or
au ciel ou sous terre

10 mai 2002

mardi 24 octobre 2006

DEUX CHUCHOTEURS

Et le temps passe, sans voix... Ce poème a été écrit en deux voix. Moi et la sempiternelle Hélène, qui ne devrait plus avoir sa raison d'être dans mes poèmes après celui-ci. Une tentative un peu ratée de "cadavre exquis" surréaliste. On a écrit les strophes chacun notre tour, les impaires étant de moi. On dirait un élan jamais complété. Une vieille Ford T qu'on crinque sans pour autant la faire démarrer...

J'ai toujours admiré le talent d'Hélène, mais je pense que c'est à ce moment que j'ai réalisé qu'elle ne pouvait plus rien m'apporter. Je devais me tourner vers quelqu'un d'autre ou autre chose pour évoluer dans mon art. Le vide, pour le moment d'après, et le Brown et sa Compagnie, pour l'outre-époque dans laquelle il m'a fait découvrir des folies incontrôlées, le vent intempéré des flatulences intellectuelles de créatures moins humaines que mythiques à ce jour. La redécouverte de David Bowie, William S. Burroughs, la vie de junkies de la vie, se mouvant dans des lymbes mystiques où Dieu se vautre dans la merde et bois le sang de vierges en extase... C'est ce qui viendra... La peur est au rendez-vous, l'éclatement de neurones aussi!


Culbute dans la neige et sirènes de pompier sur les routes de l'Antarctique
Dynamitage des rocs jonchés dans la gueule d'un ours plein de tiques
Embolie cérébrale sur les côtes ensoleillées du nord méditerranéen
Tout cela pour un porc pourrissant sur un port et pourvu de pores pourpres de lin

Montagnes désertiques remplies de neige suffocante
Les camions vident les sens
Hépatite B qui court en hurlant aux quatre vents
Et mange les pores pourpres de lin

Dans un alphabet de gerbe ambulante
Le miel du jeûne nazir empiète sur les plates-bandes du cheval ailé
Celui qui ausculte d’un œil livide
La plaie ouverte et saignante d’un virus mal dégrossi

Une suite de chiffres désordonnés grimpe des escaliers interminables
Ne faisant pas attention aux minables
Certains s'effondre dans des culbutes
Et deviennent plus humains

Il est alors possible de fuir tous ces cancrelats
Mais le porteur s’effondre là
Sur le divan aux milles positions que voilà
Devenu une purée dans son orgueil las

Le rouge et le bleu retient au ciel
De là, on peut tout voir
Et dans un sourire cruel
Écraser les petits rats

De sous mes souliers viennent alors les craquements diffus
Je deviens un cheval latent
Brigandant les étoiles rougeoyant en fleur
Et dans les meurtrissures bleutées des prés aux larges arbres
Plus rien ne subsiste
Que le silence des herbes foulées par le vent

Des gratte-ciel écrasés
Essaient encore de bouger
Leur agonie va bientôt se terminer
Dans un soupir silencieux

Soupir qui s’efface à la rencontre du ciel en feu
Explosion de colère animale
Redonnant vie aux monstres de pierre
Une mort-vivance peu naturelle et gauche
Sous les lampadaires humides qui n’en ont que pour les chiffriers humains

Et maintenant, les écraseurs sont écrasés
Par leur propre monstre
Le chaos règne en puissance
Nous sommes perdus

Terminé le 1ier mai 2002 – Luc Pelletier et Hélène Tremblay

* Parlant de temps qui passe.... et pour ceux que ça intéresse, j'ai modifié une de mes entrées, plus bas, au poèmes "Les Éléphants" (entrée du 17 septembre 2006). je vous avais déjà parlé d'analyses que j'avais faites de quelques-uns de mes poèmes, et celui-là en fait partie. Je vous invite donc à aller lire l'analyse que je lui ai faite! :O)

jeudi 19 octobre 2006

LES PIEUX

Poème "jeu de mot" avec pieux. Droiture, sommeil, mort douloureuse. C'est aussi un texte mêlée d'une religion chaste tuméfiée et broyée par un désir incontrôlable. Nous sommes au coeur d'une cathédrale, les gargouilles fragiles regardent de leur haut perchoire la scène fatale qui verra la vertu avalée par le bouillon d'une jeunesse en manque de vie.

Dans un poème précédent, j'ai tué Dieu. Maintenant, je me débarrasse de la religion avec beaucoup plus de cruauté. La cruauté est le thème principal de ce troisème volet. Le volet se termine évidemment par un poème de circonstance que vous lirez plus tard et qui se nomme "Cruelle époque pour les embrochés". Une analyse viendra avec, pour les curieux qui se demandent ce qui se passe dans ma tête quand j'écris ces trucs.

Pour l'instant, je vous laisse vous jeter dans "Les pieux"...


Les tumeurs pourpres de l’évêque grégorien
Enflent dans son cerveau silencieux
Complot intérieur pour détourner la pensée éphémère d’une eau claire

Une fontaine jaillit devant le pieux
Chaste regard sur son nid détrempé
Ses souliers ambigus de trouvère en fête
Semblent lui dire de danser une gigue

Script bafoué par la chemise estimée d’une tempête
Les animaux creux tombent et se cassent
Faisant voler de mille éclats
Leur sang coagulé de plâtre

Une jouvencelle voit tout cela
D’un œil injecté de perturbations tectoniques
Elle envoie son vieux au pieu
Et le poignarde de son vierge pieu
Répandant à son tour une huile écarlate
Dans l’eau bruyante du fleuve aux larges rives
Coulant sur les rides de la terre maraude
Et bouffant amoureusement ses tripes

22 mars 2002

lundi 16 octobre 2006

DANGER, RIXE ET MIXTURE À HAUTE TENSION

C'est donc ici que ça déraille vraiment. Vous avez devant les yeux l'affirmation de mon absurdité et de mon manque de retenue totale. On dérape fermement dans la dérision et le semblant du "n'importe quoi". Mais on finit toujours par lire et en comprendre quelque chose, peu importe ce que sera ce quelque chose. La chose à faire, à partir de maintenant et jusqu'à la mort de ce blog, c'est de lire à haute voix et se laisser imprégner par les mots, tout simplement. Le pire est à venir, croyez-moi!


Danger
Haute tension
Ne mangez pas le sac contenant les arachides
Enlever les vêtements avant de repasser le linge
Ignorez les indications indiquées à l'envers du monde
Mais feignez toujours de lécher les corps étrangers
En pensant au zigoto bavant et regardant une poire desséchée
Il a oublié les ampoules sur le four

Rixe et mixture en Afrique
Dure angoisse pour les carpettes élevées au rang de bananes
Suivre un cochon
C'est mordre le cul d'un tambourin plein aux as
Cocu ayant pour but d'essayer la concupiscence aquatique
Sans respirer

Les petits lutins rabougris s'avancent ligamenteusement en rang
Et entrent dans le four aux ampoules brûlées
Crémation hors du doute hitlérien
Mais volonté de résoudre le problème des tuques rouges
Et du chien vert

Oh! Ne vous imaginez pas que le manque de gaz carbonique dans l'urine
Expliquera les chouettes bavardes sur les murs de la Chine
La tromperie hétéroclite s'abattrait en jouissant sur vos ongles perfides
Comme la tortue marine dans le fond d'une cave humide

14 mars 2002

mercredi 11 octobre 2006

Les portes se referment derrière... souvenirs effacés par la Machine - TROISIÈME VOLET ou la Révolution des amibes

Eh oui! Finalement, on arrive enfin au moment le plus important de ma période créatrice: la mort du Moi pour laisser la place à quelque chose de plus gros, plus effrayant, plus fou, plus brut. Terminé l'appitoiement sur moi-même. Mon crâne n'a plus envie de se contempler. N'importe où hors de lui. "EX" sera le thème de ce volet. EX pour extérieur, EX pour exubérant, EX pour Exformisme qui se bâtit dans une pensée tordue et en ébullition.

