mardi 30 janvier 2007

PLANÈTE MAUDITE

Ce poème me vient d'un rêve que j'ai fait à l'époque. Un monde où il faut toujours avancer, parce que si on s'arrête, on s'enfonce à notre tour dans la fange. Les faits? Je ne les connais plus.
Cette époque est extrèmement vague pour moi (C'est la raison pour laquelle les commentaires personnels ne foisonnent pas trop depuis un bout, pour ceux qui s'étaient posé la question :O) ).
Les prochains poèmes ont été écrits dans des états étranges de confusion. C'est la transition entre mon départ vers Montréal et mon arrivée dans cette grande ville pourrie. Les débuts à Montréal démontrent déjà que je n'ai pas réussi à me défaire des chaînes que je m'étais forgées à Chicoutimi. C'est plutôt le contraire: L'Engagé des Sondes du poème, c'est moi, qui me suis détaché de toute la scène. Un Moi observateur à la surface, mais aussi créateur de la profondeur, espèce de guide touristique d'une planète qui pourrait bien être la nôtre. Des têtes mortes à la surfaces, des corps squelettiques sous la mer blanche, leur vie aspirée par le noyau dévoreur. Toute la scène ne fait que l'indifférer.
Quoi faire d'autre lorsque que nous nous sommes perdus?


Étoile à proximité
Tricycle sur la Planète Maudite
Les jambes pédalent dans une mer de pus gras
C’est toute une civilisation qui s’enfonce
Seules les têtes dépassent
Marquées par les roues d’une jeunesse éthérée

Pas de répit pour le soleil las du jour
Attiré qu’il est par les tentacules du ciel
Fondre au fond de la terre fondatrice
Névrose refoulée devant la mer blanche

Un enfantôme
S’arrête devant la tête de son frère
Morte depuis des mois à boire le mal
Un œil saigne encore des blessures du vide
On ne roule plus
On s’enfonce maintenant dans la vase
Bassin de semence infertile et puante

Le cadet s’ébat contre l’espace rétrécissant
Bulle de démence entourée de calme malice
Une main s’appuie et se déchire lentement
Que mériter d’autre pour tous les vices

Rien n’évoque l’ampleur étouffée du vent-néant

Deux jambes se mettent en mouvement
Et la roue de tourner enfin
Sous elle la succion rage meurtrièrement
Tout y reste à la fin
Cristallisation bénigne pour la Planète Maudite

Deumeure une boule blanche
Piquetée de têtes mortes
Décomposées en éléments chauffants
Chair nourrissante pour un cœur gelé

Situation renversée
Ombres d’yeux dans un espace sous-marin
Des squelettes tremblent d’une acidité morbide
Millions de tuyaux branchés dans les os
Que les têtes s’arrachent à pleines dents
Elles deviennent folles et dévorent le
Cadet
Mais la source du mal
Est dans leurs crânes desséchés

Sous un masque de folie
Un Engagé des Sondes fuit la scène
Chapeau en main
Il lance un dernier coup d’œil sur son
Œuvre
Et se demande pourquoi il n’est pas devenu
Poète

Jetant sur la surface aveuglante
Une lettre de son amant
Il s’envole rejoindre le soleil las
Sur son tricycle devenu dragon noir
Dans ses écailles coule le venin de la délivrance
Et pullulent en rond les alvéoles minimalistes

Il laisse dans son sillage
Ce qui reste de la mémoire du monde malade
La Planète Maudite

22 mars 2004

mercredi 24 janvier 2007

CENTIPÈDE

J'ai été quelque peu silencieux dans les précédents textes. La raison est simple: très peu de choses à dire avec les derniers poèmes. Soit ils étaient trop bizarres pour en dire quoi que ce soit, soit ils disaient déjà tout ce qu'ils avaient à dire.
Celui-ci, par contre, malgré sa courte longueur, est lourd de sens. Ma quête de destruction du langage (et de mon être intérieur par la même occasion) se poursuit plus avant. Dans ce texte, Dieu est carrément synonyme de mort et d'ennui, émanation d'un cerveau bourré au LSD.
Inspirations: William Burroughs, Dali, mon propre cerveau et le "regardage-aller" du monde qui m'entoure.
L'amputation du cerveau vient de la phrase qui m'avait tant marqué dans le film "Le festin nu", de Cronenberg, qui disait: "Il faut exterminer toute pensée rationnelle". Et comme l'être humain est (supposément) un être de raison, j'ai poussé l'extermination jusqu'à l'amputation de son cerveau. Totalement inutile s'il ne peut voir autre chose que la raison. La raison cache souvent tout le portrait des éléments. La raison empêche souvent de voir l'ensemble et se borne sur le détail. La raison plonge les gens dans la spécialisation, alors qu'une polyvalence (que je caractérise comme étant un chaos des sens) assurera la survie de l'être humain.
C'est la même chose avec le mot. La terminologie mentionnée dans le texte est en fait la Règle (les mots) qui détruit la langue (prise comme langage et comme outils de propagation). Une vase putride ne peut que résulter d'une formalité stricte du langage. Les mots sont là pour être décortiqués, reconstruits, oubliés, métamorphosés, etc. Bref, les mots sont là pour être nos esclaves et non le contraire (nous qui sommes esclaves des mots), malgré que nous soyons leurs créateurs en même temps que ce soient eux qui construisent notre pensée.
Le néant finit tout de même par vaincre la pensée... Et ne reste que les insectes pour se nourrir de notre corps inanimé. Oui. Et après?


Déifier la mort pour immortaliser l’ennui
La tromperie psychédélique
Organique dans un ensemble étiolé de barbares

Six inches up to Heaven
Six feet under the sayings
Of a countdown to
Terminologie

Des mots qui détruisent la langue

Fécalité de la pensée
La suite mène dans la matière grise d’un
Centipède

Denses les maîtres d’orties
Sordide animalisme regretté
Je m’ampute le cerveau
Et viennent les fourmis

10 mars 2004

lundi 22 janvier 2007

DES TERRES RÉSONNENT

Dû-t-il s’enfermer au plus profonds d’un nuage
Rien ne reste le même sous un regard futile d’abandon
Entre le vent et les étés au coin d’une verte plage
Un souci visqueux sourcille en se jetant du haut d’un pont

Dieter résonne sur les parois crânienne de ma forte tête
Ondes graves sillant chaleureusement le soleil au rendez-vous des attardés
Temporels

Phalange bleue
Et une oreille découpée qui trempe dans mon vin
Vingt-et-une raisons de hurler l’injustice défiante pour un dé de fientes
Toujours ces dents qui bougent dans ma bouche
Elles veulent ma langue et ce palais flottant
Comparable aux Castels luxueux d’Arabie

Émeutes de gargarismes

Aussitôt perte de langueur au niveau des narines
Des océans rouges de morve s’estompent dans le creux d’un œil
On manque d’air
La réalité se concrétise
Peur fondamentale au créneau des enterrés

Trois heures
Réalisation de la bouillie vieillotte
En subtiles déflagrations nauséeuses
Qui menacent le soutien fier des bustes généreux et désirables
Et annoncent le départ incontinent de la Lune mielleuse

2 mars 2004

samedi 20 janvier 2007

LES CHEMINS DE LA DESTRUCTION MÈNENT AU RATIONNEL

les chemins de la destruction mènent au rationnel
tandis qu’en Afrique
de suprêmes éructations canoniques s’infiltrent
sous le caveau du roi de France

souriez devant le peuple des bas étages
une assimilation rituelle pour des druides romantiques
démission du purgatoire
dénonçons la plèbe arrogante des bourgeois

24 février 2004

vendredi 19 janvier 2007

LES ARAIGNÉES

2004, on part sur un autre pied. Frais de mon analyse du film "Fear And Loathing In Las Vegas" que j'ai faite dans un de mes cours, me voilà divaguant sur l'Histoire, les Racines, la pourriture que l'on traîne depuis le Début. L'Humain a mal et ne veut pas se l'avouer. L'Humain a vieilli comme un punk dans la rue, mais il se prend pour un pacha sur le bord d'une piscine creusée à Hollywood.
Chaste idée face à la réalité...


un de ses bras m’inaugure de son sang
sept de moins pendent sous son corps velu
et des yeux mirageurs s’entendent pour étouffer l’affaire

mes situations dans la toile abrégée
exaspèrent la tulipe malingre aux dents d’étrons
mais tous se tournent en chantant devant la loi
« even down in Hell
life’s still ripping your guts out
eating the plague under your belly

and then
from above the grey sleep
the rotten seeds seem to scream a beam
out of the blue
the deep blue sea… »

comment reconnaître le souffle hanté
de ce cœur acharné à peindre
les oubliettes de mon
crâne ?
car tous les crâneurs savent que rien n’est bon
sous le soleil de tropiques
seules les rivières se la coulent douce

j’ai dans mon nombril plusieurs siècles d’histoire
arrachés de mon pouvoir par le courroux
médicamenté d’hospitalières enragées
prêtes à bouffer les chairs sanguines
de dépouilles infantilisées par la
Socioss Putrefactera
sordide puérile que nous traduirons morte

l’une des sept remue enfin
éveil de la mort sur pattes
ses rêves demeurent secrètement voilés
derrière les yeux de la veuve étoilée
et le son du cor géant
retentit aux oreilles de tous ces bébés dévorés par
le corps parental sur fond d’herbes rougeoyantes

je n’ai qu’une faible idée de l’ampleur de l’ombre
celle qui dévale la pente de ma peau décharnée
et qui va se casser aux pieds du grand sigle du vent

La pluie acide ne fait que diminuer le mal

23 février 2004

dimanche 14 janvier 2007

OUBLI DE CONSCIENCE INDÉCIS

oubli de conscience indécis
envier l’abandon d’un gâteau de sucre sexuel
déjà j’entends l’avenir épier les défections d’un sourire
aboyer de lenteur sourde
mi-vie en demie folie
carnivores les ampoules
des pattes en feu sur un œil vide

23 décembre 2003

C'est ainsi que se termine le lot de putréfaction spirituelle. Après cette vague, je reviens sur un plancher plus stable, mais de plus en plus obscure. La plupart des autres poèmes qui chevauchent le quatrième volet seront des poèmes d'exil, de fuite, de hantise.
Une malédiction semble s'être posée sur moi et il me faudra une autre relation amoureuse (qui s'avérera être complètement absurde et ridicule), un déménagement et un travail à 40 heures par semaines pour briser le tout. Ce qui me fera aussi arrêter d'écrire pendant assez longtemps, ne laissant au fil des ans (2004 à 2006) que quelques perles rares. Mais nous y reviendrons!

