jeudi 15 février 2007

EN TORPEUR SUR UN OEIL

2006! Enfin! Moins d'une dizaine de texte et nous aurons terminé cette grande course qui aura durée 7 ou 8 ans. Le poème qui suit est une sorte de blague de mauvais goût sur l'amour et la solitude...


démente
la poussière sur l’œil du fleuve ébauché
on aimerait situer les corps
dans un million de cœurs
vomis par un temps mimétique

un éclair dans la figure
une génération déflorée par le manque
deux silhouettes ne se touchent jamais
et finissent mortes sur le sable
avalées
pétrifiées

enterrés dans une fange mystique
des organes subsistent
se rattachent dans le noir liquide
nébuleuse de chair rocailleuse
sculptée dans la voiture de Dali
lui-même dévoré par une fourmi végétarienne

le docteur Frankenstein s’en lave les mains
il ne peut que rire sa vie au son du vide de son âme

il est impossible
maintenant
d’arrêter le torrent boueux
limpide ragoût d’idées
subitement
enlevées d’une tranche de cervelle
morte
si belle
seule
l’angoisse persiste tout au fond
devoir creuser plus loin
les mains sales
ensanglantées
rongées par les dents-terre
une hécatombe languissante
chute vers le ciel assombri de pleurs
tout repose sur l’angoisse de vivre

l’immobilité tremble
alors que l’œil embrumé s’ouvre sur le vers
comment savoir les torts abjects
qui sillonnent les tempêtes
jusqu’à l’arrivée d’hybrides gonflés
pleins à craquer de déjections inconscientes

on oublie le rêve quand il pleut

la pluralité n’a de cesse
que dans le singulier
l’unique dans un lit de mort
fixant un plafond décomposé
où une population troglodyte bâtit
le malheur
à même la faim
où l’abstinence pue la merde

C’est que la fange solidifiée qu’est devenue le Corps Nouveau n’a plus rien à voir avec l’Homme. Nous sommes ici, dans les chimères emmêlées d’un univers à la dérive, perdu au milieu d’un espace froid et contraignant… l’intérieur d’un cerveau n’a rien à envier aux morts. D’une façon ou d’une autre, le tout ne devient plus que l’Unique, forme d’amalgame inconsistant de conscience pure au creux d’une goutte de sang. La fiction temporelle aveugle. Celle qui gère les planètes, les étoiles, la vie;
un Sumérien tranche la tête de son esclave
le pape aboie au clair de lune
cinq mendiants avalent de l’arsenic
un dieu vient de naître sur Titan

et je finis par fermer les yeux sur tout
pour m’enfermer dans l’oubli
et l’angoisse de la mort
une humidité m’aspire en son ventre
et le sommeil disparaît définitivement

j’ai vu la Fabrique de la Folie
aux confins d’elle
de lui
de toi
partout où j’échappe mon œil
ils le mangent sans retenue

pour nettoyer les murs souillés
le mort doit se lever
et frotter dur
personne ne le fera à sa place
si ce n’est le silence du caveau

21 mars 2006

mercredi 14 février 2007

ANAPOCALYPSE

Je vais vous citer un passage de mon journal personnel du 30 novembre 2005 pour mieux vous illustrer pourquoi j'ai écrit ce poème. Époque où mon coeur à la dérive s'accrochait encore à une bouée faite de plomb et où je n'avais pas encore tout à fait compris le sens de mes mots. Mes deux hémisphères cérébraux ne sont pas toujours en parfait accord...:
"Comment faire pour se débarrasser d'une obsession qui nous hante incessamment, une de celles qui perdurent et que je ne peux pas éradiquer? Je n'ai pas passé une bonne soirée parce que la personne qui me tient le plus à coeur n'évolue pas d'un iota... Comment peut-on rester si puéril, si superficiel, alors que nos goûts musicaux évoluent, que nous côtoyons des gens intelligents et même cultivés, mais qu'on reste au même stade primaire, un marais de rien, une immense flaque de vide qui ne remue même pas sous les courants d'air...?
Je désire, mais inutilement, ce désir pointe vers le néant, un trou noir si magnifique que je ne veux que m'y perdre. Infantilisation, c'est comme ça que j'appelle ça. Rien d'autre qu'un retour vers un creux de vie qui ne mena nulle part. je devrais dire à cette charmante Jocelyne que nous n'avons plus rien à nous dire, qu'il est inutile de reprendre contact. Quelque chose me retient, comme si, en faisant cela, j'allais passer à côté de quelque chose d'important.
Mais tel n'est pas le cas puisque rien ne vit dans ce sens de son côté. Je, uniquement. C'est ce que j'apelle "Anapocalypse". Une Apocalypse est un événement majeur, un bouleversement, une évolution dans la vie d'un peuple ou d'une personne. L'Apocalypse chrétienne remue ciel et terre, vivants et morts. C'est la finalité de tout, l'atteinte d'une perfection imaginée depuis des millénaires, le retour au Paradis Perdu. De nos jours, Apocalypse signifie destruction, extinction, mort, désastre, bref, la peur, la crainte, une angoisse injustifiée qui bloque le processus d'évolution.
"L'Anapocalypse", dans le terme antithétique où je l'entends, se résume en une stagnation de l'être, une anti-évolution, étape-même du temps où nous vivons et dans lequel j'évolue malgré tout, m'y trempant un peu plus chaque jour."
Oubli de conscience indécis, comme je l'écrivais jadis à mes débuts (voir poème du même nom). C'est le poème que vous lirez ici qui m'a poussé à ouvrir ce blog et à m'ouvrir au monde.