Le premier poème de ce volet n'est pas un, mais cinq Haïkai. Ou plutôt, des pastiches de, la dérision en ressort plus que tout. Rien n'est pris au sérieux, rien n'a de valeur. Au diable la philosophie, ces 5 petits bijoux représentent l'anarchie chaotique de ce troisième volet...

Le proverbe "Il faut exterminer toute pensée rationelle" (écoutez le film "Le festin nu") n'a jamais été aussi bien représenté jusqu'à présent sur ce blog.

Simplement intitulé....


1 2 3 4 5

1
Robine dans l'air
Bateman s'envoie la rousse
Sur la chaise en bois

2
Noir sur blanc fondu
Gelé sur les pieds de feu
Le manchot vomit

3
Dégâts dans la tête
Ombre au plafond, araignées
La folie se vautre

4
Tripe éviscérée
Pendant lourdement sur toi
Écaille de mort

5
Des mots emportés
Hors de la Terre peuplée
Départ du conscient

lundi 9 octobre 2006

PHILÉMON L'AVALÉ

La roue vient de s'enclencher. Ce poème est le requiem du Luc Pelletier qui existait jusqu'à ce 6 mars 2002. Le Big Bang de l'absurde éclate des tréfonds de mon inconscient pour émerger dans sa pleine force au bout de mes doigts.

La fatalité du vide, après des semaines passées sous les eaux tumultueuses de ma vie intérieure, coupe en deux ce qui reste de moi. D'un côté: la naïveté de la jeunesse que je laisse reposer au fond de l'océan. De l'autre: un esprit en déroute, fracassé par l'incompréhension toujours plus présente du monde qui l'entoure, des fragments arrivant à peine à se recoller pour former un être. C'est la naissance d'une Chose. La machine, le 6 mars 2002, avale enfin cette nuisance insipide qui était le jeune étudiant en mal de vivre. Un mur de béton de 7 mètres d'épaisseur s'érige autour de la Chose, pas encore tout à fait définie. Son évolution prendra part tout au long de mon troisième volet (teinté d'un humour noir encore jamais vu sur ce blog et d'une conscience plus poussée et acérée du monde qui m'entoure), qui débutera juste après ce poème-ci, pour enfin Exister de la façon la plus étrange dans mon quatrième et avant-dernier volet que je baptise ce soir le "Festin Nu des Résidents Errants". Pourquoi ce nom? Ça a été un époque baignée de William S. Burroughs et des Residents, groupe californien avant-gardiste complètement pété.

Enfin, j'en reparlerai le moment venu... Je pense qu'il est temps d'en finir avec l'Autre-d'Avant.


Sourd aux échos frappés de grognements
Aveugle au plus petit sourire d’un enfant
Tournant seul au son de sa propre mélodie solitaire
Muet devant l’acte manqué d’une naissance précoce
Surpris toujours du silence apprivoisé des morts
Il devine toutefois les vapeurs matinales de la ville
Réveillée par un cri
Celui du bateau aux vagues contours
Sur une mer lignée de courbatures
Trompette sonore rivalisant un vieux
Se mouchant
Et les muqueuses de se gonfler sans exploser
Pour ensuite vomir le spectre d’une vie

Il monte et monte et monte et monte
Sans jamais
Derrière
Jeter un regard dégénéré
Aliéné qu’il est par toute cette envie de dormir
Sans repos
Assailli de cauchemars de guerres
De morts
De bombes atomiques
De femmes violées
D’enfants oubliés dans les abattoirs à porcs
De cannibales rockers se masturbant sur un clochard
Cauchemars du temps passé derrière le présent
Lui qui demandait l’hospitalité spirituelle
Il n’eut que l’hospitalisation d’une lobotomie sans frais
Gracieuseté du quotidien affamé d’innocence

En partance des Îles faites d’os blanchis
Il oublie ses couteaux qui attendent ses dents jaunies
Couteaux reflétant la lumière du néant
Habitué à danser avec les grandes constellations minées

Sur un fond d’azur
La peau fond sur un pot
Lorsque Ben Hure sur son char
Renverse le sablier cassé des corneilles
Celles qui valsent sous le pavillon fluide
Les secondes qui passent et leurrent le temps
Symbolisent la castration du ciel
Mais Philémon est déjà trop loin
Pour s’en apercevoir à temps

6 mars 2002

LA MER NOYÉE

Un autre poème aquatique, après le fond des marées, l'eau elle-même finit par se noyer. On s'enfonce dans un vide noir qui symbolise la perfection de l'être souillé par le blanc de la réalité. Fascination du vide, encore et toujours, un vide qui, cette fois-ci, conduit vers la déité du moment: Hélène. Trop d'idéalisation qui conduira vers un mur vide, lui aussi. Apprentissage qui a porté fruit et qui m'a appris à voiler les yeux de mon coeur pour ne percevoir que ce que mes sens perçoivent de l'Autre, c'est-à-dire un être humain tout comme moi, avec ses faiblesses et ses forces...


Je n’obtiens qu’un vulgaire mal de tête
Survolant ces plaines ombragées par des cratères de glaise
Nulle part où aller
Que cette peur qui grimpe le long de ma jambe
Et ces voix s’arrachant les poumons en hurlant dans le vent
Personne ne les entend
Sauf le vide du jour
Les flots s’essoufflent à retenir leur air
Le manque d’oxygène les envoie dans le noir

Le réveil se fait ailleurs
Mais le vent encore s’engouffre dans les oreilles
Plus de jour
Plus de nuit
Que le blanc et le vent
Et ce point
Au loin
Que nous regardons dans cette torpeur des enfants
Malades de leurs erreurs impardonnables
Je m’emporte sur ces vagues inconscientes
Pour rejoindre la tache originelle de ma pensée

Épique
Mon voyage n’est point
Quand je pense au navire sur lequel je ne suis pas
Au-delà des mers aussi bleu que le cristal
J’essaierais un autre nuit dans le bras de l’extasie
Un euphorique voyage dans les cieux
Des piliers solaires se lèvent de mes paumes
Pour que je puisse m’envoler en pleurant ses yeux
Je ne peux les oublier
Ses doux yeux
Et ses lèvres tendres caressant les miennes m’enchantent
Puis le rêve s’estompe sans que le réveil ne me frappe
Éternel songe recommençant au début de son cœur
Debout
Nettoyant de noir tout ce blanc inutile
Sur lequel mon esprit se noyait sans le corps pour le retenir

L’envie de gémir ne passe
Que lors du retour vers les idées de la mer maintenant calme
Et me regardant
Tout en m’avalant
De son regard ensoleillé et profond
Qui m’attire jusqu’à la rencontre de sa créatrice
Reine des eaux tumultueuses et paisibles
La belle Hélène à la bouche d’argent

11 février 2002

vendredi 6 octobre 2006

SUIVEZ LES ANGES AU FOND DES MARÉES


Ce poème est quelque peu spécial. C'est encore un texte inspiré d'Hélène, ma muse de l'époque. Il va avec un dessin (à votre gauche) que j'ai fait au même moment et dans lequel j'avais introduit un peu partout les vers ci-dessous. C'est une ode à l'amour de la mort, dans tout ce qu'il y a de profondeurs aquatiques. Le dessin est fort simple, mais explicite. Homme dans un scaphandre, à l'abri du monde extérieur, il semble plus pendu que rattaché à son cordon d'air. Il pleure et semble mort à la fois. Les petits gribouillis que vous voyez un peu partout, c'est le texte. De toute façon, vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Le dessin est surtout représenté par les deux premiers vers. Enfin, je vous laisser lire...