DE BONZES PENSANT SUBTILEMENT

De bonzes pensant subtilement
Onze dans la vivante silhouette
Murmure digital infernalisant
un culte divinisant l'os décalciné
le sort de la bouteille éthérée
située inside le regard défroqué
Oublier le chant du chanvre
décapitation de têtes ambulantes
dans l'ombre d'un bananier sirupeux
Des flashes d'incantation esquipées
Ondoyer d'or et déjà sous la palme d'Irmidogie
Une folie simiesque du jour des étés verts
Dupliquer enfin le mol entier
un soupir duveteux
sous
une jupe d'ombres
sous des yeux arrondis...
Énigme du pluriel

23 décembre 2003

J’AI CIBLÉ LE COEUR HONTEUX

J'ai ciblé le coeur honteux
du pitre aux larges yeux éteints
Une deuxième extrémité tronquée
Le temps s'entend mal lorsque sourd
unité amnésique et suppressive
J'en veux au manque d'intelligence
Sur une planète d'été mental
Subtile hantise havoc hors commun
Strophe d'utilisation dérangée
obtuser onctueusement l'essaim philosophe
Je devine enfin le plafond
Déshabiller les oraisons anglones
Sybille d'une anguille sous roche
Quand un alphabet désuet chante
Fibre d'humeur s'effiloche
Au long du tronc acrobate
J'espère illusionner sur le miroir
Amphibienne sonde d'arpèges bleues
Détruire un biscuit sacré
qui alimente une orgie phallique
Tartare sur un fond d'albinos
Barbares aux fronts caliguliens
Retournement de situation
situé sous les cordes vocales
d'un duc supprimé dans le vide fleuri

15 décembre 2003

JE DÉGUSTE L’ALAMBIC DU MEURTRE

Je déguste l’alambic du meurtre
On peut se dire la voie
Sans que mue la voix des ormes

Toutes les fois perdues sur la queue
Je manque d’oublier mon ordre défigurant
Une figure palpée dans le creux d’un œil

Cannibalisme d’automne
Un bras sur un mur
Une gorge dans une trompette
Trois doigts sous mes bijoux
Et l’Enfer en tête de piste

Ils aboient pour une once de vie pleine
Toujours revenir au cœur des idées
C’est mourir hors du champ des contes
Futilité infantilisée de la bouche
Cancre las au coin du mur vitreux

Depuis
Les fleurs s’éteignent dans la lande des chevelures
Ondulant sous la foi modulée

9 décembre 2003

ÇA

Ça
Hommage à la gangrène déesse
La situation noble d’un imbécile
Remarques allables sous la table d’opérations

Turpidences ombragées d’air froid
Je suite l’oracle de la condensation
Pour arranger deux arbres nébuleux
Qui poussent dans mes pieds

La bave surgit dans la révolte argumentée
Dégénérée du peuple en fin de course
Stomacale ivresse de la bile savante
Homère trempe dans le crime

8 décembre 2003

samedi 13 janvier 2007

D’HUÎTRES ORALES PÉDONCULES

On déraille! Le cerveau se transforme en grosse pâte malléable et il en sort de nouvelles choses assez chaotiques. La série qui va suivre, quelques six poèmes, en est une de liberté. Le langage n'a plus sa place ici. La signifiance ne veut plus rien dire. C'est de la pure écriture automatique complètement folle. Celui-ci garde toutefois une signification: il est le texte de la destruction de ma relation avec Jocelyne (ondes brunes d’un regard baisé / il ne reste qu’à détruire la phobie des beautés).

Quoi d'autre? Lisez la suite...


d’huîtres orales pédoncules
similitudes aphrodisiaques dans le vide
j’ai déjà envié les éléments du rire
sous un parasol famélique et disjoncté

tu regrettes le médiocre sur tes poils
angoisse psychotique d’élégance
supprimer le foie en manque d’épanchement
souvenirs fébriles d’orages de justesse
morale asthmatique
devenir
hanter
situer
charmer
ondes brunes d’un regard baisé
il ne reste qu’à détruire la phobie des beautés
sous un philtre habile de déjections fabuleuses

tuer des vermines faciles
un baume pour la peur

8 décembre 2003

vendredi 12 janvier 2007

OPPRESSION DENSE

Un combat entre le ciel et la terre, avec moi au centre, tout petit, incapable de bouger, mais l'eau, encore une fois, vient nettoyer les débris. Je pense que le texte dit pas mal tout par lui-même, je n'en dis donc pas plus.


l’oppression danse sur ma tombe
des rougeurs aux angles du cœur assombrissent mes yeux
et la tête subit les craquements d’un sol fébrile

je baigne au centre d’une eau bourbeuse
me retenant en succions puissantes qui m’entraînent vers
le fond du baril

des éclairs multicolores parcourent mes nerfs
oppression rance au sommet de mes os
le poids du corps diminue
mutation lente en régression sur moi-même
je deviens le poisson mourant sous la peau de pétrole enflammé
et le battement ventriculaire explose au cœur des choses

un filament de mon être subsiste à tout cela
une clairière ombragée dénuée de sécheresse
mais perdue dans la vase défectieuse tout au-dessus
oppression gravitique empêchant la sérénité
qui veut sortir des bouches par des sérénades

je perds le sens directionnel en ivresses canoniques
et surplombe sur moi la lumière blafarde d’un enfer dantesque
oserais-je m’écrier ces choses cavalières
que par le prix douloureux de ma carcasse séchant sous le soleil furieux
esclave des principes terrestres qui aboutissent au néant odieux

la sublimation est avortée quand la pluie verse son sang
et les branchies bouchées ne peuvent plus rien
pour un être oppressé de toutes parts
sans foi ni loi je demeurerai
jusqu’à la mort du soleil
puisque déjà je croutonne dans la boue devenant glaise
sans force pour combattre la Gorgone immobile
qui m’attend tout au fond pour m’avaler

craquelures
tout le remuement provient de mon crâne
de sourdes détonations en sortent et anéantissent l’argile solidifiée
des bombes d’eau claire au goût de fraîcheur
elles nettoient le trop-plein de saletés accumulées autour de moi
et de moi se répand la lumière électrique du spectre entier
et de moi s’entendent les réverbérations du temps écoulé
qui dehors alimentent le chaos me libérant des chaînes de l’oppression
et dansent en cercles virtuoses sous mes membres qui respirent enfin la vie

d’une chaleur délicieuse
c’est en entrant au creux de mon esprit que le jour se lève
sur le sentier oblique où un amour naissant du monde
érige les armes contre la calomnie des ancêtres conduits par
la haine de la vitalité de l’être
sous les drapeaux de la bonne foi
et d’une dictature prenant les feux de la loi

hontes aux envahisseurs de l’esprit libre
demain ne leur est plus

26 novembre 2003

mardi 9 janvier 2007

HALO

Le dernier poème de la "lignée Jocelyne". Je me suis écoeuré d'écrire des choses pour elle. L'indéfférence a commencé à embarquer après cela, comme une réaction face aux crises et au manque de maturité qu'elle me faisait subir. Il est beau, aquatique et rempli d'un amour que mon amoureuse du moment ne comprenait pas. L'eau est très positive ici. Elle commence par la pluie, se répand dans la marre et se transforme en une pluie intérieure qui soigne les coeurs. Encore mon "je-ne-sais-quoi" de toujours avec l'eau. :O)

L’orage, dehors, sieds aux maladroits qui regardent le sol se fragmenter
Pour les autres, il en est deux qui ne peuvent mourir
Ils sont chacune des gouttes qui tombent sur les nuques
Et le crépitement batteur sur le bois mouillé arrose de musique la vie des aveugles

Dort, belle nuit mouvementée par les vents
Dort et rêve au doux murmure d’une voix chaude qui s’étend à ton oreille
Dépasse le miroir, dépasse les nuages gonflés de larmes
Dépasse le manque et appuie-toi sur un quai au crépuscule

Dans la clarté d’une lune grise
Décroche le halo rouge qui la couronne et fais-en ton diadème argenté
Puisses-tu ensuite demeurer encore un moment avec moi
Sous la pluie diminuée qui dessine à partir de nous-mêmes nos visages

Court avec le son, je serai tout près de toi
Au bout du quai nous plongerons dans cette marre de folie
Où tous les amoureux plongent, les rendant immunisés
Aux défauts de l’être solitaire qui les regarde se fragmenter dans le ciel

Ils deviendront toutes les étoiles qui illuminent tes yeux
Et s’épancheront dans ton sourire transformé en soleil
De cette façon jamais plus la pluie ne cessera de mouiller les cœurs séchés

28 octobre 2003

samedi 6 janvier 2007

PLUIE SOUS UNE JUPE NOIRE

Un autre texte sur le manque, comme celui qui suivra après lui. Amour à distance, fébrile, boiteux, insoutenable. Rien d'autre à dire, sinon que le rêve et le désir. Ce désir fut la seule chose qui resta un certain temps de cette relation avec Jocelyne. Le reste a été détruit en cours de route. Nothing lasts forever. Rien dure pour toujours, enfin, il sera là pour un sacré bout de temps en moi.


d’un si doux regard
l’éveil de la conscience en effusion sanguine et sanguinaire pour le
sentiment

encore du bruit dans une tête remplie d’atomes pesants

on joue à la marelle
en sautillant d’un pont à l’autre
un soudain arrêt
je me rend compte qu’oubliée dans une sirupeuse cave
la vie des bras d’animaux pensant
dévergonde la pluie qui tranche dans le
vide

nébuleuse incongrue
je nage en elle pour trouver une partie de mon âme
perdue au milieu de milliards d’yeux
second arrêt
le cœur souffre et le nez sent la timide étreinte du feu hilare

que ne peut-on découvrir
sous la jupe noire qui ne se dévoile?

tout un univers de délices
à jamais enfouis pour qui ne sait aimer
ai-je cette faculté
ou ne suis-je qu’un aimant parmi les autres
ailleurs pour qui ne sait s’intérioriser?
point un mal
que la Nature chez l’être pensant
car il n’agit que par l’éphémère
sans regarder quel temps il fera dans deux jours

octobre 2003

vendredi 5 janvier 2007

INNER SPACE

Une meilleure tentative d'écriture de poème en anglais que les précédentes. C'est une chanson de Grimskunk (Inner Piece) qui m'a fait penser à ce texte d'une intériorité ouverte au monde et qui finit par être envahie par un soleil qui semble ici presque le bienvenu. Mais la fin de ce poème est le début d'un tourment qui se résoudra plus loin (dans Opression dense).

La thématique du soleil est très présente dans cette première partie de mon quatrième volet. On le prend ici dans sa symbolique la plus répandue: celle du Roi-Soleil, la figure du père par excellence. N'ayant point encore la faculté, à cette époque de 2003, de combattre le problème en face, il m'a fallu le faire autrement. C'est par ces mots que mon esprit s'y est pris, et c'est par ces mots que mon coeur s'est soulagé, sans comprendre encore que je vivais la même chose dans mon couple que ce que je vivais chez moi, et que c'est sans doute cela qui a fait précipiter les choses.