démangeaison au creux du nerf optique
aucun moyen de s’y rendre
un doigt profondément enfoui
dans l’orifice anal
la loque fébrile ébranle le monde

sigüe dans le jabot de survie
une évolution est avortée dans la pensée même du créateur
vomissure sur un mur de murmures
l’hécatombe déboule dans le chantier
de la maladie

aucun désir
que le mal qui rôde furtivement
dans un dédale d’idiotie

cadavres putréfiés dévorés par des hommes en mal d’amour
flaques de pus avalées au fond d’une idée de bêtise
je penche pour rester à la maison

les Cavaliers préfèrent se saoûler chez Carmen
les Léviathans se noient dans leur propre sperm
réplique de débile profond dans la bouche des prophètes

élégance doublée de pétulance
c’est une régression atrophiée qui prévaut
trop de manque à gagner
tomber n’est plus abordable
ne demeure que le Stagnat
un océan vidé de vie
appliqué sur le nombril de Dieu
(divinité quelconque à remplir ici)
n’a que faire des parcelles odorantes
d’une ingéniosité démesurée

le Sinistre abat ses cartes sur des crânes stériles
c’est l’ablation du clitoris cérébral
qui vient annihiler le peu qui restait
des pleurs sortis d’yeux trop grands pour plaire à l’Ancien-Nord

on finit
je m’incluse dans l’addition puérile
dans les confins de cette Apocalypse
euthanasiée
les chairs en lambeaux saignants
les os cassés sur des murs d’air
et tous finissent leur vie chez un boucher pour en finir avec leurs maux de dents
même en l’absence de celles-ci
c’est l’oubli du noir
un oubli de mort

morts
nous le sommes déjà
on ne nous a simplement pas encore enterrés

30 novembre 2005

mardi 13 février 2007

EN ANEXIE

Une autre inspiration de William S. Burroughs. Anexie est le pays du "Festin Nu", là où se fuient les exilés poursuivis par l'Interzone, une organisation mondiale extirpant un fluide spermique pris d'une créature écailleuse (dont le nom m'échappe à cet instant) pour le vendre sur le marché comme drogue contrôlante et pour leur permettre de caché la vraie nature d'un monde tordu où les culs prennent le contrôle de leurs possesseurs.
Le Festin Nu. J'énonce beaucoup ce titre dans mes intros de poèmes, mais je n'en parle jamais beaucoup. C'est un film et un livre qui m'ont énormément marqué et influencé dans ma vie et dans mon art. Ce qui m'est resté le plus de toute cette Oeuvre, c'est la phrase "Il faut exterminer toute pensée rationnelle" (je vous l'avais déjà dit, je pense...). Peter Weller dit ça au début du film, dans un resto à la à ses deux amis (qui jouent le rôle de Jack Kerouac et... Cassidy(?), si je me souviens bien) en fumant une clope, totalement vedge et amorphe. C'est à ce moment que tout commence à dérailler.
Et pour moi aussi. Avec l'aide de Burroughs et des Residents, je me suis permis de détruire les conventions fébriles de la réalité. Des textes qui vargent, des mots incompréhensibles, des mondes où le rêve est plus vrai que la réalité. Un cerveau, un être, une oubliette de souvenirs incohérents qui ne demandent qu'à se définir...