Du vide s’engendre le silence du solitaire
Dans la solitude du mort s’éveille la mer
Retour givré sur les bras immobiles et froids diurnes
Et d’un tremblement d’une vie est sortie la Lune
Sur le lit d’un songe humidifié d’années
Suivez les anges au fond des marées

Amour vivant dans ce monde saignant dans une mare de mort décrépite
Éternité dans les bras de celle qui rêve les vies inédites.

18 janvier 2002

mardi 3 octobre 2006

LE GÉANT ET L'OISEAU VERT

2002! Enfin! J'ai composé ce poème en écoutant la trame sonore de Yann Tiersen pour le film d'Amélie Poulain. En fait, le texte va avec la pièce thème du film. Petit engouement positif et illuminé avant de sauter dans cette mer noire et boueuse que sera le Troisième Volet de mes écrits. J'ai fait ce poème pour (encore) Hélène, cette muse qui m'a fait virer de bord dans mon style d'écriture (et je l'en remercie!).

Le gros de ce poème veut en quelque sorte dire: "souriez, vous êtes aimé!"


Des oiseaux tournent en rond
Autour de cette tête d’apparition
Au visage engourdi par le froid
Et dont les yeux percent les brumes.
Dans des clignements de sa paupière gauche
Germent la lumière et la couleur,
Prismatique danse
Dans ces courbes lentes.

L’horizon se meut légèrement
En des larmes ravalées par l’idée du bien
Qui peut survenir dans l’enfer
Des pas lointain dont l’écho résonne
Au cœur de l’esprit amoureux.
Rien n’égare les changements du cœur,
Mais depuis, des jours ont passé
Et la nuit n’est pas encore venue.

Une rigole s’abstient de fléchir
Au ruisseau tiré par une rivière
Crachée par un lac devenu océan,
Elle rigole du bruit sot
Sur la rive hier visitée,
Cachée dans les entrelacs
De la grotte dégouttant lentement
D’une eau en séance de yoga.

L’heureux oiseau tombé d’en haut,
S’il eut pu terminer son envol,
Maudirait bien les étoiles
En carambolantes surfaces noires.
Moult ressentiments téméraires
Viendraient alors s’épanouir
Sur le dos d’un géant timide
Dont l’amour gonfle les montagnes.

Les pluies de ses rêves d’or
Tomberaient sur les plaines dehors
Et, le cœur battant de voir
Ces deux soleils merveilleux,
Il partirait pour suivre cet oiseau
Dont les ailes pointues et vertes
Le conduiraient à elle,
Au milieu des cristaux lumineux.

10 janvier 2002

jeudi 28 septembre 2006

LE COFFRET DES SONGES

Un poème à deux voix. Quelque peu confondant au premier abord, mais on devine le tracé qui oriente vers la création, encore une fois. Beaucoup de questionnements durant cette époque, surtout parce que je me botte le cul pour écrire des textes pour des gens que j'aime (celui-ci pour mon grand frère). Je me rends de plus en plus compte de la nécessité du partage. Garder tout pour moi est égocentrique et inutile et j'ai toujours aimé les visages d'incompréhension ou tout simplement les tentatives de compréhension totalement à côté de la plaque (que j'ai vues plusieurs fois sur la figure de collègues universitaires). Donc, questionnement, mais aussi essai sur la possibilité d'utilisé le rêve comme source d'art. Beaucoup sont passés avant moi sur cette route, peu importe.

L'idée derrière le texte reste la constante négation de la réalité, l'extermination de toute pensée rationnelle...


(à Claude)

J’écoute les ondes de cet étang venir vers moi

Pourquoi ?
Puis-je te poser une question ?

Bien sûr
Que ne ferais-je point pour toi
Ô âme pudique et tremblante dans mon cœur

Que devient ton coffret où les songes entrent sans invitation ?

Que me dis-tu là
Petite impromptue ?
Dans mon esprit reposent tous les rêves
Toutes les idées que j’aurais pu avoir sans l’oubli
Et sans les nuages qui flottent au-dessus de cette tête blanchissante

Je suis trop vieux pour éteindre la moindre parcelle de brouillard
Mais je sais que rien n’est perdu tant que le coffret reste en sûreté
Bien que gauche tu sois
Petit cœur aimable et aimant
À droite se tient le souffle éternel
Qui te poussera à te vider
À créer des mondes excentriques et illusoires
Mais ô combien délicieux

Constatation mineure sur les tours du verger
Les vents se promènent avec les sourire
Sur les lèvres des souris malicieuses
Leurs moustaches tremblotent de curiosité
Les petites pattes se laissent aller vers l’avant
Un acte de bravoure face au précipice blanc les poursuivant
Pour les attraper
Et les faire fondre dans une cuvette de plutonium

Y a-t-il mieux que la nébulosité pour jouir de son imagination ?

Le maximum d’engouement peut river le cœur sur une pierre
Si plus rien ne peut alimenter
Ce petit réceptacle parfois vide de sens
Pourtant toujours rempli d’un quantité d’absurde farfelu

Plus petits seront les songes
Plus grand sera le coffret
Quantité sur qualité
Existence sur le néant
Retour à la case départ
Des jours finissant dans le sommeil

29 décembre 2001

lundi 25 septembre 2006

MAISON DE PAPIER

Numériel quinte (de toux)! Feu intérieur, impulsion créatrice. Une architecture qui se construit au fil de la pensée, un poème dans un poème. Je lance ici l'idée que l'histoire existe avant même qu'on l'écrive. Elle attend, fébrile, qu'une âme en peine vienne la réveiller de sa plume. Elle est un devenir en gestation, dans la même idée que nous existons avant même notre conception (malgré mes réserves sur la question).

C'est un peu comme le potentiel humain, qu'est-ce qu'on deviendra plus tard, comment évoluons-nous suite à des événements anodins ou bouleversants? Serons-nous le monstre qui dort au plus profond de chacun de nous ou deviendrons-nous un robot ayant la totale emprise sur ses émotions, un être créé par l'éducation, les lettres, la création et la destruction de toutes ces choses? "The path is traced", comme diraient certains lunatiques religieux. Je dirais plutôt que ce tracer est tout simplement décidé d'avance par un subconscient atteint par la doctrine du "meilleur après". Les gens établissent donc leur vie par rapport à cela.

Inutile d'en dire plus sur le sujet, l'importance est nulle et ce n'est même pas ce vers quoi je voulais me diriger...