Enfin, mieux vaut tard que jamais...


They sang my flesh
They sang my bones
Onto pillars of iron strike ideas of silence
Borrow the wind
And breathe inside my inner space

They sang my blood
And they sang my soul
Hollow cavern seeking Hell from the Earth
Sorrow belief avoiding ignorance
Allows me to flee in my inner space

Now they sing on the rooftops of Mexico
And on lakes of the purest blue
Leaving a hand in the position of life
Wide open
A wound that leads to my inner space

No more songs for the Consumed
They swallow drinks of idle cracks
Earthquake of the brains after twilight
When the Moon drifts away
And starts to smile for the Eyes
Forgotten long before the discovery of love
With a sense of truth known only by the Sun
Delightful partner of the lady in the sky
And an invader finishing its night in my inner space

7 octobre 2003

mercredi 3 janvier 2007

LE CENTRE DE LA TERRE

Un autre poème pour Jocelyne. Poème hors du temps, ou plutôt à l'intérieur de tous les temps à la fois. Des images d'enfants et de vieillards jouent sur le même visage, un peu comme la fin de 2001: l'odyssée de l'espace, quand le personnage se voit à différentes époques de sa vie jusqu'à sa mort et sa renaissance en tant qu'entité cosmique. Le désir est toujours présent, comme dans tous les autres poèmes sur cette fille, désir qui frappait chaque fois le mur d'un manque de confiance en... en quoi? En elle-même? En les autres? Qui peut le savoir?

On a finit par s'en foutre, de toute façon.


averse de braises sous le souffle d’une gorge en feu
si belle au coeur d’un ouragan de feuilles mortes
elle s’élève dans le vent
plus pure que le sourire du soleil
emportant avec elle le bleu des astres enrubannés de silence

tout retombe lentement
sur le visage allongé de la Terre tranquille qui
sous les spasmes de son coeur profond
accueille une cendre devenue larme pourpre

un témoin de la scène s’approche à pas de fauve
il semble vouloir cueillir de ses doigts cette larme impalpable
car au creux de sa main
mille bouches demandent d’être embrassées par cette chaleur
une chaleur perdue dans les vastes horizons du temps

l’homme regarde passer les feuilles mortes
accompagnées par le Marcheur
et se retourne pour contempler l’illusion des couleurs
illuminant les eaux frêles d’une rivière noire
larme pourpre devenue bouche brûlante
les trois temps de cette valse atonique
réveillent au fond de la Terre
un chant distillant les coeurs de l’enfants au mille bouches

dès cet instant
clairement distinct des restes ombragés du sol
un sillon se creuse autour du vieillard millénaire
et le terrain d’airain s’effondre
dans le vide rempli d’acclamations torrentielles

l’homme nouveau se pose devant l’Être Noire
une noirceur trop belle pour des yeux humains
une noirceur lançant l’ouragan dans les corps paisibles
une noirceur embaumant de lumière les nuits aveugles

le voeu d’entrer en elle défini le décor
mouvements continus sous un toit de stalactites obscures
des oiseaux égarés volent dans leur contraste
démunis de branches où se reposer
ils s’alimentent de la lumière noire
à l’instar du garçon ébahi par la beauté des vagues sombres

il s’avance doucement et tend les bras
vers la source de son extase
elle lui sourit et l’accueille sur son sein
en une étreinte résurrectrice et rassurante
perchée au centre de la Terre
le noyau d’un amour aromatisé de caresses
et l’union d’êtres célestes organisés par
une horloge établie hors du temps

le froid n’entre plus dans la bouche du ciel
et dorment en silence les paroles ardentes
derrière le rideau vert des cachettes nébuleuses
où naguère hibernaient les malheureux

22 juillet 2003

mardi 26 décembre 2006

ANIMISME

Le poème qui fit que le recueil que j'envoyai à quelques maisons d'édition porta le nom de "Comment les animaux devinrent des choses et autres réalités". C'est la prise de vie des objets inanimés, le respir de la nature et des constructions de l'Homme en harmonie devant deux êtres vivants confus et figurants. On parle des Sans-Foi, sans pour autant connaître leur but. La multitude devient l'unité qui devient la dualité qui devient un Tout (qui n'est pas la même chose que la multitude).

Se départir de l'humanité fut l'un des buts de ce quatrième volet. Ne plus être ce que l'être humain est, et en même temps, souffrir de sentiments hors de mon contrôle qui sont le lot des humains. Ce poème est une tentative d'atteinte de la sérénité d'esprit au-delà d'une sérénité de corps qui est à ce moment totalement impossible.


douze ombrelles enlignées devant une chambre à coucher
des bruits de noix qui se cassent
s’entendent de la fenêtre ouvrant sur une mer ensoleillée

des douze
une se brise sous le poids de l’air
rongée miteusement par une harangue défectueuse
l’appui du ciment cède à son tour
et la tour ombragée se montre dans le jour

une poignée d’oiseaux vérantent au-dessus du toit
maculé des déjections acides des volatiles
les sourires pèsent le pour et le contre

en voyant ces images absurdes fondre sur le mur
deux voyageurs se demandent ce qu’est l’affoi
aucune réponse provenant de ces murs
ils n’ont que des oreilles bouchées
alors ils désertent le plancher de marbre
sur lequel ils se tenaient depuis des lustres
et s’étendent à l’extérieur
sur un lit de fleurs parfumées de l’odeur des anges

le souffle court
essoufflement dans la course contre les fourmis
les voyageurs passent leur chemin et ignorent
les murs endormis au milieu du champ de fleurs

dans leur marche sous le soleil d’automne
ils se rendent sur une plage qui se trempe les pieds dans
le sable
mouvant au gré de la pulsation océane

26 juin 2003

LE PÊCHEUR DE MARTELETS

Un petit conte amoureux pour celle que j'aimais à l'époque (Jocelyne) et qui fait suite aux Métamorphoses. Changement de corps et de fonctions, un être Doppelgänger encore lui-même au coeur de la multiplicité...


Je suis un pêcheur de martelets. Ce que j'en fais, c'est cogner fort sur des membranes résistantes. Elles pompent des fluides vivants et le ressentiment émotif exulte toujours quand je pense à toi.

Je suis un constructeur de fleurs. Ce que j'en fais, c'est les étendre dans un lit, pour que nous puissions nous y étendre et nous transformer à notre tour en fleurs odorantes et pleines de couleurs.

Je suis un peintre du ciel. Ce que j'en fais, c'est d'y mettre une étoile pour chaque baiser que je veux te donner, étendue sur le fond, comme sur la surface de ton corps doux et chaud.

Je suis un dompteur de langue. Ce que j'en fais, c'est de la manipuler dans ma bouche pour qu'elle puisse séduire la tienne en une danse soyeuse. Elles seront alors au comble du bonheur.

Je suis un éboueur de pensées. Ce que j’en fais, c’est de me débarrasser du noir attristant qui y règne pour y mettre une joie sans nom. Là vivra une pureté qui éblouira le néant où ne repose que la pénombre.

Je suis un enfant jouant à la cachette. Ce que j’y fais, c’est de t’emmener par la main avec moi dans un lieu secret où nous pourrons dévoiler l’amour qui nous habite, alors que sont comptées les secondes de la réalité, hors de nous.

Je suis un ange de la nuit. Ce que je fais, c’est de parcourir les cieux depuis le point zéro jusqu’à ton lit où je te regarde dormir, telle un ange toi aussi. Je m’étendrai à tes côtés, mes bras t’enlaçant, et le feu nous consumera sans nous faire mal.

Je suis un homme heureux. Ce que je fais, c’est de parcourir chaque centimètre de mon esprit afin que pas un seul endroit ne soit absent de ton image et de l’amour immense que je te porte, bien-aimée Jocelyne. Ne restera que le manque de te revoir bientôt sous une lune qui nous éclairera de ses yeux blancs.

29 mai 2003

jeudi 21 décembre 2006

À L’ORÉE DES ÉTOILES

Jocelyne, la suite. Rêve de nuits torrides, rêves d'infini. Le beau temps avant la tempête intérieure qui en suivra pendant cette année-là. Je ne me rendais pas compte, à ce moment, du bourbier émotionel dans lequel j'allais mettre les deux pieds. Un poème sur le désir inassouvi, perçu simplement sur l'ombre d'un mur, presqu'en ombres chinoises...


deux ombres sur le papier peint de la chambre à coucher
mouvements de lenteur élaborant une symphonie
qui durera une nuit entière

démentir l’orgueil assouvi de jalousie
depuis que le coeur embaume l’atmosphère
point de remords à nourrir
que l’amour habité du soleil
et des nuages au-dessus des eaux bleu foncé

en des caresses légères je suis la route
de ton dos parfumé de mille fragrances
nos silhouettes éclairées seulement par
la lueur de nos yeux
vert sur fond de noir
noir sur fond de nuit
la nuit n’a plus de fin
éternité passée au creux de tes bras
bercé par la douceur de ton sein
les caresses n’ont plus de fin
elles aussi

pluie
à l’orée des étoiles dansent les astres invisibles
une tempête se lève
et nous
de nos ailes d’argent
et nous
sillonnant la mer noire du ciel

des années perdues dans le passé trouble
inaugurent le chant d’Éros

quelle fortune l’amour nous apportera

nos lèvre s’ouvrent pour parler
il n’y a que des oiseaux qui s’en échappent
prêts à nous suivre sur les bords de la Terre
où main dans la main nous suivons la rose
cueillie par un ange aux yeux d’émeraudes

encouragées par les vents du soir
deux ombres sur le papier peint de la chambre à coucher
évoluent gracieusement dans leurs mouvements
cachées derrière la pénombre d’un baiser

aimer le temps qui se hâte de courir
vers ton coeur généreux de son amour

la solitude est un ennui
et sans toi mon âme se languit

28 mai 2003

mardi 19 décembre 2006

L'HOMME PERDU

C'est étrange, mais ce poème, à l'origine, contenait des passages religieux, un peu comme une dérision de, en quelque sorte, comme une prière claudiquante qui lui manquerait un mollet, et un cerveau pour la faire avancer. Mais j'ai oblitéré le tout au passage où les animaux deviennent intelligents.

L'homme perdu est le reflet d'un dieu quelconque qui n'a juste plus sa place dans notre monde, mais aussi un Moi en train de creuser le trou où était enterré l'inconscience de l'inconscient.