Tonight on a roof full of stripes
Obliveon crawls at the feet of a medusa
Sickly saddened by a mouth full of jaw

Since the end of a day
From silmultaneous gargles
Someone seeks an open eye

Blue then
True to the haunt of a mildhouse
Thousands of stares dare to mimic
A drop of solid argentilla over glass

And they stroke some idiom of time
Looking through the mind of genius
For the sacrifice of kissed lips
Flow under the eye of earth



Tant de souvenirs glacés dans une minute de temps.
Tant de pensées envolées sous les airs du vent…

Je suis une euphorie qui regarda un jour la lune et se parla à lui-même en ruminant diverses pensées telles que l'exil au creux du néant et la métaphore d'une amitié désengagée. Si le limon des plaines drues pouvait finalement exhumer les songes d'un mois biaisé, qu'il n'en plaise aux fourbes détours de venir s'enchâsser dans les fissures de l'Arbre qui alimenta la moisson de la Goraan'biopè…

Et ainsi parla le mitigé au regard de glace en une foule désabusée de se retrouvée mijotée sur les feux d'un four crématoire.

13 août 2005

DEMAIN

Le portrait d'une scène d'après-guerre : les corps jonchent le sol, déjà momifiés par l'effet de la Bombe, un décor macabre, vision de demain où les hommes ne comprennent toujours pas et continuent de se reproduire dans leurs diformités monstrueuses. La nourriture n'est plus bonne, ne reste qu'une sécheresse dévorante.
Il semble que tout ne soit que le résultat d'un conflit entre Dieu et Dieu : un moine mort continue de lancer ses belles paroles qui partent en fumée, englobant la totalité du non-sens de la scène.
Donc, vision d'un futur rapproché, vision d'un intérieur carbonisé où il ne reste que des os trop radioactifs pour même les ronger.
La guerre contre l'intelligence continue... on ne sait pas encore qui l'emportera, mais les brutes ont toujours une longueur d'avance sur nous... Question fondamentale : la violence fait-elle évoluer?


demain
l’ivoire sur ses quatre sabots
verra aboyer un gueux ivrogne
et sous une table emplie de vomissures
un moine momifié enverra sur sa toge vague
sept mots d’arrangement éthique

fumée ciblée d’un œil chauve
l’orge démente s’insinue dans une torpeur morte
subissant l’étreinte
deux ogres s’enlacent

6 mai 2005

dimanche 11 février 2007

ORBITE STATIONNAIRE DÉFECTUEUSE

C'est ce poème-ci qui fut donner à une personne qui se nomme Annie. Un début un peu nébuleux, qui fait aussi référence à un vieux poème (Morbide Ascension) avec les yeux en orbite autour de mon crâne. Malheureusement, je lui avais bel et bien laissé mon coeur, chose que je ne fais plus aujourd'hui parce que ça empêche de vivre. Je ne veux pas raconter l'histoire de notre rencontre, ni comment s'est passé notre relation, ni comment ça s'est terminé (surtout pas). Juste de dire que c'est le seul poème que je lui ai écrit reflète très bien la suite des événements...


pour nulle part je m’étais embarqué
sur le sillon d’un souffle de vent
je m’éteignais au rythme des jours embaumés
me vidant peu à peu de tout mon sang

il s’envolait
rouge sur fond de gris
création folle d’un imaginaire tari
des gouttes de paroles silencieuses
qui comme le chantait Bashung
sont des mots bleus qu’on dit avec les yeux
encore un fois en orbite autour de ce crâne
vieillissant

les rafales cessent d’elles-mêmes
après des siècles d’endurcissement futile
et mon corps retombe en une feuille morte
recueillie par une paume chaleureuse
et des yeux de mer ardente et pure

d’un pied léger
bond après bond
quelques détours nous mènent sur une terre ferme
un banc de boucs déterre la soie d’un lit d’âmes passées
et elle m’y laisse pour accomplir l’épanouissement
de mon être
tout en sachant qu’elle garde près d’elle
mon cœur que je lui ai laissée

située devant moi
Elle
Dame des éléments chaotiques assortis en sons
grains ambivalents que sèment les élans osseux
obéissant à la douce mélodie entamée depuis des millénaires
point d’oubli
que nous deux marchant d’un seul pas la distance de
l’univers

15 février 2005

vendredi 9 février 2007

LA FAIBLESSE DE L’HOMME TUBULAIRE

au détour d’une étroite bouche
nul n’est à l’abri du chaos signifiant
quand l’or abrégé s’époumone sous un lit fermé
pilasses d’ombres avalées par le froid

s’imbrique donc dans la vertu du temps
un défaut d’importance divine
cassure élémentaire au sourcil d’un nuage arrogant
on en écrit un poème pour l’oublier
la mémoire est pourtant fidèle à la
défectuosité
et les yeux du géant solitaire
déboulent la plaine sèche et montagneuse
comme le voudrait une partie du noyau éphémère
habitant toutes les croupes nues
qui hantent un cerveau aux araignées mortes

si peu
qu’un baiser dans le langage du vide
jusqu’alors limité par la pensée de l’homme humain
des miettes laissées au Charognard vitrifié
celui qui se débat dans les filets d’un pensée avortée
de l’amour égorgé dans le ventre de l’Égo-Primaire

dans ses enjambées monumentales
la saigneuse hurle au vent des mots hérétiques
« ich bin der Zorn Gottess! »
comme pour briser pour un temps la folie d’être une vie

reste là
brûlé dans une neige rouge
que le cœur écrasé
vidé
de l’idée qui fait du soleil une torche éteinte
pour les yeux morts
et je m’assois tranquillement
en sentant sous ma nuque
la chaleur de la chair agonisante
à l’aube d’un éveil décomposé dans la parade