Prenez la pureté, blanche, douce, ondulant sous un vent fin, percez-la de la pointe d'un crayon dans tous les sens possibles. Voilà la Création! C'est la tention du vide latent (l'idée ou le concept) avec l'activité de deux noyaux en fission (l'esprit et la matière). Il faut une énergie incroyable pour parvenir à cela. C'est pourquoi l'histoire non-née dont j'ai parlé plus haut finit par créer elle-même sa propre histoire. C'est aussi ça la Création: une part de l'homme transformée en matière morte, car c'est la mort que l'homme sait créer le mieux.


(à Jacques)

Elle voit tout de la fenêtre ouverte
Cette jeune demoiselle enflammée par l’air vivant et froid
Qui pénètre en bourrasques frêles

Les murs craquent silencieusement
Sans même laisser la moindre fissure de détachement
Et dehors les arbres volent en rond
Ils perdent leur feuillage doré dans la tempête

Un arbre né sans feuille
Marche tranquillement sur le chemin noir
Il semble dessiner sa route
Vers la maison devenue un océan de vagues blanches
Mais une bagatelle le freine pendant quelques instants
Le faisant tomber de toute sa hauteur
Risquant de se casser
Et de laisser cette maison de bois converti
Accueillir le néant des inquiets sans tâche

L’affolement se perçoit dans les yeux de la jeunette
Qui voudrait bien sortir pour l’aider
Mais qui n’est pas encore écrite pour inventer
La pensée dans son esprit

Elle est enfermée entre ces murs de papier
Peut-être à tout jamais
Et l’inaction la fait maintenant agir

Un crayon entre ses doigts pâles se manifeste alors
Une rage incalculée renvoie sa peur dans le vide
Elle se met elle aussi à voler dans la demeure
Tentant de percer la faible couche de blanc
Ne s’apercevant pas qu’au-dessus d’elle s’est relevé l’arbre
Voltigeant autour de la maison de papier
Réécrivant l’histoire de la jeune demoiselle
Qui regarde la tempête à l’extérieur
Enflammée par l’air froid
Et ne pouvant pas sortir de sa demeure pour aider le monde
À imaginer une plus grande route
Pour que le crayon dans sa main ne casse sous le poids des nuages
Où mille éclairs surgissent pour brûler le plomb des fusils à idées

Plus tard
On verra qu’il ne reste que la maison
Vide
Atteinte du syndrome
De la page blanche

28 décembre 2001

mercredi 20 septembre 2006

ELLERIUM FUGACE

Poème éthéré, le numéro quatre de ma série de six. Il fera partie d'un des derniers chapitres du "Dernier Soupir" lorsque je complèterai le texte dans l'été de 2003.


(à Lise)

Derrière un écran de brouillard diffus
Les harpes sonores font écho au chant du vent
Et les belles hirondelles volant dans l’air d’acier
Ne peuvent que deviner ce qui jadis fut
Rien de grand pour ceux qui vivent d’avant
Que le regard à travers le voile vicié

Rois et roublards
Preux et lâches
Nul indice des aveux autrefois soufflés
À l’oreille des seigneurs du Mont Érel

Il pousse sur cette montagne
Une fleur inconnue
Portant le parfum enivrant des airs nocturnes
Répandant son odeur abstraite
Aux confins d’Era
Le monde des rêves oubliés

L’Ellerium Fugace
Meurt au jour suivant sa naissance
Comme une explosion de beauté majestueuse
Guère plus éblouissante
Que la Nova éphémère
Fondant dans le vide obscur de l’univers

L’air se réchauffe
Et le monde fusionne avec la réalité
Deux fois deux images arrêtées
Font que les idées coïncident avec le quart d’un siècle débutant dans la vitesse
Vitesse rythmée à la lumière des harpes de cendre
Qui dévalent le Mont sur des chevaux de souvenirs abrupts

Ces souvenirs rayonnent tel un soleil dans leurs yeux
Car le jour se lève derrière la montagne aux fleurs fugitives
Et les seigneurs se réveillent d’un rêve où ils donnaient
À un ange aux yeux de feu
Cette Ellerium Éternelle
Cachée au sommet du Mont Érel
L’unique témoignage de la vie
Au-delà d’un soupir
Au-delà d’un regard
Au-delà d’un sourire
Au-delà de la vie elle-même
Emportés qu’ils seront par leur amour
Et le bonheur cosmique émanant de ce songe
Trop réel pour aboutir au néant

25 décembre 2001

dimanche 17 septembre 2006

LES ÉLÉPHANTS

Numéro trois. Le temps passe et finit toujours par rattraper tout le monde. C'est pourquoi je trouve ridicule toutes les expressions avec le mot temps: "le temps c'est de l'argent", "je n'ai pas le temps", "le temps est précieux", etc... Le temps n'est qu'un concept inventer par l'homme pour contrôler l'homme et pour l'empêcher de s'envoler vers l'aléatoire. Dans notre société, le calcul est une norme; si chaque chose n'est pas calculée à la seconde près, c'est une catastrophe digne du World Trade Center.

Mais le temps fait partie du Cycle. La vie sans Cycle ne peut être, sinon c'est le déréglement et rien ne peut se réchapper. Mais si c'était possible d'abolir la notion du temps, qu'adviendrait-il de nous qui sommes si rythmés aux pulsions des saisons? La folie, à coup sûr. Je rêve du jour où cela se produira...

Pour ces bons souvenirs de temps passés avec notre famille, celui est pour ma plus vieille soeur (mais pas vieille, en fait!)...

*Une analyse plus poussée a été ajoutée le 24 octobre 2006 à la fin du poème.
 

(à Christine)

Suivant une ombre volubile
Les enfants des ormes entrent en trombe
Dans une demeure en flammes liquides

La suite vante une trompe fort habile
Des éléphants sans cornes dans leur tombe
Cent lunes se meurent sans âme avide

Tout ceux-là
À regarder autour sans mot dire
Semblent hisser leur esprit cahoteux
Dans une éternelle attente
Heureux de voir quand servent les avirons

Sur son lit de sommeil
L’ombre attire le temps entre ses doigts
Et le fait pleuvoir sur une fillette
Devenue grand-mère

Les mémoires s’enchantent du spectacle
Mais l’effacement des minutes
Fait que les antres obscures se referment
Par-dessus les cœurs

Tout sur arrêt dans un temps disparu

En l’espace d’un souffle de l’univers
Un voix s’élève depuis les étoiles
Et entonne le chant de la cristallisation éphémère
Où toute l’aversion des peuples
Se meurt à son tour
Suivant les satellites
Vers les cités stellaires

Retour d’un rêve de désirs sans peur
D’une vie aux côtés d’un voûte astrale cendrée de poussière cosmique et brillante

Les éléphants ouvrent leurs yeux rocheux
Et regrettent le temps perdu

Les collines disparaissent déjà derrière les éclairs du soir
Car enfin
Pendant tout ce temps envolé dans le vide
Les fleurs bourgeonnaient et le vent rageait
Les animaux gambadaient et l’eau doucement respirait
Mais plus de temps pour les éléphants

24 décembre 2001

Analyse (Les extraits du poèmes seront mis en italique)