Il y a encore ici une influence d'une chanson de Dead Can Dance (In Power We Entrust the Love Advocated) à la fin du poème.


dernier tour de table
une rondeur philosophe sur le coin
comme si les amours allaient en faire l’oubli
fin et souple semble cet œil ouvert et sombre
que la lumière tente de percer de son rayon

le téléphone vide se souvient du temps palpable
et la poussière dévergondée sirote son joint
tout près des moustaches de l’homme perdu qui sourit
courant désespérément à la recherche de son ombre
au lieu de rester là à dire non

fermeture de la pierre philosophale

des déments déboulent dans de drôles de discussions
disons d’eux qu’ils sont mortellement atteints
par un SIDA maintenant muet
ou une syphilis grimpant le long des cheminées
ils ne sont là que pour gouverner
de toute façon

fracture de l’espace entre les atomes

un menuet s’empare de l’œil sombre et ouvert
ballet mécanique dans les bras d’un sillon bleuté
un écrou s’écroule
et laisse voir le ciel gris d’angoisses
sans couleur pour l’accompagner
que va devenir l’électricité

tout part et revient par les mêmes chemins
aucun d’eux ne mène jusqu’à Rome
la poussière l’a effacée de son ombre
où la voûte s’étend de millions de baisers
emportés par un cœur vieilli par l’ennui

tourmente dans le cœur de l’homme perdu
au bout de sa table ne vit que le vide
vase dominant sacré de vérité cachée
vide
le vase
vide
la vérité
les idées penchent plutôt pour les motifs bleus et gris
eau et poussière
ciel et montagnes
vie et mort

tourmente dans le cœur de l’homme perdu
qui voit trois dés au bout de ses doigts
ils attendent d’être jetés une dernière fois
à tout hasard
peut-être pleuvra-t-il en Éthiopie

les interférences devinent un mouvement de tête
vers une horloge sans pendule
ciseaux d’argent coupant des queues
et les animaux deviennent des hommes intelligents
les pères se métamorphosent en criminels volant les vieilles mémés
nous les suivons comme leur ombre

la conscience du monde s’ouvre sur le manque d’acceptation
tourmente dans le cœur de l’homme perdu
le silence tue et se tue à survivre
créé de toute pièce à notre image
il s’abrite là-haut
modelé pour nous pardonner
afin que notre conscience soit en paix
hors des larmes qui peignent les joues de l’homme perdu
il est dégoûté

et toujours ce silence
qui reste là pour laver ces CONSCIENCES vides
l’histoire ne fait donc que se répéter et recommencer
guerres
meurtres
suicides
hypocrisie
orgueil
pouvoir
orgueil
hypocrisie
suicides
meurtres
guerres
pouvoir
le pouvoir symptôme de la fin de notre conscience

un refuge
l’inconscient
où le rêve vogue doucement sur ses ondes
le devenir d’une vie hors de la souffrance
mais envahi peu à peu par les restes décomposés
de la civilisation

nulle part où puisse demeurer l’homme perdu
sinon dans une recherche de l’amour
but ultime oublié par tous
the way lies through our love
there can be no other means to the end
sans lui
à jamais perdues seront les clés de
l’innocence

16 mai 2003

lundi 18 décembre 2006

LES MÉTAMORPHOSES

...Ou la fin d'une trève avec moi-même qui dura trop longtemps. Les chaînes se brisent, laissant peu à peu couler un magma froid et vert d'une inconscience tapageuse qui vient à peine de naître. À travers cette mare sonore, un coeur se met à battre doucement, douloureux dans les premiers battements, mais prenant goût au rythme qui demeure stable. La fin d'un commencement, l'aboutissement de quelque chose se produit enfin. De ce texte enrichi d'émotions fortes, douces, chaudes, amoureuses découlera le reste. Je devrais plutôt dire, les restes d'une mécanique déglinguée trop vieille pour bien fonctionner (ça vous rappelle quelque chose?).

Le quatrième volet est le volet de l'acceptation de ce que je suis dans le monde où je vis. Une acceptation froide, glacée comme les vents nordiques et ascérée comme les griffes d'un aigle sur la chair, mais tout de même une acceptation. Mais c'est avant tout la première véritable rencontre avec Celui qui est en moi, et non le regard d'un Moi face à un miroir. Je l'ai dit plus haut, les chaînes se brisent, et ce magma froid et vert se mettra en ébullition, la folie qui m'habite dansera finalement en harmonie avec moi.

"Les Métamorphoses" n'est donc pas qu'un poème d'amour (toute création finissant toujours par être un monticule d'égoïsme), mais aussi la réconciliation avec le côté lumineux (et cinglé, parce que j'ai toujours considéré mon côté fou comme étant une bonne chose) que j'avais mis sous une cage de verre. Cela reste tout de même une lumière voilée, qui prendra toutes les couleurs au fil des 25 prochains poèmes (des couleurs beaucoup plus brutes et piquantes qu'avant). Bienvenue dans l'alcôve de mon cerveau...

C'est sans doute pour ça que je le considère comme le plus beau poème d'amour que j'ai écrit. Le pire, c'est que ce volet s'est écrit dans une des périodes les plus dures pour moi, côté moral. L'année juste avant que je ne déménage à Montréal. Le point tournant fut ma rencontre avec une flûtiste de Montréal du nom de Jocelyne Roy qui m'a fait péter le coeur tellement j'étais amoureux.

Ce poème était pour elle, ainsi que tout ce quatrième volet.

les feuilles d’un arbre soudain battent l’air
bam…
bam…
au rythme de pas invisibles et prudents
ou d’un cœur qui bat
sur la musique assonante et enivrante

la pluie se met à tomber sur une feuille esseulée
la plus basse sur cet arbre géant
celle que toutes les autres cachent de leur ombre éthérée
elle part dans le vent
suivant toujours ce rythme fantôme
s’envole dans l’air humide et dans le ciel d’azur
vers une plaine verte et fleurie de nénuphars

sur l’un des végétaux se tient une bête poilue aux grands yeux
qui sont des caméléons dans tout ce vert en suspension
et la feuille lentement s’approche
rayonnante d’eau de pluie reflétée par un soleil chaud
elle se pose près de l’hirsute créature
bam…
bam…
le vent de gauche à droite à gauche
fait ployer légèrement les tiges foncées
de ces nénuphars flottant dans l’air
sifflements doux au ras du sol

de ses doigts délicats de bête aux grands yeux
l’énigmatique prend la feuille qui se métamorphose à son touché
crevant l’illusion de la confusion des rencontres
et sous ses yeux à elle
la bête de muter de même

plié sous le poids qui augmente doucement
au rythme de pas invisibles
le nénuphar se rompt
et deux cœurs de suivre leurs mouvements
bam…
bam…
une feuille qui jadis fut se tient là dans la verte plaine
l’angélique aux ailes rayonnantes
qui sous la pluie tombant sur tout
lance à l’être devant elle un sourire émancipateur pour le sentiment
ses mains tiennent ses mains
et d’un cœur répondant à l’autre
bam…
bam…
se joue la musique sortant des herbes trempées
la musique qui perce un regard d’émeraude
oubliant la folie d’un jour sans pluie
qui suit le rythme des gouttes frappant le sol ruisselant

eux
ombres denses aux côtés des nénuphars inondés
par l’entendement des échos d’une clarinette claire
entre le temps du jour et le calque de la nuit

eux
descendant au fond d’un antre formé de plantes aquatiques
transformées en mille bougies éclairant leur voie

eux
suivant le rythme de leurs pas bien visibles
bam…
bam…
débouchant aux confins d’une voûte étrange
cavité circulaire démembrant un volume ouvert aux pages neuf et dix
d’où sortent en volutes multicolores
la Goraan’biopè
image diffuse de multiples rencontrent anticipatrices
envoûtant des peuples animés par les pierres de l’échafaud

eux
n’ont qu’à fermer le livre pour repartir
et annihiler la pensée abstraite d’un manque à la vie
ils n’ont rien à envier aux astres
maintenant devenus vaisseaux fantômes dans la tempête

il ne font que marcher et jouer leur musique
bam…
bam…
au rythme de leur pas les menant au dehors
vers la lumière du soleil pleuvant sur la terre inondée de leurs coeurs

12 mai 2003

samedi 16 décembre 2006

QUATRIÈME VOLET ou LE FESTIN NU DES RÉSIDENTS ERRANTS

Nous voilà rendus proche de la fin, chers lecteurs! Il reste moins d'une quarantaine de poème à mettre ici et nous serons à jour. Le passé aura rattrapé le présent et vous aurez la presque intégralité de mon oeuvre poétique. Il va rester le Dernier Soupir qui n'a pas sa place ici, mais plutôt chez un éditeur. Verra-t-il un jour la lumière? Qui sait?

Le quatrième volet, comme j'en ai parlé plus tôt, ne sera plus teinté des émanations putrides de mon cerveau. Au contraire, quelque chose de nouveau voit le jour, quelque chose d'aussi noir, mais encore plus difficile à saisir. Ce volet se verra teinté des Residents, de Burroughs et de Jocelyne Roy. Surtout d'elle. Le premier poème, dont j'ai déjà parlé à quelques reprises, souligne justement ma rencontre avec elle. Après cette "passe", quelque chose dans mon style a changé et tout deviendra confus, mais en même temps si limpide, nettoyé de tout surplus inutile. Beaucoup seront indéchiffrables, mais il est possible de le faire. Un compagnon d'écriture y est arrivé il y a quelques années.

Suffit pour l'introduction, bientôt viendra la poésie!

dimanche 10 décembre 2006

CRUELLE ÉPOQUE POUR LES EMBROCHÉS

Poème sur la cruauté, le céleste (esprit) prend la place du terrestre (corps). C'est la fin du livre, la fin d'un chapitre dans ma vie où je croyais que plus rien ne se pouvait. Ma période morbide et cruelle se termine ici. J'avoue que ça réapparaîtra tout de même un peu dans les années suivantes, mais à un niveau moindre. "Cruelle époque pour les embrochés" clôt le Troisième Volet, donc.