18 janvier 2005

mercredi 7 février 2007

CINQUIÈME VOLET: 2005-2006 - UN NOUVEAU DÉPART

On se rapproche de plus en plus d'aujourd'hui et je me rencontre (rends compte) que le dernier poème que j'ai mis n'a en fait aucun rapport avec Annie, mais bien, encore une fois, avec Jocelyne. 2004 était l'année Jocelyne. Mis à part ça, le reste du commentaire est correct.

2004. Une année de nouveau départ pour moi, qui aurait pu me faire écrire à foison, mais qui n'en fut rien, finalement. Le mois d'août est le dernier mois à m'avoir vu écrire dans cette année. Le reste de l'année a été un retour à l'état de robot, perdu dans la fatigue d'un travail encore nouveau, mais que je maîtrise de plus en plus.

Le prochain volet n'a pas de nom. C'est le volet 2005-2006, tout simplement. Douze bombes de mots à vous envoyer. Je compte le faire rapidement, comme ça, on pourra commencer à neuf plus rapidement avec mon nouveau stock!

mardi 6 février 2007

DEUX ENFANTS SUR LE DOS DES DIEUX

Le dernier poème de ce quatrième volet termine le tout dans une apogée de création et d'amour. C'est la rencontre d'Annie, avec qui une relation éphémère a durée quelques mois et s'est terminée de la pire des façons. Une histoire à oublier, une histoire qui ne rime à rien, une histoire qui a provoqué la craquelure d'un trou déjà présent depuis bien longtemps, dans ce petit lobe frontal gauche qu'est le mien.
Mais ce poème n'est que le commencement de la fin. Tout n'est pas perdu. L'espoir, toujours l'espoir d'autre chose que la Vraie Vie. De la poudre aux yeux, je suis aveugle, et je mange le sable dans mes souliers en pensant que c'est le meilleur des vins.
"Et mon désir s'enfuit au moment de la peur..." Comme de deviner peu à peu les pensées d'un esprit poupon, j'excave le mien pour y retrouver la perte de mon identité. On se façonne comme on peut quand les bases sont pourries.


de mémoire arrangée
plus que l’ombre d’un eucalyptus au-dessus d’une ville de papier mâché

deux enfants jouent aux créateurs
et ne pensent pas à l’acte de décider le mieux
l’un s’agenouille et plonge au milieu des murs
pâteux
s’engouffrant au plus profond de ce blanc déteint

la rapace se meurt et ne reste qu’une
surface lisse qui miroite au firmament
les lueurs de la passion qui s’enflamme

monté sur cette lumière
l’enfant devine le contour de deux corps galaxiens
naissant du centre de Soleil

ces corps brûlent et se métamorphosent au froid de l’espace
en deux êtres de chair et de sang
ils se posent tous trois sur l’île Bleue
au milieu de l’océan d’Irmidon où poussent n’importe comment les roches
et le sable se cognant sur les vagues chaudes
un bras se lève du trio
le plus grand des trois
et tout devient soudain de la teinte qui embaume les cœurs
à l’aube des pas menant vers l’union des êtres

l’enfant disparaît peu à peu
il se fond dans la chair de ceux qui naquirent dans la lumière
les deux premières heures d’un monde nouveau
voient le jour avec le sentiment de la création
alors que les deux êtres inséparables dans leur amour portent leur ombre
au-dessus d’une cité végétale et vivante
jouant aux créateurs et s’arrêtant pour penser
avant que ne s’écroule leur art
au bonheur de leur naissance
dans les feux d’une entité aimante et chaleureuse