Toute l’idée du temps qui passe est présente dans la première strophe. On y perçoit très facilement le tourbillon, le mouvement incessant (suivant, volubile, trombe, flammes liquides) provoqué par une ombre. Pour ce qui est du feu, il devient liquide, donc il coule comme de l’eau. L’eau est un élément très important présent dans tout le poème. C’est pourquoi on a besoin de se servir d’avirons pour naviguer sur la rivière du temps. L’eau est aussi représentée à travers l’espace : suivant les satellites / vers les cités stellaires. C’est une déportation vers l’océan stellaire et le rêve semble vouloir conduire sur cet océan temporel. L’eau symbolise le temps en lui-même, tout comme l’ombre symbolise le temps dans son mouvement et tout comme, plus loin, les éléphants symbolisent le temps dans son arrêt.
Mais tout n’est pas aussi simple, et le déséquilibre entre ces trois forces se défait dans la deuxième strophe. Une distorsion s’effectue et c’est cela qui est retenue dans le reste du poème, alors il serait important de voir comme elle s’effectue. C’est par le niveau phonétique que j’ai voulu faire une résonance, une réflexion avec la première strophe, mais, et c’est là qu’arrive la distorsion, cette fois-ci, rien ne bouge. Le mouvement reflété devient une image immobile. Les éléphants sont dans leur tombe, les lunes se meurent sans âme. L’élément de la fixité fait son apparition, tout comme les éléphants. Il existe donc une contradiction entre l’ombre et les éléphants, mais en regardant d’un peu plus près, quelque chose semble clocher. Les éléphants symbolisent le temps dans sa fixation, illustré par leur rapport avec le rocher (esprit cahoteux, yeux rocheux), mais c’est l’ombre qui semble posséder le pouvoir d’arrêter le temps (sur son lit de sommeil / l’ombre attire le temps entre ses doigts), alors qu’elle est le temps lui-même passant comme une ombre toujours en mouvement. Et ce sont les éléphants qui en pâtissent à la fin du poème.
Tout ceux-là, on le voit bien maintenant, ce sont les éléphants aux esprits ancrés sur l’infini, l’éternité (éternelle attente) qu’ils veulent arrêter dans leurs rêves. L’ombre représente aussi les éléphants dans leurs rêves. Quoi de plus onirique qu’une vie aux côtés d’une voûte astrale cendrée de poussière cosmique et brillante, finalement, une vie à contrôler le temps ? Il y a une certaine confusion entre le rêve et la réalité (tout comme la confusion entre l’ombre et les éléphants), ce rêve de tous les humains (ou presque) de pouvoir arrêter le temps. Mais à force de rêver, ils ne s’aperçoivent pas du temps qui passe et il leur file entre les doigts (d’où l’image de l’ombre capable d’agripper le temps). L’appel du monde céleste (relié au rêve), fait par l’ombre (une voix s’élève depuis les étoiles / et entonne le chant de la cristallisation éphémère), sert à retarder le réveil des éléphants (qui symbolisent aussi les humains voulant affronter le temps : les éléphants vivent vieux et sont des mastodontes). Mais le poème le dit, l’arrêt du temps ne peut être que temporaire (cristallisation éphémère) et le réveil se fait dans le regret du temps perdu.
Après ces observations, on peut finalement dire que l’ombre et les éléphants s’unissent en une espèce de purée confuse pour reconstruire la rivière du temps (la voûte astrale) qui se remet à couler au réveil des éléphants : les éléphants ouvrent leurs yeux rocheux / et regrettent le temps perdu.
La dernière strophe reprend l’idée de la première, celle du mouvement perpétuel, du cycle répété se terminant par le courant des eaux (les collines disparaissent déjà derrière les éclairs du soir, les fleurs bourgeonnent, le vent rage, les animaux gambadent, l’eau doucement respire).
En ce qui a rapport avec l’ombre, son lieu est l’obscurité (les antres obscurs), et si on associe ces lieux à ceux de Cruelle époque pour les embrochés, les antres seraient aussi le lieu du manque, mais ici du manque de temps.
Le temps est mentionné cinq fois dans le poème, et cinq fois il est hors de portée, sauf pour l’ombre. Voyons ces passages :
- L’ombre attire le temps entre ses doigts
- Tout sur arrêt dans un temps disparu
- Et regrettent le temps perdu
- Pendant tout ce temps envolé dans le vide (vide mis pour le rêve)
- Mais plus de temps pour les éléphants
En fait, ce poème pourrait être une sorte de Recherche du temps perdu, mais sans que le temps ne soit retrouvé. J’ai aussi voulu dire dans ce poème que « perdre son temps » est l’une des choses les plus magiques du monde, même si on ne peut pas le rattraper, sinon dans le souvenir… Nous ne sommes, dans la vie de l’univers, qu’un de ses battements de cils (l’ombre attire le temps entre ses doigts / et le fait pleuvoir sur une fillette / devenue grand-mère), et l’effacement des minutes, cette perte de temps si importante pour l’homme (« le temps c’est de l’argent »), ne signifie rien pour un esprit que le temps ne vieillit pas.

vendredi 15 septembre 2006

LE NAVIRE FANTÔME

Deuxième de la "série familiale". La création d'un mythe à partir de la vie de tous les jours. C'est toujours comme ça que ça commence, en fait. Fait surface aussi l'ambiguïté sur tout. Sont-ce des pirates, des plaisantins, se font-ils enlever par des extra-terrestres, ou voient-ils leur plus affreuses peurs se réaliser? On ne sait pas trop, et ça n'a pas trop d'importance. Ce qui compte ici, c'est la marque que laisse un événement dans le temps et l'espace sur les générations futures...

Se précise peu à peu ma vision du temps qui portera beaucoup plus dans le troisième de cette série.


(à Martin)

En cachette derrière un pavillon noir
Les jeunes gens de mer se chuchotent à l’oreille
Mutinerie dans l’air
Ou peut-être une déclaration d’amour

Sur le pont arrière
Suivant la musique du Nord
Accordéon et violon en cacophonie
La danse prend part à la fête
Et les matelots n’en ont que pour
Leur pieds

« Sommes-nous esclaves de l’océan
Plions-nous devant la tempête
Quand les pleutres se cachent sous leur lit
Que peut-il arriver aux anges marins
Dans le soubresaut d’un navire »

La luminosité se fait alors croissante
Sous le croissant de la faible lune
Et les regards se tournent vers le firmament
Devenu pâle de son vert éclat

L’incompréhension tout autour
Attaque les matelots
Les sourcils se froncent
Les bouches s’ouvrent
Muettes
L’esprit s’emmêle et se tord
Sauf pour les deux jeunes gens de mer
Affairés de paroles
Mots indicibles sans doute
Mais jamais plus les sons ne couvriront l’étendue
Infinie de toutes parts

Des années plus tard
D’autres navires passeront
Et l’équipage ne pourra s’empêché
D’accueillir
Impuissants
Le frisson indescriptible
Parcourant leur épine dorsale voûtée

19 décembre 2001

lundi 11 septembre 2006

NEIGE SUR LE PAN DU RÊVE ENDORMI

Le premier poème d'une série de six que je pourrais nommer la "suite familiale". :O) Ce sont des textes que j'ai écrits pour mes frères et soeurs ainsi que pour mes parents lors pour la nouvelle année 2002. Ce poème est aussi le début du troisième tome de la trilogie de l'Ange Noir (aka Ancien Nord), la suite du Dernier Soupir. Il marque aussi la fin de l'Idéal, l'épanouissement de la toute puissance en une nouvelle chose: le vivant. Poème organique, malgré sa froideur...