Une analyse (la dernière très longue) suivra le texte. Elle date pas mal de la même époque et met l'accent sur l'aspect "cruauté" du poème. À lire si ça vous chante!


meubles et friables sont les jours sans rouge au yeux
les métaphores obsolètes déglutissent silencieusement la mémoire
plus que de la merde dans la bouche des éteintes Moires
toujours seules avec le Grand Manque des miséreux

la résonance électrique du cerveau captif dans le gouffre
étonne la grosse portant des lunettes en peau de serpent
elle marche d’une allée à l’autre en traînant ses pieds pesants
écoeurés de soutenir la baleine suivant le courant de soufre
au plus profond des mers inondées de déjections célestes
la roue du chariot se casse
trop de nourriture pour une seule

cri définitif organisé dans les rangées de fiacres
c’est l’apoplexie des mutants hongrois perdus dans la vase des ogres

qui donc chercherait à percer le mystère odieux des antres
des cités obscures

on ne parle que de viande lorsque les gens meurent
ils ont perdu l’appui de leur honneur
vidés de leur sang
ils rongent les restes d’un tank rouillé à demi enterré dans les cadavres
le dernier remède pour ces aboyeurs charognards
demeure la pendaisons par les
testicules
que leur soit recraché le misérable désir du manquement des cloportes arméniens
ceux qui furent si prompts
à revenir sur les lieux du crime
stationnaire

eux ne se refusent l’offrande charitable d’une gorge déployée
bouillonnant sous un soleil ardent

29 mars 2003

Analyse
 
Poème en vers libres. Ce qui se remarque le plus, c’est le manque de ponctuation (j'avoue que maintenant que nous avons passé tous les autres texte, ça ne se remarque plus tellement). Au début, il m’a semblé allant de soi que ce poème n’ait aucune ponctuation. Pourquoi ? Parce que mon processus de création poétique est rendu au point où la ponctuation est une entrave aux mots que j’étends sur papier. La même chose s’est produite avec les majuscules. Pas de point, donc pas de majuscule. On verra, un peu plus loin dans l’analyse, qu’une autre raison vient justifier ce manque de ponctuation.
On constate la présence de la rime dans les huit premiers vers. Elle s’écroule au neuvième vers, comme le chariot dans son écoeurement définitif. L’écroulement du chariot est annoncé par les pieds qui en ont marre de supporter la grosse. Ce groupe de vers (9 à 11) est le point de rupture des règles pour une arythmie de la cruauté. C’est la roue qui se casse qui débalance tout et qui envoie dans ce monde de charognes, de mort, de cruauté. De cruauté humaine qui se voit mourir devant la nature qui se venge par sa propre cruauté, une cruauté céleste qui débute dans l’insondable, dans la noirceur des cités, au plus profond des mers inondées de déjections célestes, et qui se termine devant la lumière ultime, sous un soleil ardent, où la cruauté humaine se fait cruellement carboniser, la gorge déployée (sous-entendant « gorge tranchée »).
La cruauté humaine, elle, commence avec le manque et se termine dans le manque. Dans la première strophe, il est question du destin fini des humains (éteintes Moires) où le langage du passé (les métaphores obsolètes, donc symbole eux-mêmes) dévore sournoisement ce même passé et ses symboles, conduisant l’humanité devant une impasse : le manque psychanalytique. Prenons ces deux vers, le quatrième et le vingt-troisième, où il est question du manque :
- toujours seules avec le Grand Manque des miséreux
- […] le misérable désir du manquement des cloportes arméniens
La misère est présente dans les deux vers et sert à qualifier le désir dans le deuxième. Les miséreux sous-entendent donc les miséreux désirs. Le Grand Manque de désir. Qui conduit à la fin au désir du manque, un manque ridicule laissé à une bande de cloportes qui ne savent que se faire la guerre (cloportes arméniens). Le poème montre comme étant une vraie torture l’absence de désir, même s’il nous fait parfois rougir les yeux (1ier vers), mais justement, la souffrance nous tient debout. Et savoir qu’on a ce manque nous le fait désirer, mais tout aboutit au néant. C’est la cruauté définitive (cri définitif, 12ième vers) qui se met en branle pour construire ce poème.
Un autre non-sens apparent fait surface à partir du 16ième vers : les morts rongeant les restes d’un tank rouillé à demi enterré dans les cadavres. Je montre ici les cités de fers perdues dans la cruauté de la guerre qui mène à la décrépitude. Cette idée de morts mangeant leurs morts illustre l’état même de la guerre qui envoie des frères se battre entre eux pour des broutilles, et ça semble toujours venir des mêmes (lieux du crime stationnaire, donc qui reste sur place). Mais même dans la mort, ils réussissent à crier pour tout avoir, ces aboyeurs charognards. La pendaison par les testicules, acte d’une cruauté ignoble, signifie l’arrêt de la reproduction de ces charognards. L’être humain est montré comme un corps vide (vidés de leur sang), indigne (ils ont perdu l’appui de leur honneur) et décadent (on ne parle que de viande).
Le manque est symbolisé par le noir (gouffre, au plus profond des mers inondées de déjections, antres, cités obscures), et le raisonnement, l’intelligence humaine (la résonance électrique du cerveau) sont captés par ce noir, avalée. C’est ainsi que la ponctuation et les majuscules disparaissent du poème. Le manque les a dévorées. Lorsque les morts (hommes) tentent de percer à jour cette noirceur, seule la mort les attend, parce que la lumière au bout du tunnel est trop forte et cruelle pour eux.
C’est donc par le manque obscur qu’est créée la cruauté, la sauvagerie démente illustrée par l’association hongrois/ogres au 13ième vers. Le mot « ogre » est en effet un dérivé du mot « hongrois », apparu à l’époque médiévale pour caractériser ce peuple dévoreur et destructeur lors des attaques barbares à la fin du IXième siècle[1]. Ces ogres s’attaquent aux deux classes sociales les plus nuisibles aux humains, celles qui en font des cadavres se dévorant entre eux. J’ai illustré les deux classes par deux véhicules : le chariot et le fiacre. Le chariot représente l’univers du travail, de la bourgeoisie de la grosse baleine (qui, avec ses lunettes en peau de serpent, symbolise le mal ultime, car le serpent est la figure du mal biblique). Le fiacre symbolise le monde aristocratique, le divertissement, et c’est à travers ces classes qu’est lancé le cri. Dans l’esprit du texte, ces deux classes représentent la même chose et tout doit s’écrouler dans une cruelle barbarie. C’est pourquoi apoplexie est pris dans le sens suivant : c’est le début brutal de la fin.
On peut qualifier ce texte d’hymne à la cruauté, où tout, du début à la fin, s’effrite, se casse, se fait avaler, meurt et tombe. Mais c’est surtout pour montrer à quoi mène la cruauté : à la destruction de tout, thème qui reviendra beaucoup plus puissamment lorsque j’analyserai le troisième poème, sur la furie. La cruauté est une forme de destruction autant physique (pendaison par les testicules) que psychologique (la résonance électrique du cerveau) et ce poème veut montrer que dans un état de manque, c’est la cruauté qui prime pour assouvir ce manque (par les aboyeurs charognards).
[1] BALARD, Michel, Jean-Philippe GENET et Michel ROUCHE. Le Moyen Âge en Occident, Paris, Hachette Livre, coll. Histoire Université, 1990, p. 89.

samedi 9 décembre 2006

SCHIZOFREÏNA

...N'importe quoi sera bon pour ne plus penser (dis-je dans le commentaire de Deur'b), la solution fut le revirement vers moi-même et la confrontation de ce Moi-même infernal. Ce revirement est une montée, comme si mon esprit était plus haut que mon corps, un esprit en colère de porter de trop lourds souvenirs. De cette hauteur, il faut redescendre, mouvement de vague incessant.
Ce poème pousse la robotisation de mon être une coche plus loin, mais c'est sur un mur que je me frappe. Je ne peux plus faire un pas de plus vers mon intérieur. Aller plus loin est la folie du Chaos Désharmonisé, une folie brutale et insensée, une folie qui n'a plus conscience de la vie et qui rend toute chose moribonde. Ne pas confondre "esprit" et "âme" dans ce poème. L'âme, ici, est une partie intégrante du corps et ne peut en être dissociée. D'où les couleurs de cette âme, état physique d'Être dans un inconfort obligé.

La viande est de retour (à la fin du poème), cette viande saignante qui a peuplé presque tout ce Troisième Volet. Cette viande qui fut mon corps jeté aux oubliettes, meurtri par l'oubli de conscience. C'est pour cette raison que le Troisième Volet se termine par ce poème intérieur (sans oublier le poème qui viendra juste après!!!) et voguant dans les hautes sphères. Le corps malade et dénié ici, il sera martirisé au plus haut point dans le poème suivant, le poème que je vous parle depuis presque le début de ce blog: "Cruelle époque pour les embrochés".

Je vous laisse à votre lecture!


élévation de la pensée surhumaine en déroute
déjà je sens venir à moi les cris de fureur incomprise
quand en attente du levé de l’univers argenté de givre
pullulent un millier d’amas poussiéreux de spasmes oculaires

je descends tout au fond
là où l’esprit rejette l’envie des autres et se mure de rêves
de songes d’errance solitaire au sommet d’Érel le guetteur
lui qui écoute sans juger la pensée des flots immolés

le regard
importance naguère ultime
traverse les choses palpables à l’envers desquelles l’oubli reste
il ne peut n’y avoir que l’outil du silence
à l’intérieur de ce crâne chevelument terne de souvenirs
implacable résistance devant la Mère qui fut le berceau humain
c’est en conduisant l’attelage du Soleil que j’aspire la Terre
tout au fond du caniveau de mon esprit
le moribond avait peur de naître sans lui-même
alors que la vie s’est emparée de tous les êtres célestes

les paupières closes
je dérange l’ordre intérieur autrefois solidement ancré
le fracas insolite endort le reste du système originaire
et mes sens perdent pour peu leurs sens
et ces imbéciles me laissent seul avec lui
de l’autre côté du monticule ossuaire de ma propre personne
deux êtres réflectifs
se refusant un unique regard pourtant fondamental
ils sont enfermés là où j’ai désir d’oublier
derrière les portes souillées de la civilisation désossée
sans plus la moindre parcelle de viande comestible

indifférent aux peuples frappant au-delà des fers
il ne me reste plus qu’à retourner ronger les couleurs de mon âme

16 mars 2003

mardi 5 décembre 2006

DEUR’B

Des pensées en folie, déréglées, portrait d'un jeune adulte ne comprenant plus le monde qui l'entoure... La parole s'étouffe, n'importe quoi sera bon pour ne plus penser...