4 août 2004

MUTISME

Dans une longue lignée de répressions intérieures et d'abattement des mots, j'ose croire, en 2004, que tout va se terminer d'un seul coup. À Montréal, habitant la chambre d'amis de ma soeur Chantale et nouvellement temps plein chez Archambault comme libraire, j'écris ces mots d'écoeurement. Ils réflètent non seulement mon abattement, mais aussi celui de tout un peuple de mauviettes qui laissent leurs vies entre les mains de clowns qui ne savent même pas ce qu'ils font.
Me voici devant l'esprit québécois, sorte d'ombre à peine visible, dont le regard demeure plein, mais inactif:


ombre de voie sous la langue
la minutie du son s’estompe
et défie le verbe d’en sortir vivant

on oblige un révolutionnaire
à se trancher la gorge pour sa
survie
et depuis 1837
la voix meurt au bord des lèvres
coupée au hachoir rouillé
ses lambeaux dégringolent un visage moribond
vide d’une expression de compréhension

moi ? je reste assis sans rien dire
mais les mots tranchés qui survient à la pression
viennent s’épanouir au chaud d’une plume
se répandant hors du temps réceptif
et pouvant se crier dans toutes les bouches

il est terminé ce temps de la morte parole
quand les enfants parlaient par la bouche de leurs parents
et les hommes silencieux s’arrachaient les couilles
pour ne pas peiner le monde entier

un décapage inutile et avorté
où le génie coupe les doigts du tortionnaire

22 juin 2004

dimanche 4 février 2007

MURMURES D’AMPOULES

La fin du mythe du vieux sage. Le Voyageur est encore une fois un Moi autre, mais en même temps tout à fait ce que je suis, explorateur des angles morts, portant une lumière sur ce qui ne semble pas Être. Le temps a son importance, toujours, il ne quitte jamais les arrières pensées. Au lieu de vouloir la façade, certains préfèrent simplement être là, à regarder d'un oeil scrutateur l'évolution de la pensée du monde. On finit par allumer le phare aux mille yeux quand la pénombre arrive, sur le pas d'une porte ouverte....


nuitamment sur le seuil d’une demeure rurale
habillé de lambeaux dégarnis
le Voyageur observe l’horloge au fond de la pièce
sans voir que le maître de séant est mort
replié sur lui-même sur la table de la cuisine

au plafond est allumée une lampe d’une lueur vespérale
halo sale sur des murs craqués et jaunis
le Voyageur recherche dans ses poches une pièce
pour payer un redresseur d’amphores
qui mendie aux portes d’une vieille usine

en qualité de ce qui est au creux du mal
un œil blanc repose dans un nid
rempli d’ampoules cassées aux mains qui acquiescent
on a le goût de déguster le corps
que l’on posera au fond d’une chaude bassine

le murmure aigu d’un aigle de barbarie vocale
séduit les membres chauves et sans vie
qui arpentent le degré d’une pente où la nièce
suivant les pas du Voyageur sans remords
laisse derrière l’ancienne auberge assassine

dans la lumière crue de l’aube automnale
c’est la couleur du feu qui ennuie
et demain viendra l’épuisement de la vieillesse
pendant que chacun rêvera de devenir un décor
où les rigoles vermeilles pendent salines

21 mai 2004

samedi 3 février 2007

VASES DE CHAIR

Je n'ai qu'une petite idée de ce qu'est réellement ce texte. Sorte de version plus intimiste de "Dérivation des continents", appel au mouvement, car, même si les choses tombent et se cassent, rien n'est négatif dans le mouvement. La stase est mortifiante et un regard d'ailleurs est nécessaire. Toujours vers l'Autre, toujours vers l'inconnu, cet empire nouveau qui apporte une certaine forme de peur, mais aussi l'idée d'une autre réalité.
Un autre "tongue-twister", par la même occasion. Difficile à lire dans sa tête, encore plus à haute voix. :O)


tu déhanches l’élan
et aboies sur la moue d’une hécatombe martienne
en supposant ensuite qu’ils renouent avec l’enfance de l’art

de ta bouche un souffle frais qui maintient le monde en place
tu es l’Atlas du cosmos inconscient habitant ma
carcasse vigoureusement empâtée dans
les herbes marries du sol séché

en cœur détonnent les gestes manuels sur un bras de feu
entendu que l’œil percé d’outremer minaude la sirène
fort de la forme duelle qu’il tient entre ses doigts
il
moi devant la glace du souvenir
dépêche les parias sous les eaux balisées d’un café chic
arbalète au cul du prude masochiste catalan
l’épuisement antérieur brigande bien bas le talon d’Achille
lorsque deux bourgeois assis sur leur divan
avalent un texte miré sur leurs voies reproductrices
j’anticipe déjà une apocalypse dentelée
mordant chairs et sang sur une plage de Californie