(à Chantale)

La rigueur du fou porté par le vent
Entre dans ce mou disque vert rampant.
Ses yeux noirs brillants scintillent d’étoiles.
Alors, regardant à travers le voile
Il disparaît en fin de son voyage
Tout en recouvrant d’un pan son visage.

Lune et marées montantes
Voyez
Sentez ce doux parfum de l’écume d’un rêve
Où de multiples années
Ne peuvent endormir la tempête
Tournoyant sans cesse dans un espace gestuel
Dont les larmes
Tombées sur ses joues
Se transforment en cristaux
Plus blancs que le vide
Plus acérés que l’amour

Un indicible appétit pour la réalité
Meurt en un souffle
Quand
Frappé par l’horloge immobile
Le rêve enlève l’étoffe gelée
Qui serpentait les sinueux contours de son visage
Son voyage
Terminé pour lui
Amorce celui des êtres de sang

Ils fabulent la joie ou la peine
Peu leur importe
Mais depuis déjà dix millénaires
Le soleil s’est éteint
Il neige sur le pied des montagnes
Il neige sur les côtes des cieux
Il neige sur la tête des étoiles
Et le rêve ne se termine
Qu’une fois les larmes séchées
Par un fou porté par un vent charmeur

Un astre s’endort, le sourire enjoué,
Sur le sol, dehors, froid et enrhumé.
Il est transporté tout près de sa sœur
Qui veille sur lui en versant des larmes,
Neige sur le pan du rêve endormi.

18 décembre 2001

dimanche 10 septembre 2006

JAMAIS PLUS

Un emprunt à ce cher Poe pour le titre. Le reste est tout autrement différent. Le poème est presque une parodie, de toute façon (on n'a qu'à lire les deux premiers vers). Mais c'est aussi sur la cacophonie du moment, l'extermination de toute pensée rationnelle qui laisse place à l'indicible et redoutable espoir de quelque chose de meilleur qui pourrait arriver, mais qui n'arrivera jamais. Une croix sur le songe d'amour. Toujours cette transparence aqueuse de l'Autre qu'on ne peut jamais toucher, mais qui demeure, toutefois. Tourments grotesques, et la vie finit par rester la même, malgré tout...


Une poule sur une mur
Qui picote du pain dur
Fable inconsistante et machiavélique
Beurre flasque et fibreux dégoulinant
Dix conversations
Et une seule oreille pour toutes les écouter
Regarde ces fleurs
Qui chantent
Ces petites lumières duveteuses
Là-haut
Plus rien
Que les heures qui passent
Et ma langoureuse envie de boire ce miel
Pourquoi toujours et jamais plus
Jamais plus de pensées vides
Jamais plus de pensées furtives
Jamais plus de papiers échangés
Jamais plus de baisers volés au vol
Ses bras se rapprochent
Et me traversent tout entier
Pour fuir dans le néant éternel
Perdu dans la pure chandelle d'un regard creux
Mû par l'inquiétante étrangeté
Musique tourbillonnant dans ses membres fluides
Mous
Fondant peu à peu
Mais sans jamais disparaître

Jamais plus

1 décembre 2001

jeudi 7 septembre 2006

LUEURS

Dimanche il pleuvait sur les têtes
Des gens dansant sur la rue
Remplie elle était
Vide dans son sens
Rivaliser dans la neige noire
N'était que leur envie
Senteur de pêche aux lèvres pâles
Leurs yeux forestiers
Fantômes paranoïaques imbus d'éphémère
Surent vivre hantés par le ciel

Une goutte de cette eau pénètre leurs vêtements
Déjà imbibés d'une chaleur poussiéreuse
Illuminée par des lueurs pourpres
sous les lampadaires symboliques du progrès effectif
Excessif dans un tout fébrile
Les os cassés des maladies lunaires
Empêchés par la nébulosité de l'espace urbain
Rigoureusement disparaissent de la réalité

21 novembre 2001

lundi 4 septembre 2006

BONHEUR

Les derniers moments d'un vieille femme dans son lit de mort, les murs maculés de blanc, une odeur d'antiseptique flottant dans l'air. La mort dans un hôpital. Un poème court, des secondes dans le temps. Tout se passe en un claquement de doigt bénéfique...

On se demande pourquoi le gouvernement n'a pas encore établi le droit à la mort pour qu'il devienne aussi important que le droit à la vie. La société actuelle n'a plus aucun respect pour la mort. On invente des organes artificiels, on transforme les humains en robots, on découvre des médicaments tellement puissants qu'ils détruisent l'organisme en même temps que le virus ciblé et surtout, on étire la souffrance de milliers de personnes pour ce soit-disant "droit à la vie" qui est en fait une "obligation à la vie". Une personne qui veut mourir devrait avoir droit au même respect que celle qui veut vivre. A-t-on déjà vu des procès faits à des médecins qui ont tout fait pour maintenir une personne en vie alors que celle-ci n'avait de souhait que le repos du néant? Non, mais le premier qui ira débrancher les poumons d'acier d'un vieux qui ne réclame que la mort se verra poursuivi par son hôpital, la famille du mort, l'Église et bien d'autres encore que je dois oublier... Enfin... Home sweet home, comme disaient les bûcherons d'Antarctique.


Ses dents grincent se brisent
Son regard vide
Souffle coupé de toux
Fièvre langoureuse
La Mort à son oreiller
Elle est heureuse

21 novembre 2001

vendredi 1 septembre 2006

LA PORTE DÉGLINGUÉE

Pieds de nez à la mort, coup de feu sur le symbole occidentale, depuis l'ère industrielle jusqu'à nos jours. La déification d'un corps en putréfaction par le simple fait que nous le le regardons, impassible. Aussi, un amour toujours impossible à atteindre (encore). Des clichés s'introduisent, on voit qu'il en a marre de l'éphémère, mais qu'en même temps, le résultat final dépend toujours seulement de lui...


Tu es si perceptive
Douce forme étendue
Sur un lit suspendu
Où je te tiens captive

Tu fais de cette spirituelle nourriture
Un amas ragoûtant de pourriture
Quand enfin je te laisse partir
Vers le lieu où tu ne peux mourir

Insipide
Insipide
Insipide
Ainsi sur la plaine intrépide
Sentons-nous cet air putride
Cet air que tu ne respires plus
Où se répand le souffle acide
Dans un vent qui t’a déplu
Et partout
Conséquemment
Le choc
Qui se moque de nos esprits en loques
Sournoiserie du départ
Bouffonnerie d’un léopard

Ta silhouette féline à l’horizon
Très lentement s’estompe
Roche (papier, ciseaux)
Caillou (choux, genoux)
Point (à la ligne)
Je finis par lâcher prise
Et laisse la folie m’emporter vers toi

Répétition clichectuelle
Plus je m’avance
Plus tu t’éloignes
Plus je courre
Plus tu t’efface
Plus j’en ai marre
Plus rien ne compte
Que ce compte-rendu
Rendu insignifiant par manque de
Signifiance

Me réveillant enfin
Non
Le sommeil ne peut être aussi réel
Le soleil ne peut être ponctuel
Mais il ne fait que dégoutter
Sur la tête chauve du chanvre
Cancéreux de vie