Deur’b in lamentations quéligarythmiques
breach d’amnésie hantisée de cacodéfragmentation
la circuitrie rebranchée dévoile les spasmes
masticulation de mammifères disjonctés et sans vie
Deur’b
un oliphant dégrossi affuble rieusement l’affect
or donc affairé à s’affaiblir devant l’idylle
les peurs s’affaissent d’elles-mêmes dans la peur
lenteur des ombicéphales elles face contre leurs fèces
perdition du désir
manque de sentiment amoureux impuisible
ne reste que lanternes magiques illuminant le soleil
défendu en sa demeure de manger la langue
déblatérer incessamment pour l’éternité sur le néant
rien d’autre à branler de paroles consistantes et larvaires
bla bla bla le Deur’b s’enterre au milieu de la chair
clouant chaque parcelle de violence méningique au cœur des os
un trou pour passer
un trou pour repasser
un dernier pour forniquer sans sexe et sans gloire
laissant une peau respirant trop de ses trous de métal
noir sur un blanc lavé par les pluies aristotéliciennes
ombre de cafard sur le mur des embûches éthérées
Deur’b
de ses larmes vaporeuses et cassantes un rayon de néther
langueur défectueuse qui signifie l’acte de merder
quand enfin après plusieurs millième d’infini
les êtres défaits s’engouffrent à travers une terre hydrophobe
entendant frapper sans entrer dans leurs corps
silhouette désertée sûrement par l’envie de se divertir
Deur’b
déportation précipitée des capithèses enveloppées de gris
horloge dérégularisée en fonction du corps céleste
depuis le départ du sentigme le mot se meurt dans sa bouche
et dans la mienne se morfond la vue des songes interdits

nothing lasts forever

15 mars 2003

ACIETISACIÒN DEL AMOR

La crystalisation est un sous-thème récurrent dans mes écrits. Quelque chose se construit, mais termine toujours sa vie au milieu de quelque chose, incapable d'avancer plus loin. Ici, c'est la crystalisation de l'amour qui prend racine dans l'incapacité d'exprimer des sentiments réels. Ou plutôt, dans le manque de moyens pour exprimer ces sentiments, tout de même présents dans ce Corps-Crystal que je suis en train de devenir à cette époque. Le sentiment se transforme en une sculpture d'acier, empêchant tout de bouger: le coeur, le cerveau, le corps. Tous commençant par la lettre "C"... Crystalisation d'un acier prêt à fendre pour ne laisser que des débris d'Être...


Toujours là blafarde nuée de souvenirs
Des heures passées à marcher hors du temps vieillissant
Une plongée dans cette eau d’un bleu transparent
Irrigue la peur qui assaille le peu d’avenir
Oublié pour un instant jamais assez long

C’est un sourire qui réveille l’appui d’un cœur dément
Sourire avilissant le mal à sa racine pourrie
Afin que naisse derrière le feu agonisant qui me nourrit

Les ombres nettes et dessinées sur le haut jugement
Enseignent aux risques d’oser caresse ce doux mamelon
Qui tenu pour la vie entraîne l’élan des oiseaux déplumés
À voler tout au fond des entrailles aux yeux voilés

Demain le vide
Plurielle avenance en pure langueur
Si le retour n’en a cure un seul instant
Inutile de le nier
Le melting pot disjonctif s’engage à perpétuité
Dans un cerveau humain aciétisé d’illuminations

Orage au cœur de l’Amazone
Elle ne peut que se défaire d’un sillon vital
Immolé devant l’autel de l’amour
Holocauste futile pour l’étranger athée jusqu’à la moelle

Trop accusée d’images déconstruites
Elle pourrait prêter son cœur à l’Éteigneur
Danser un sentiment heureux

Supposition d’une malédiction
Pour signifier qu’il parle mal
Lorsque vient le temps d’amoriser

20 février 2003

lundi 4 décembre 2006

LE MINOTAURE

la spirale descendante soupire aux fins du Minotaure
cornes suspendues
elles n’attendent que par le désordre des pendus
divines querelles d’embonpoint des moustaches
la férule idiomatique s’enchaîne aux arbres pétrifiés
qui s’emparent des sabots propulsifs des saboteurs

que l’abordage engage les sages sur les nuages
je ne nie pas que l’âge soulage l’entourage
or le minage des nécrophages ménage les mirages
idylle de l’aréopage qui tranche les apanages du bovin mythique
en tant que mélomane d’hécatombes soupçonneuses
je ne vois que des muscles inutilisés et atrophiés par le vide
les haches affilées réagissent à l’ouvrage de trancher
dans la substance phonétique du rêve éternel

révolte au milieu des peuples croyants
et la peur
qui évanouit le plus pur désir d’assouvir les pleurs

le Minotaure part à la chasse avec en ses mains une hache à deux mains
la brandissant comme un vulgaire bâton de bois
il fonce à toute allure vers la cité aux lois innombrables
hachant menus tout être se trouvant sur son chemin

il en a assez des héros voulant le posséder
il en a assez de se voir continuellement pointé du doigt comme un monstre
alors il fait en sorte de le devenir pour une raison valable
tranchant tête après tête
jusqu’à ce que ses pas l’arrêtent devant les murs
ces murs indestructibles
qu’il déchire à coups de poings

une fois dans la place publique
la ronde infernale peut enfin débuter
de ses poils hérissés sortent des fleurs de cactus d’un rouge éclatant
un saignement de tripes prolongeant ses bras robustes

il fond sur la brique et disparaît dans les failles
créant un tremblement du sol
les demeures hautes s’écroulent
musique apaisante aux oreilles de l’enragé
qui n’est plus qu’un amas de végétaux
prenant place aux côtés de la pierre cassée

c’est ainsi que fut créée la douve odorante des Minotaures
où tout un peuple fut jadis anéanti
pour n’avoir pas cesser de craindre ses rêves

13 février 2003

samedi 2 décembre 2006

LA FIN MÈNE À LA DIX-HUITIÈME DIVINATION

Voilà ma première véritable tentative à laisser mon cerveau faire ce qu'il veut sous une seule contrainte: aucune utilisation du "R". Le poème dans son ensemble ne veut pas dire grand chose, mais c'est une véritable délice vocal. Lisez-le à haute voix, vous verrez! :O) Quelques vers sont aussi de vrais bijoux! Mes préférés? "Ses bas sentent les pieds de tout un monde" et "Et les éléphants deviennent des égouts comestibles".


mnémonique mimésie douce sans elle
on ébauche les choses cassantes et belles
c’est un deuil des feuilles en manque d’étoffes
si ce bout de tissus emboutit le bouton off
vivant dans une piscine pleine de chiens
avalant les talons hauts de la tête des biens
non pas que les minutes passent aussi lentement
que les chapeaux volants d’un Bobino dément
c’est que je devine la face cachée de l’oxygène
si peu dans un pot plein de petites gènes
maladies congénitales souvent négligées
avec une souplesse édentée je me tiens figé
je bondis au-dessus de la table faite de coton
et je visite le peuple des plaines du limon
mais je ne suis qu’un nain dans ce vieux moule
imitation individuelle d’un puceau maboule
flattant les poils chauves de mon menton sans visage
mes yeux se piquent à la musique du Citoyen
occupé à ses tâches déitiques de lavage
ses bas sentent les pieds de tout un monde
bidules à cinq nez qui vomissent les moyens
je suis enfin devant les moyens, les petits et les obèses
une foule au bout du chemin de la baise
ensommeillé de nébuleuses qui m’inondent
j’abois haut dans le ciel ce mal dedans
sans de demande à l’homme chevelu du Liban
et le moisi s’invite sous mes ongles solides
discipline de ninja dans sa phase anale
mes démons se saoulent de ce doux acide
qui de vous sait ce qu’est le manque vital
celui de tous les oiseaux pendus dans le Cosmos
dans la nuit je m’assois silencieusement avec cécité
aveugle et l’âme en peine sans aucune volonté
divaguant au sujet de la pièce manquante de Cadmos
et envoyant ma main aux baleines décomposées de l’océan
comme un poche se vidant sous la maison des malins diligents
qui s’époumone depuis des siècles à la tâche nuisible
et les éléphants deviennent des égouts comestibles
si peu d’assimilation chez le cactus et le coyote
si peu d’alphabétisation dans les plaines amazoniennes
comment s’écoulent les plaintes sans un monocycle
les jambes se fixent elles aussi à la vue d’un mensuel cycle
au faces ensoleillées des inondations pubiennes
que le feu assainit avec le géant aux pâles bottes
la symphonie cesse d’elle-même quand vient le temps des amants
hommage du paisible qui se voit poussé dans le vent aimant
et qui se meut de ses genoux comme la viande flotte dans son sang
illuminé qu’il est du divin assis à côté du divan

9 février 2003

vendredi 1 décembre 2006

CRASSE

Version améliorée de "Ode au Gras". Plus sombre, plus pessimiste, plus étendu. C'est tout un peuple qui se voit avalé par une machine qu'ils ont construite mais sur laquelle ils n'ont plus aucun contrôle. Comme plusieurs trappes (physiques et psychiques), il est aisé d'y entrer, mais tellement difficile d'en sortir...

C'est comme si on s'habituait à cet état de prison et que le cerveau finissait par se construire de la même façon, essayant à son tour de construire le monde et les gens qui l'entourent de cette façon. C'est le problème du cercle viscieux qui fait alors surface et la peur de l'extérieur surgit: on ne veut pas se faire prendre dans ce piège. On a finit par être trop bien dans sa propre crasse...


habitants des ordures
ces ordures endurent la dure symphonie de la poubelle
clairons encrassés de merde
de restants stomacaux
et de sperme séché

vite
il faut fuir cet immonde plateau humide et chaud
affronter la froidure du dehors dangereux
puissent-ils célébrer enfin la pureté
et non l’impureté

épreuve insoutenable qui dure des jours
ils sont prisonniers
torturés de toutes parts par la Crasse
des croûtes épaisses s’amoncèlent sur leurs corps déjà souillés
papillons morts et poussière volatile
se fondant en une gélatine qui absorbe les habitants écoeurés

il semble que la Crasse s’épaissit chaque jour
chaque inspiration devient de plus en plus ardue
et certains expirent avant la fin

vers les derniers jours
lorsque la lumière salvatrice se fait enfin voir
la plupart se sont habitués à leur état d’ordure
et ont fait de la Crasse leur amie convoitée

les autres peinent et regrettent ceux perdus
ils montent éternellement
semble-t-il
leurs bras fatigués s’agrippent péniblement aux ordures
et leurs jambes sont retenues par les bras des Rats
les convertis tentent de ramener les autres vers les tréfonds
dans le bas-ventre d’une entité grossissant maintenant à vue d’œil
dans la bouche béante et puante
à qui il aurait été sage de dire :
« la mort est moins pire que ta puanteur !
que tes muqueuses explosent et s’imprègnent de la Crasse
avale-la tout entière
que nous puissions déguerpir vite fait de ce lieu trop familier ! »
le silence de la servitude est le seul à répondre
et à se répandre sur ceux qui luttent encore

bien des générations passent ainsi
témoins de l’expansion déficiente de la Crasse
et l’oubli de la lumière
naguère seule source d’espoir et de conscience
l’oubli vient réconforter les Rats
tous

embranchements de boyaux
c’est tout ce qui anime les habitants des ordures
marcher au milieu de leur inconfort inconnu
est tout ce qu’il connaîtront jusqu’à leur mort
la Crasse
elle
ne cesse de s’étendre autour d’eux
et dans leurs esprits
l’ordre dure

2 février 2003

jeudi 30 novembre 2006

HONNEUR DES OMBRES

Je ne sais pas trop comment commencer ceci. J'y ai réfléchi pendant plusieurs semaines et je n'en suis venu à rien. Rien d'autre que d'en arrivé à cette époque très noire dans mon esprit et dans ma vie. Époque où je me transformais en ermite solitaire, à vivre dans un sous-sol qui me faisait tousser et dans l'incompréhension face à la vie commune de deux bombes prêtes à exploser. J'étais très (TRÈS) effacé devant mes parents à cette époque. Tout ce que je sentais était une vague de stress incroyable qui m'a fait me recroqueviller encore plus dans mon sous-sol. La peur, la colère, la quasi-impuissance. Ces sentiments m'habitaient à longueur de journée...