en vie au-delà d’une mort millénaire silhouette cendrée
fidèle au poste
dans un orgueil passé oublié par Narcisse le brun
six dés sont broyés sur la table de chevet
résultant le chiffre entier de tricartinc-bicenteuf
je me ballade à tes côtés collés à ma peau béante
que la mâle gamme détrousse d’une charnelle emprise
tu fixes ces sites ornés de brillance crue
et les vases s’enfonçant dans la tête du poète
il
moi sous un rire allègre te baisant
transmet le désuet aux antres d’une future alliance
d’où le vague étreint un corps ennuagé de larmes
sorties des pores du vent

en tirant sur la nappe
les choses se cassent mais dévoilent un ange de son
purifié de la hantise pulmonaire d’un souffle coupé à sa
racine prématurée

deus ex machina derrière le paravent de la déesse silencieuse

9 mai 2004

jeudi 1 février 2007

DÉRIVATION DES CONTINENTS

La création du monde m'a toujours fasciné. Le chaos originel, le Big Bang, le moment où aucune lois ne régissait encore l'univers. Et de ce résultat émerge le choc des éléments en une frénésie amoureuse. Et si l'univers avait été créé par un acte d'amour? Il en résulterait sans doute le poème qui suit, de roc, de terre et d'eau. Un feu se lève peu à peu et vient embraser la lenteur du commencement. C'est une baise torride, une union dangereuse. Mais point de peur, ici, ni de mort. Que la vie qui fête jusqu'à plus soif.


duel sous cape
la lenteur assourdit les cœurs ardents
mais la suite tend vers l’union de la terre
avec l’océan profond et sombre

une nappe bleu foncé s’accapare le sol
douce ménade caressant le flanc solide
de ses mains électriques en ondes magnétiques
elle envoie la jouissance au cœur des choses
et devient l’immense tabou passé outre
sur le rebord de lèvres falaisiaques
qui attendent une fraction d’éternité
pour englober la sphère aquatique

cosmogonie dualiste dans les bras des forêts touffues
les spasmes réarrangent la surface terrestre
qui aboutit au fond des eaux aimantes
prise dans une chaleur qui fait oublier le monde

17 avril 2004

mardi 30 janvier 2007

PLANÈTE MAUDITE

Ce poème me vient d'un rêve que j'ai fait à l'époque. Un monde où il faut toujours avancer, parce que si on s'arrête, on s'enfonce à notre tour dans la fange. Les faits? Je ne les connais plus.
Cette époque est extrèmement vague pour moi (C'est la raison pour laquelle les commentaires personnels ne foisonnent pas trop depuis un bout, pour ceux qui s'étaient posé la question :O) ).
Les prochains poèmes ont été écrits dans des états étranges de confusion. C'est la transition entre mon départ vers Montréal et mon arrivée dans cette grande ville pourrie. Les débuts à Montréal démontrent déjà que je n'ai pas réussi à me défaire des chaînes que je m'étais forgées à Chicoutimi. C'est plutôt le contraire: L'Engagé des Sondes du poème, c'est moi, qui me suis détaché de toute la scène. Un Moi observateur à la surface, mais aussi créateur de la profondeur, espèce de guide touristique d'une planète qui pourrait bien être la nôtre. Des têtes mortes à la surfaces, des corps squelettiques sous la mer blanche, leur vie aspirée par le noyau dévoreur. Toute la scène ne fait que l'indifférer.
Quoi faire d'autre lorsque que nous nous sommes perdus?


Étoile à proximité
Tricycle sur la Planète Maudite
Les jambes pédalent dans une mer de pus gras
C’est toute une civilisation qui s’enfonce
Seules les têtes dépassent
Marquées par les roues d’une jeunesse éthérée

Pas de répit pour le soleil las du jour
Attiré qu’il est par les tentacules du ciel
Fondre au fond de la terre fondatrice
Névrose refoulée devant la mer blanche

Un enfantôme
S’arrête devant la tête de son frère
Morte depuis des mois à boire le mal
Un œil saigne encore des blessures du vide
On ne roule plus
On s’enfonce maintenant dans la vase
Bassin de semence infertile et puante

Le cadet s’ébat contre l’espace rétrécissant
Bulle de démence entourée de calme malice
Une main s’appuie et se déchire lentement
Que mériter d’autre pour tous les vices

Rien n’évoque l’ampleur étouffée du vent-néant

Deux jambes se mettent en mouvement
Et la roue de tourner enfin
Sous elle la succion rage meurtrièrement
Tout y reste à la fin
Cristallisation bénigne pour la Planète Maudite

Deumeure une boule blanche
Piquetée de têtes mortes
Décomposées en éléments chauffants
Chair nourrissante pour un cœur gelé

Situation renversée
Ombres d’yeux dans un espace sous-marin
Des squelettes tremblent d’une acidité morbide
Millions de tuyaux branchés dans les os
Que les têtes s’arrachent à pleines dents
Elles deviennent folles et dévorent le
Cadet
Mais la source du mal
Est dans leurs crânes desséchés