Finissez-en avec la misère
Gentes mesquines et grotesques
Point eussiez-vous estimer le silence
Qu’en estant mestres de vos bers
Que non pas l’orgueilleuse farce
Puisse engloutir l’esprit ravagé
Sur la ceinture de métal et de fils
Enserrant de sa force les gorges mestresses
Riant des oies que ne savent dire que « oc ! »
Oyez les nuages flottant en vos âmes
Laissez l’orage vous pénétrer

Ne sentez-vous pas une puissance inconnue
Mystérieuse amie vous hurlant au nez
« Eh ! L’abruti !
Tu as laissé filer la seule entité
Ayant pu te donner la vie
Détruire ce que tu prônes
Et te ressusciter ! »

Je suis dans le même mélangeur à ordures
Hormis ma tête qui vogue sur les fils
D’un violon magnifique
Jouant cet air
Permettant à l’âme
De quitter le cerveau
Je l’ai fait
Elle l’a fait
Les autres tournent stupidement
Les autres pleurent inutilement
Les autres meurent rapidement

Peur
Dégoût
Paranoïa
Ciel obscurci par l’aile débile
D’un aigle aveugle de symboles
Qui ne signifient
Que l’absurde

16 novembre 2001

jeudi 31 août 2006

MACHINE

Demain le futur, demain la mort. Devise des prophètes d'un temps révolu, crucifiés sur les toits de chaumières faites de pierre et de merde ou des Romains casqués de soleils les piquent de leur lances rouillées. Vingt milles ans plus tard, on regarde en arrière et tout n'est que plantes et arbres plus grands que la tour Eiffel. par-ci, par-là, on voit des ronces d'une couleur étrange, mais les questions ne se posent pas dans nos crânes inconscient: elles ont toujours été de cette couleur. Un jour, pourtant, le passé revient à la charge sur des êtres qui n'ont rien appris de leurs erreurs. Engouffrante mécanique, la civilisation ne mourra pas si facilement...


De ses courbes tortueuses
Route fibreuse le long des champs de chair
Le sourire accapare le ciel de son ombre
Et asphyxie maintes fleurs en jeunes filles

Des soulèvements douloureux tentent de crever
Cette terre douce et fébrile
Planctons de métal hurlant dans les profondeurs puantes
Tiges piquantes
Lances meurtrières et vertes
La luminosité éphémère des deux globes s’accentue
Et finalement s’estompe
Laissant rugir les rouages mutants de la machine
Vomissant la honte d’être blanche et muette

Maintes fois les vents espèrent purifier ce corps
Mais le toit des monts se perd sur l’idée de mort
Il a tort
Il a raison
Il est le tout et le néant
L’idée de l’infini illusoire
La machine vivante trop crasseuse
Pour bien rouler.

7 novembre 2001

mercredi 23 août 2006

ILLUMINATION DUPLIQUÉE

Pour ceux qui se souviennent de la Belle aux cheveux de diamants colorés, c'est de la même personne que je rêve dans ce poème. Une résurgence momentanée, idéalisation trop poussée pour une fleur qui n'avait que peu de fragrances, finalement. Non, l'amour, je le trouverai après cet épisode éphémère de rechute dans le passé. Il soulignera le début du troisième volet, ce sera une véritable nouvelle étape dans ma vie (ou le commencement de la fin...). Bien des choses ont changées depuis, peu sont significatives, en fin de compte. Le rocher ne change guère, lui aussi...


Les lumières sont éteintes
Les nombres dans la une
Pris dans le réfrigérateur
Avec la mélodie de guitare
Au songe sont renvoyés
Pour rien de plus qu’un rêve.
Et la lumière revient
Je viens d’allumer le journal
Détruisant les nombres inutiles
Et mangeant ce qui reste dans le frigo.

Les anges sont autour de moi
Mais je n’ai envie que d’aimer
Celle qui ne leur ressemble pas
Celle qui peut pleurer de joie
Celle qui peut rire de gêne
Celle qui peut se tromper
Celle qui peut mourir
Et dont le regard seul fait sourire
Malgré le jour et la mésange perdue
Dans les bras d’Atlas et de la Chance.

Sa main dans la mienne
Sa cuisse contre la mienne
Je rêve à ce baiser si longtemps attendu
Mais jamais donné.
Qu’arrive-t-il vraiment aujourd’hui
Qui puisse être si différent
Des temps jadis d’un amour sans faille?
Rien.
Que les années qui envahissent le temps
Et l’espoir d’autre chose.

J’éteins les lumières une seconde fois
Pour tenter de m’éveiller
À l’immatérielle sensation
Qui pourrait m’assaillir
Venant d’un inconscient fécond.

Les prés et la chute me reviennent à la mémoire. Je ne peux que m’épanouir sous des sentiments anciens qui arpentent le renouveau de mon être.

Art divin que celui d’aimer
Car la complexité mouvante mure
Le cœur dans la fange de la peur.

Je passe outre
Sans omettre la crainte du noir
Sans elle
À mes côtés.

Aujourd’hui plus grande que la mort
Naguère plus belle que la vie
La réunion de la vie et de la mort
Arrivée à son apogée
Terrifiée de se voir
Habitée par l’inconsciente prouesse :
Éternité superflue si faite sans elle
Immanence du cœur débordant…

12 octobre 2001

mardi 22 août 2006

DREAMS ABUSÉS

Poème sur la destruction et une de mes premières tentatives d'écriture bilingue. De plus, aujourd'hui, c'est l'anniversaire d'une demoiselle qui jadis me remplissait de bonheur et qui maintenant ne laisse qu'un grand vide dans ce que les humains appellent normalement le sentiment amoureux. C'est pourquoi ce texte est tout à fait approprié pour aujourd'hui.

Le titre original est "Les rêves abusés", mais depuis qu'il a fait l'objet d'un projet de création artistique (j'aimerais bien vous le faire écouter, mais comme je suis nul en ce qui à trait à internet, je ne peux pas mettre le lien), il s'est transformé en "Dreams abusés", entre autre aussi en raison de son bilinguisme. Rêves abusés, ils le sont tous, peu importe l'intensité du rêve ou son insignifiance, quelqu'un est toujours derrière pour lui craché dessus. Une sorte de viol mortel représenté par la bouteille qui se fait boire, le papier qui ne brûle pas, le couteau tranchant le bras de la mère qui berce son enfant.

On sent aussi le solide couler comme les montres molles de Dali. C'est une destruction liquide, un anéantissement progressif et lassif. Je pense que je vais ajouter ici le texte de démarche créatrice que j'ai écrit pour le projet artistique (dans lequel je répète un peu ce que j'ai dit plus haut...) :