J'ouvre ici une page que je n'ai pas souvent relue et que certains qualifieraient d'exagérée. Ce poème, "Honneur des ombres", est la représentation de mon intérieur "menacé" par une sorte d'ombre, totalement extérieure à moi, mais en même temps si près. C'est le poème le plus authentique que j'aie pu écrire dans cette période. C'est un texte sur le Père, c'est un texte de purgation de toute une colère brute qui finît par me terrasser. C'est l'expression de l'angoisse la plus pure, et sans ce texte, jeté sur une feuille de papier avec la main qui tremble et les dents serrées, je ne sais pas si j'aurais continué à écrire ou même à être ce que je suis aujourd'hui.

Ma mort métaphorique a lieu ici même, pour me permettre de mieux me relever par la suite. Un repos de deux mois fut nécessaire avant que je ne retouche à un crayon pour écrire. C'est aussi à ce moment que j'ai commencé à moins écrire, pondant ici et là des textes d'une pureté et d'une incision presque effrayante. Bref, vous n'avez encore rien lu. :O)

* Suivra après le poème, pour ceux que ça intéresse, une analyse de ce poème que j'ai faite dans le cadre d'un cours de poétique sur le thème de la furie...


L’ombre jacasse de ses dents noircies par le soleil ardent.
Dans mes idées se faufilant, elle dévore celui qui ment.
Bain de neurones calcinées, ses pas feutrés vident mon ouïe
De toute alerte dirigée contre le mal et ses bandits.
Horreur du cœur dans la chaleur, un arrêt du temps trop présent.

Danger d’une suffocation si je n’arrive à respirer.

En moi s’installe une torpeur rassasiée par le corps dément
Et se congèle autour d’un son la membrane d’un bénitier.

Ils ont peur de la nostalgie des étés passés sous les arbres ;
Là où se balancent sans vie cent preux jadis de haute garde.
L’ombre regarde ce portrait et pique avidement mes chairs
Qui partent ainsi derrière moi, n’oubliant point le vif Ancien
Sommeillant encore une fois sans se souvenir des images
Qui se volatilisent en jets aussi brillants que les Enfers,
Ceux montrés sur les grands autels, pivotant, vidés, pour un rien.

Je regrette déjà la belle envolée loin dans son voyage,
À la recherche de conscience habilitée pour me guider.

Mais par perte de vigilance, l’ombre finit par me tuer.

11 décembre 2002


ANALYSE

Ce texte est ce que j’appellerais un poème bi-octosyllabique, où des rimes se manifestent à la quatrième et à la huitième syllabe de chaque vers. Sa structure très étroite pourrait détonner du sujet du poème : la furie. Cette métrique consiste en fait en une tentative de contenir cette fureur destructrice sans qu’elle n’explose. Elle fait d’ailleurs craquer le dernier vers (où on compte 17 syllabes au lieu de 16) ; c’est dans celui-ci qu’elle finit par se débarrasser du « je ».

La fureur de ce poème arrive de l’extérieur. Une ombre (encore un fois, mais cette fois-ci plus menaçante et mortelle) arrive et crée un climat de chaleur extrême : dents noircies, soleil ardent, aussi menaçant que celui dans "Cruelle époque pour les embrochés" (que vous lirez très bientôt, chers lecteurs!), neurones calcinés, chaleur, suffocation. Le tout se congèle ensuite dans un froid tout aussi brûlant par l’entremise de la membrane d’un bénitier. Ici, bénitier peut être pris dans ses deux sens. Le sens religieux : où il ne resterait que la surface du bénitier, la membrane, sans toute la signification qu’il porte (relation avec le corps dément et les Enfers), mais qui emprisonne tout de même un son. Le sens marin : une coquille de mollusque mort (une huître, par exemple) qui se referme sur le son (et dieu sait que c’est très difficile à ouvrir, ces coquilles…). Cette membrane est l’action de l’ombre, sa furie englobant tout. Quel est donc ce son ? C’est la figure visuelle qui reprend l’ouïe vidée du « je » dans la première strophe. Le son est le représentant des sept notions dont je parlerai plus bas.

Dans la première strophe, on peut penser à la furie provoquée par une insolation menant à la folie. Une sorte de perte de contrôle se produit dans cette furie. Mais ce n’est pas tout. L’ombre (la fureur) encercle le « je » du texte (du côté de la forme, le poème commence et se termine avec elle, du côté du contenu, c’est la membrane qui recouvre le son) et lui fait perdre sept notions : l’ouïe, le temps, l’air, les souvenirs du passé, la conscience, la vigilance et la vie. Le chiffre sept a une importance première dans la compréhension du poème. C’est le symbole religieux de l’entièreté du cosmos. Le « je » symbolise la totalité de l’univers et se fait ronger, piquer, et finalement détruire par la fureur dévorante et insatiable venant de l’extérieur (le mal et ses bandits). C’est la fureur qui anime l’ombre, parce qu’elle est fureur elle-même. Elle jacasse, dévore, a peur du passé (mais le détruit par la suite), regarde, perce la chair et tue. Ces actions semblent apparentées à la folie, mais ne parle-t-on pas, parfois, de « folie furieuse » ?

L’ombre n’a peur que d’une chose : la nostalgie du bonheur et de la tranquillité (étés passés sous les arbres). Mais tout de suite elle s’empare de ces souvenirs et les transforme en des lieux de mort (là où se balancent sans vie cent preux jadis de haute garde). En se rabattant furieusement sur le « je » (pique avidement mes chairs), elle oblitère totalement l’idée même de se rappeler le passé (sans se souvenir des images). Démonstration d’un gouvernement totalitaire voulant rendre son peuple complètement assouvi et idiot. Dans cette partie du poème, le vif Ancien fait référence à Héraclès furieux massacrant tout sur son passage, quand Héra l’avait rendu complètement fou.

Le chiffre cent, en regard aussi avec le poème "Les éléphants", a un certain rapport avec la mort. Une mort nombreuse (Cent lunes se meurent sans âmes avides, où se balancent sans vie cent preux jadis de haute garde).

Une présence bienfaitrice semble pointer son nez dans les trois derniers vers pour venir en aide au « je ». Présence féminine du bien (la belle, presque absente) en opposition avec la présence féminine du mal (l’ombre, omniprésente). Mais cette bonté qui semble si magnifique, partie à la recherche de conscience habilitée pour guider le « je », est loin et ne peut revenir…
Il y a une allitération du « r » dans tout le poème (ex. : Horreur du cœur dans la chaleur, un arrêt du temps trop présent), voulant faire ressortir la rage, la furie, par la sonorité des mots.

Poème fataliste, l’issue se trouve dans la mort.

mardi 28 novembre 2006

MORT D’UN MULET

Tout à commencer avec Foutredieu!!!, le groupe Noise originairement créé par Martin Sasseville et Nicolas Rouleau (qui a ensuite quitté le groupe vers d'autres projets). Martin avait une fixation sur les Mulet (qui se prononce "molette"), ces êtres magiques issus de Longueuil et qui porte fièrement la coupe du même nom. Un Mulet, c'est une coupe Longueuil. Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est: le gars (ou la fille, pas de discrimination chez les Mulets) porte les cheveux relativement courts sur le dessus de la tête et les côtés, mais une sorte de protubérance chevelue malsaine fait son apparition derrière le crâne, sorte de crinière fluide parfois attachée en queue de rat, parfois voguant au gré des vents. Ils sont laids, ils sont chasseurs, souvent moustachus et un peu arriérés.

Voici deux exemples qui montreront mieux ce que c'est (merci à coupelongueuil.net!). Après, je vous laisse lire "Mort d'un Mulet"...

Idées dans une purée de méninges
Des blablas incompréhensibles
Sortant d’une bouche familière et moustachue
Il a des pieds de cuir noir
Et ses jambes moulées de jeans dégoûtent à en vomir

Patience
Le pire est à venir
Fuyance dans le regard
Catacombe de vie
Ses cheveux gras dégagent une odeur de bière et de cigarette
Qui par le cou se répand en filets gélatineux
Jusqu’au milieu des omoplates
Tentant désespérément de voler dans le vent
Mais ils ont peur
Ces cheveux
Peur de l’ordre militaire de ceux d’en haut
Couvrant le chef tel un hérisson ivre mort

Accoutrée de la sorte
Sa tête n’est plus qu’une flasque insignifiance
De vertus bûcheronnières et amèrement sereines
Vaquant à des pensées très importantes
Pour elle

Dans un garage de banlieue du sud
Où fleurs et soleil égayent la peuplade
Nul ne sait que musique délétère se crée
Ondes sonores polluantes de rots et de cris
Et parmi des sacres virtuoses
une voix s’exclame rageusement
« Aye asti! Cheu ming poh épa, t’crisser ‘a claque kâlisse! »
Et d’un mouvement plein d’ivresse dans le bras
La bouteille qu’il tenait vole dans le vent
Rendant sa chevelure jalouse et meurtrière

Celle-ci l’étrangle lentement
Permettant à la créature protozoaire de penser à sa vie
Et dans sa tête
Des images de rêve et d’amour
Un truck jacké de l’année
Avec sur le siège passager
Une femme bourrée de pilules hallucinatoires
Une bière ouverte
Venant seule à sa bouche moustachue
Et une autre
Et encore une autre
Jusqu’à ce que le souffle de vie l’habitant
Quitte ses poumons en un dernier rot d’habitant

L’homme du futur repose inerte dans son garage
Détruisant avec lui l’espoir d’une vie meilleure

29 novembre 2002

dimanche 26 novembre 2006

LA CITÉ DE LUMIÈRE

Un poème narratif anti-mythe originel. Cru, sauvage, sanglant, explicite à souhait et noir comme le vide, nous suivons le Colon tout droit sorti du mythe états-unien intitulé "une bible, une bourse et un fusil". Inspiration d'un professeur que j'ai eu (ah... monsieur Vidal, quel intellect à fleur de peau!) à l'université avec qui nous avons étudié Moby Dick toute une session.