Sous un masque de folie
Un Engagé des Sondes fuit la scène
Chapeau en main
Il lance un dernier coup d’œil sur son
Œuvre
Et se demande pourquoi il n’est pas devenu
Poète

Jetant sur la surface aveuglante
Une lettre de son amant
Il s’envole rejoindre le soleil las
Sur son tricycle devenu dragon noir
Dans ses écailles coule le venin de la délivrance
Et pullulent en rond les alvéoles minimalistes

Il laisse dans son sillage
Ce qui reste de la mémoire du monde malade
La Planète Maudite

22 mars 2004

mercredi 24 janvier 2007

CENTIPÈDE

J'ai été quelque peu silencieux dans les précédents textes. La raison est simple: très peu de choses à dire avec les derniers poèmes. Soit ils étaient trop bizarres pour en dire quoi que ce soit, soit ils disaient déjà tout ce qu'ils avaient à dire.
Celui-ci, par contre, malgré sa courte longueur, est lourd de sens. Ma quête de destruction du langage (et de mon être intérieur par la même occasion) se poursuit plus avant. Dans ce texte, Dieu est carrément synonyme de mort et d'ennui, émanation d'un cerveau bourré au LSD.
Inspirations: William Burroughs, Dali, mon propre cerveau et le "regardage-aller" du monde qui m'entoure.
L'amputation du cerveau vient de la phrase qui m'avait tant marqué dans le film "Le festin nu", de Cronenberg, qui disait: "Il faut exterminer toute pensée rationnelle". Et comme l'être humain est (supposément) un être de raison, j'ai poussé l'extermination jusqu'à l'amputation de son cerveau. Totalement inutile s'il ne peut voir autre chose que la raison. La raison cache souvent tout le portrait des éléments. La raison empêche souvent de voir l'ensemble et se borne sur le détail. La raison plonge les gens dans la spécialisation, alors qu'une polyvalence (que je caractérise comme étant un chaos des sens) assurera la survie de l'être humain.
C'est la même chose avec le mot. La terminologie mentionnée dans le texte est en fait la Règle (les mots) qui détruit la langue (prise comme langage et comme outils de propagation). Une vase putride ne peut que résulter d'une formalité stricte du langage. Les mots sont là pour être décortiqués, reconstruits, oubliés, métamorphosés, etc. Bref, les mots sont là pour être nos esclaves et non le contraire (nous qui sommes esclaves des mots), malgré que nous soyons leurs créateurs en même temps que ce soient eux qui construisent notre pensée.
Le néant finit tout de même par vaincre la pensée... Et ne reste que les insectes pour se nourrir de notre corps inanimé. Oui. Et après?


Déifier la mort pour immortaliser l’ennui
La tromperie psychédélique
Organique dans un ensemble étiolé de barbares

Six inches up to Heaven
Six feet under the sayings
Of a countdown to
Terminologie

Des mots qui détruisent la langue

Fécalité de la pensée
La suite mène dans la matière grise d’un
Centipède

Denses les maîtres d’orties
Sordide animalisme regretté
Je m’ampute le cerveau
Et viennent les fourmis

10 mars 2004

lundi 22 janvier 2007

DES TERRES RÉSONNENT

Dû-t-il s’enfermer au plus profonds d’un nuage
Rien ne reste le même sous un regard futile d’abandon
Entre le vent et les étés au coin d’une verte plage
Un souci visqueux sourcille en se jetant du haut d’un pont

Dieter résonne sur les parois crânienne de ma forte tête
Ondes graves sillant chaleureusement le soleil au rendez-vous des attardés
Temporels

Phalange bleue
Et une oreille découpée qui trempe dans mon vin
Vingt-et-une raisons de hurler l’injustice défiante pour un dé de fientes
Toujours ces dents qui bougent dans ma bouche
Elles veulent ma langue et ce palais flottant
Comparable aux Castels luxueux d’Arabie

Émeutes de gargarismes

Aussitôt perte de langueur au niveau des narines
Des océans rouges de morve s’estompent dans le creux d’un œil
On manque d’air
La réalité se concrétise
Peur fondamentale au créneau des enterrés

Trois heures
Réalisation de la bouillie vieillotte
En subtiles déflagrations nauséeuses
Qui menacent le soutien fier des bustes généreux et désirables
Et annoncent le départ incontinent de la Lune mielleuse