"Démarche créatrice
C’est un projet qui m’a extrêmement rebuté à cause de mon éloignement face à la caméra… D’ailleurs, je n’ai pas pu penser ou trouver d’images qui vaillent la peine d’être utilisées avec mon montage sonore. Parlons donc d’abord du montage sonore. Ça m’a pris quand même plusieurs heures à l’enregistrer et à le monter. Les sons sont tous de moi, sauf le beat au milieu du vidéo qui provient d’une chanson de Tones On Tail et la chanson du générique, à la fin, qui vient des Residents.
Le montage en tant que tel
J’ai enregistré ma voix sur l’ordinateur (avec un micro très petit budget, je dois le convenir…) en suivant la musique qui jouait dans des écouteurs, pour tout de même avoir un certain rythme musical. J’ai modifié quelques éléments du poème avec le programme Goldwave. J’ai ensuite découpé, dans Premiere 5.1, les morceaux du poème narré pour qu’ils coïncident plus avec la musique. C’est un poème de ma composition qui a pour titre original « Les rêves abusés », mais j’ai changé le titre pour montrer le mélange français/anglais du texte.
L’idée du noir
Ce n’est pas que j’aie trop attendu pour filmer mon projet, c’est seulement qu’aucune idée ne m’est venue. Qu’ai-je alors fait? J’ai pensé à mettre des images fixes au lieu d’un vidéo, mais encore là, ça ne marchait pas, peu importe les images. J’en suis venu à la conclusion que, pour montrer vraiment la fond de mon poème avec la musique, il fallait que je laisse le tout ainsi, sans image. Je sais que le cours s’appelle « esthétiques des images technologiques », mais justement, j’en ai profité pour en même temps montrer un refus de l’image technologique, qui, pour moi, est l’équivalent des dessins primitifs que l’on retrouve dans les grottes de Lascaux (je pense surtout, ici, à l’imagerie numérique). Comme c’est un travail expérimental, mon but était de montrer l’absurdité de la chose en « peignant » le vide si ensorcelant, ce vide que nous percevons dans le sommeil et qui se fait abuser par les rêves. C’est le contraire que j’ai fait. Les rêves se sont faits abuser par le néant du sommeil, la mort du rêve, en quelque sorte. C’est ce que mon poème montre avec toute cette idée de destruction qui flotte du début à la fin. La présence de la réalité qui se fait détruire, donc qui devient néant, revient vers la fin, quand la Mort rêve de cette réalité. Comme elle est détruite, qu’il n’en reste que le néant, à quoi peut donc rêver la Mort? Au vide.
Une autre chose au sujet du noir : En visionnant et en écoutant « The dreams abusés », on sent une atmosphère d’inquiétude jusqu’à la fin par la simple absence des images. Un aveugle et un sourd auraient la même sensation s’ils voyaient/entendaient ce vidéo. Inquiétude du vide dans l’image, inquiétude soulevée dans le contenu du poème et dans la musique.
Je ne voudrais pas que l’on pense que j’ai fait ce projet par pure paresse, loin de moi cette idée! Le nombre d’heures que j’ai pu travailler sur ce projet, arranger des détails minimes mais importants, monter le générique et la trame sonore, ne se compte plus. Parlons d’ailleurs un peu du générique, même si ce n’est pas tellement digne d’intérêt habituellement. Il a été fait avec Photoshop et Premiere. L’idée de mettre une image en arrière-plan fait contraste avec le reste du projet. Les bruits étranges au début et à la fin de la musique nous poussent dans et hors ce vide absolu et absurde, c’est pour cela que j’ai mis cette image de générique. De plus, la musique et le petit texte du gouvernement du Québec achèvent de peindre l’absurdité derrière tout cela. Quoi de plus absurde que d’abuser des rêves?
Je pense que c’est en gros vers où ma pensée voulait se diriger pour ce travail. Les images étranges dont j’avais parlé dans le premier synopsis se sont évaporées pour laisser place à une idée beaucoup plus poussée de ma vision du monde artistique. Non pas qu’il me répugne, mais il a besoin, comme la société actuelle, d’une révolution qui le sortira de sa léthargie catatonique…"

Place au texte!


Il y a des étoiles dans ma bouteille
Qui s’évaporent quand je bois.
Combien de mondes ai-je bus
Avec ma soif ininterrompue ?
Combien de civilisations ai-je englouties
Avec mon indiscret sourcil ?
Combien de vies innocentes ai-je avalées
Sans me soucier des incendiés ?
J’en jouis juste à l’idée
Que l’univers pourrait disparaître
Par la seule pensée qui renvoie
À l’annihilation de la réalité.

Cassure du temps
Brisure des brises dans le vent
Rupture de l’espace.

Totalement infourneaux
Ces libertinages.

Que reste-t-il des montres
Des girouettes
De l’air
Des gâteaux ?
Rien que de la matière informe
En forme indistincte
Sous le regard distingué
De cette créature traversant le gué
À forme humaine
Mais aux pensées surhumaines
Et difformes.
Il cueille une pensée
Et l’offre au Néant
Qui se voit pour la première fois
Rougir.

We walk for it and read a book
Racontant la vie de la Mort
Sur un air de clarinette.
Elle pénètre sans lunettes
Un cabaret flou.
Elle croit rêver d’un fou
But dreams are fading slowly
Dans l’oubli cruel et gras
Of a madman’s soul.

Elle sait que le vent est mort.
Elle sait que le temps n’existe plus.
Elle sait que pourtant la musique continue
Qu’il y aura toujours
Tous les jours
Des carrefours où mielleusement
D’autres bouteilles se boiront
Et d’autres Morts mourront.
La réalité n’est-elle pas ce que
Nous en faisons ?
Dit-elle.

Chants faux entendus
Par-dessus la voix ferrée.
Mécanique du renouveau.
Le couteau perce avec adresse
La chair qui berce l’ivresse.
L’air s’évade
Le vent revient
La Mort ne mourra plus
Que dans le rêve de la Réalité.

Mouvoir les mondes
Pouvoir mirer l’immonde
Fatalité ancienne
D’un noyé bourgeois.
Mystère derrière l’orgie rare
Banana Taliban guru of a feast
Point encore entamé
Waiting for the dogs to come
And eat the food of the gods.

Torsions demeurant temporelles
Et le feu s’éteint
Dans la cheminée de papier.

12 octobre 2001

SABBAT

Dans le noir une toile bleue
Couvre la nuit de son opacité
Le froid envahissant
Pénètre mes os
Et ce hachoir bondissant
Pénètre les eaux

Pluie affamée de ce feu enfermé
Le serpent urbain dévore la multitude
Les conduisant à cœur perdu
Vers le sommeil de l’esprit

La toile ondule fébrilement
Au vent dansant le Sabbat
Corps nu contre les corps nus
De ces enfants oubliées
Les caressant telle une mer de doigts obscènes
Autour du feu carré
Où elles grelottent
Trempées par mes pleurs
Ces pleurs mouillant mon cœur
Comme il pleut sur la ville
Illuminée par la stupidité
Et la peur des heures passant
Sans les regarder perdre leur temps
Ces vieillards décomposés

7 octobre 2001

dimanche 20 août 2006

BRUITS DANS LA CITÉ

Voyage vers Montréal, un poème écrit dans l'autobus. Observations détachées à travers la vitre fumée, fugitives images sans vie dans les rues de Québec. On sent toutefois une étincelle de vie vers la fin du texte, mais elle fuit, toujours. La ville est un mur, les murs sont morts, la cité avale tout, Titan carnivore et anthropophage...


Bruits dans la cité
Le temps passe rue Charest
Un clochard tourne le coin
Et disparaît à jamais
Émanation de carburant
Ptomaïne mécanique
Cadavre à cliquetis
Conduisant une vie sans but

Dans la gare
Des figures connues depuis peu
Se fondent aux décors
Distribution filmique sans budget
Utilisant toujours les mêmes acteurs

Mais la demoiselle aux yeux clairs
Reste en mémoire
Visage angélique au manteau de forêt
Elle trimbale son lourd sac
Vers ce restaurant sans personnalité
Et disparaît elle aussi
Derrière un mur

5 octobre 2001