Pessimisme flagrant, la Raison et la Bonté avalées par le Chaos, la Violence et la Faim (qui, j'en ai déjà parlé, dérègle l'esprit humain et instaure la peur qui tue). Les monstres incontrôlables n'ont qu'une idée en tête: atteints de la faim infinie, ils mangent tout ce qui est à leur portée, corps comme esprits, anéantissant les pensées les plus rigoureuses.

Encore une fois, c'est la bête humaine qui arrive en avant-plan, sorte de Minotaure intérieur qui prend le dessus sur l'homme au lieu de vivre en harmonie avec lui. Tant que ces deux forces se combatteront, il ne pourra y avoir de paix dans l'âme humaine...


Ce jeune homme déambule sobrement
avec dans les mains une bible et une bourse.
Vers l’Ouest toujours ses yeux fixent
un précipice sans nom où tous s’enfoncent.

Tout au fond pousse une large forêt
lieu de cannibalisme sans limite
des dents carnivores arrachant la vierge chair
de quelques os encore purs et chastes.
Les yeux ébahis voyant le nouvel arrivant
se révulsent dans un plaisir inassouvi.
Le jeune homme les voyant ainsi
n’a d’idée que de les convertir à sa parole.

« Vois ce qu’en ma main je tiens
peuple mangeur de viande crue
et réponds à ma prière de bienveillance.
Prends ces pièces et vient avec moi
car ici ne reposent que les vices
et là-haut demeure encore la lumière jaune.
Ces fourrés sombres et verts ne sont rien
en comparaison à la plaine illuminée… »

Eux de le regarder la langue pendante
ne comprenant que leur faim intenable
pouvant être rassasiée pour toujours
s’ils suivent cet étrange être au langage serein.

De cris et de grognements
ils le somment de les guider
et le sourire aux lèvres
le bon fou les guide sobrement
à travers les méandres de la large forêt
jusqu’au pied de l’innommée falaise.

De là le périple débute réellement.
Avec leurs larges mains musculeuses
les cannibales grimpent péniblement.
Certains se font emporter par le vent
d’autres glissent et se fracassent les os
mais la plupart
la sueur au front
parviennent au sommet avec les membres endoloris.
Qu’en est-il du jeune homme à la bible et à la bourse
qui les regarda monter de son œil déjà élevé?
Une force supérieur flotte en lui
et peu de chose est la montée d’une vulgaire falaise
pour un être à la fois si prude et si courageux.
Déjà en haut il était
quand le premier de la troupe mit la main sur la première pierre.

C’est donc ensemble
moins quelques âmes
qu’ils reprennent leur route vers la Cité de Lumière
où les plaines illuminées sont labourées par les dieux.

Le voyage est long
et la faim se fait outrement sentir
dans les ventres creux du peuple de la forêt de chair.
Des jours passent
et toujours rien.
C’est à ce moment que le jeune homme leur parle.

« N’ayez crainte de la distance
bientôt nous verrons les tours de la Cité Blanche. »

Quelques heures plus tard
l’envie des dents-pointues est freinée par la vision sublime.
Les champs à perte de vue
aussi jaunes que les yeux de la déesse Hélène
où des centaines d’êtres évoluent de part et d’autre
légèrement vêtus de blanc
souriant sous le soleil éblouissant.

« Ici la faim pour vos prochains cessera
de la mort des autres votre bonheur ne se fera pas
car c’est un paradis où la faim n’existe plus… »

Les cannibales n’écoutent plus le bon fou
et ils sautent ça et là à travers les champs doux.
Leurs pensées oblitérée accentuant leur faim
c’est à pleine dent qu’ils dévorent chacun des bienheureux.
Sans aucune défense ils fuient devant ces bêtes féroces
ils s’éteignent l’un après l’autre dans des cris atroces.

Le chaos règne pendant des heures
et le bon fou reste à contempler le malheur
qu’il a lui-même engendré.
Le vide s’installe dans son esprit
réconfortant en même temps son cœur déchiré.
Là où jadis la vérité fut
là où naguère vivaient tous les dieux de la Terre
là où autrefois se reposaient les astres dans leur long voyage
il ne reste plus que le rouge des visages
ceux des cannibales s’offrant ce festin de chair
parmi les corps déitiques sans plus aucune vie.
Ces charognards se tournent finalement vers leur guide
et l’élèvent au rang de roi de la viande.
Ils le paradent au milieu des cadavres encore frais
incomplets
et lui
les yeux fermés
pense à sa propre mort au milieu du carnage
une mort qui n’est plus qu’un rêve lointain au-delà des nuages.
Son corps n’est plus qu’une loque sans vivacité
et c’est en versant des larmes froides
qu’il se met à manger à son tour
les dieux en qui il avait foi.

20 novembre 2002

mardi 21 novembre 2006

EYES WIDE SHUT

Un poème sur le non-voir. La fermeture d'un esprit dans le caveau sombre et froid de l'indifférence. Ce texte, plus particulièrement aujourd'hui, a plusieurs significations. C'est d'abord la plainte d'un coeur qui cherche à comprendre le manque d'action.

C'est aussi, maintenant, une question lancée à ceux qui ne voient rien. À ces personnes qu'on admirait étant jeune et qui se mettent à dépérir à cause d'une pression soumise par eux-mêmes, pression inutile, angoisse du devenir plus, démons qui auraient dû être morts depuis bien longtemps. Ne reste qu'un néant palpable et oppressant, givre permanent qui encrasse les pensées et bouche les yeux, comme une croute trop solide de limon prenant possession du corps.

Ne reste que la détresse, objet de pulsions incontrôlées et de distortion.

Une étoile brillait jadis dans un regard, la haine l'a rappelée et noyée dans un acide trop fort pour qu'il y reste quelque chose. Ne lui reste plus qu'à fermer les yeux et plonger, en rentrant dans tous les murs sur son passage.

Les yeux grand fermés, impossible de vivre. Indifférence de soi, des autres, de la vie, de la mort. Pourquoi?

C'est le lot de l'être humain de vivre dans un passé révolu dans un esprit déréglé au lieu de se tourner vers une fenêtre et de regarder le soleil briller sur des arbres perdant leurs feuilles dans une journée d'automne, sentant l'air frais rougir ses joues... Bouger prend trop d'énergie. Encore plus ouvrir les yeux. Alors il s'encroute.

Pourquoi...?


En devenant son propre vide
L'attente ne fait que languir sous les yeux accrus
D'une étoile qui ne comprend rien

Néant
Voïd
Nether
Rien
Rien de plus que le manque à la bouche
Pour ne rien dire de négatif aux oreilles sensibles

C'est au tour des autres de souffrir les longues minutes
Qui entraînent dans une incohérente chute
Vers les fonds de l'abîme émotif d'un tronc d'arbre desséché

Antagonisme de ma personnalité à la fin de l'automne d'une vie arrogante
Trop de givre lorsque les portes se barrent sur la vie
Vie peu aimée quand tout autour se vautre dans les cellules imaginaires
Du peuple aux yeux fermés

18 novembre 2002

samedi 18 novembre 2006

ESPRITS AUX ABOIS

la révolte a débuté

je perçois un brouillard épais de furie
s’approchant de moi par tous les côtés
une crise
un séisme
un maelström psychologique
qui se répand sur tout être vivant et pensant

les esprits sont aux abois
le Wendigo de la pensée abstraite
ressurgit d’un cocon d’ignorance rance et de léthargie

le cri
le seul et unique Cri d’un génie rétrogradé
fait surface sur une mer agitée par les langues sales et décrépites
de la société

des monstres rampants
se meuvent en colonies de millions
autour d’un grain sec et vidé

les morts se réveillent et boivent la substance
en pleurs dans les yeux pétrifiés
de la Méduse gouvernante

encore engourdi d’un sommeil trop prolongé
j’écoute les plaintes des sables mouvants
où mille enfants de cette même terre s’enfoncent le sourire aux lèvres
inconscients qu’ils sont de la mort les attendant après le détour
les bras ouverts

5 novembre 2002

jeudi 16 novembre 2006

LA CHAISE ET LE BANC DE GARE

Un autre poème sur la stagnation de l'homme, mais dans la peau de deux chaises qui passent leur vie à supporter le cul du monde. Histoires d'assassinats lors d'une partie de cartes, de vieux souvenirs déments, de zombification de l'âme, d'hésitation face au suicide et d'amours déçues.

One-way ticket vers le sommeil et l'arrêt de sensations. J'avais fait l'expérimentation, précédemment, des sentiments face à la perfection dans mon poème "In Utero". La perfection qui annihile les sentiments parce trop imparfaits. J'y avais fait, en quelque sorte, gagné les sentiments. Ici, et jusqu'à la fin de ce volet et tout au long du quatrième volet, c'est le contraire qui se produit: les sentiments viendront peu à peu à disparaître, comme enfermés dans un abri anti-atomique trempé dans un acier trop solide pour eux. Farewell to the old me!

Ah! Et c'est un autre de mes textes préférés. :O)



une redingote suspendue à la chaise
bat dans un vent doux qui affaisse
des branches portant l’univers
la mort
et les retailles des cheveux d’un président

adieu au roi de la forêt
effondré ventre à terre
et la tête au-dessus d’une table basse
où de vieilles femmes sirotent
un thé de camomille et de jasmin
inconscientes devant le manteau vide

la chaise habillée d’une redingote
peine à soutenir ce morceau de chair
mort empoisonné
le poison étincelant
de la pulsation de la vie dans un cœur dégénéré

elle tente d’asseoir son pouvoir
le cul ne bouge que d’inanition

il ne reste que le contrôle de la pensée
mais de nos jours
les morts ne pensent guère
et les vivant pensent guerre

debout
la chaise se demande s’il eu été préférable
d’être morte

au chaud dans son vêtement
elle décide que maintenant n’est plus ici
plutôt là-bas
sur un banc de gare
attendant son express dans un demi-sommeil
avec en main une minuscule étoile
qui ne brille plus

rendez-vous avec le charnier des souvenirs
un passé qui absout
un présent qui attend
un futur coincé dans la sénilité
et le silence

un banc et une chaise
l’un portant le temps dans son arrêt
l’une souffrant la vie de l’Homme

les deux angoissent de se voir ailleurs
n’importe où hors de ce monde
ou peut-être dans un foyer
réchauffant les mains de cette femme sur le quai
qui entend le temps passer à la vitesse d’un train

la peur les renvoi à leur état frigide
de meubles anguleux et rigides
condamnés à supporter le poids
de tous les morts marchant vers un but
inconnu

se réjouissant à cette idée
la chaise et le banc retournent dans leurs rêves de bois

30 octobre 2002