2 mars 2004

samedi 20 janvier 2007

LES CHEMINS DE LA DESTRUCTION MÈNENT AU RATIONNEL

les chemins de la destruction mènent au rationnel
tandis qu’en Afrique
de suprêmes éructations canoniques s’infiltrent
sous le caveau du roi de France

souriez devant le peuple des bas étages
une assimilation rituelle pour des druides romantiques
démission du purgatoire
dénonçons la plèbe arrogante des bourgeois

24 février 2004

vendredi 19 janvier 2007

LES ARAIGNÉES

2004, on part sur un autre pied. Frais de mon analyse du film "Fear And Loathing In Las Vegas" que j'ai faite dans un de mes cours, me voilà divaguant sur l'Histoire, les Racines, la pourriture que l'on traîne depuis le Début. L'Humain a mal et ne veut pas se l'avouer. L'Humain a vieilli comme un punk dans la rue, mais il se prend pour un pacha sur le bord d'une piscine creusée à Hollywood.
Chaste idée face à la réalité...


un de ses bras m’inaugure de son sang
sept de moins pendent sous son corps velu
et des yeux mirageurs s’entendent pour étouffer l’affaire

mes situations dans la toile abrégée
exaspèrent la tulipe malingre aux dents d’étrons
mais tous se tournent en chantant devant la loi
« even down in Hell
life’s still ripping your guts out
eating the plague under your belly

and then
from above the grey sleep
the rotten seeds seem to scream a beam
out of the blue
the deep blue sea… »

comment reconnaître le souffle hanté
de ce cœur acharné à peindre
les oubliettes de mon
crâne ?
car tous les crâneurs savent que rien n’est bon
sous le soleil de tropiques
seules les rivières se la coulent douce

j’ai dans mon nombril plusieurs siècles d’histoire
arrachés de mon pouvoir par le courroux
médicamenté d’hospitalières enragées
prêtes à bouffer les chairs sanguines
de dépouilles infantilisées par la
Socioss Putrefactera
sordide puérile que nous traduirons morte

l’une des sept remue enfin
éveil de la mort sur pattes
ses rêves demeurent secrètement voilés
derrière les yeux de la veuve étoilée
et le son du cor géant
retentit aux oreilles de tous ces bébés dévorés par
le corps parental sur fond d’herbes rougeoyantes

je n’ai qu’une faible idée de l’ampleur de l’ombre
celle qui dévale la pente de ma peau décharnée
et qui va se casser aux pieds du grand sigle du vent

La pluie acide ne fait que diminuer le mal

23 février 2004

dimanche 14 janvier 2007

OUBLI DE CONSCIENCE INDÉCIS

oubli de conscience indécis
envier l’abandon d’un gâteau de sucre sexuel
déjà j’entends l’avenir épier les défections d’un sourire
aboyer de lenteur sourde
mi-vie en demie folie
carnivores les ampoules
des pattes en feu sur un œil vide

23 décembre 2003

C'est ainsi que se termine le lot de putréfaction spirituelle. Après cette vague, je reviens sur un plancher plus stable, mais de plus en plus obscure. La plupart des autres poèmes qui chevauchent le quatrième volet seront des poèmes d'exil, de fuite, de hantise.
Une malédiction semble s'être posée sur moi et il me faudra une autre relation amoureuse (qui s'avérera être complètement absurde et ridicule), un déménagement et un travail à 40 heures par semaines pour briser le tout. Ce qui me fera aussi arrêter d'écrire pendant assez longtemps, ne laissant au fil des ans (2004 à 2006) que quelques perles rares. Mais nous y reviendrons!

DE BONZES PENSANT SUBTILEMENT

De bonzes pensant subtilement
Onze dans la vivante silhouette
Murmure digital infernalisant
un culte divinisant l'os décalciné
le sort de la bouteille éthérée
située inside le regard défroqué
Oublier le chant du chanvre
décapitation de têtes ambulantes
dans l'ombre d'un bananier sirupeux
Des flashes d'incantation esquipées
Ondoyer d'or et déjà sous la palme d'Irmidogie
Une folie simiesque du jour des étés verts
Dupliquer enfin le mol entier
un soupir duveteux
sous
une jupe d'ombres
sous des yeux arrondis...
Énigme du pluriel

23 décembre 2003

J’AI CIBLÉ LE COEUR HONTEUX

J'ai ciblé le coeur honteux
du pitre aux larges yeux éteints
Une deuxième extrémité tronquée
Le temps s'entend mal lorsque sourd
unité amnésique et suppressive
J'en veux au manque d'intelligence
Sur une planète d'été mental
Subtile hantise havoc hors commun
Strophe d'utilisation dérangée
obtuser onctueusement l'essaim philosophe
Je devine enfin le plafond
Déshabiller les oraisons anglones
Sybille d'une anguille sous roche
Quand un alphabet désuet chante
Fibre d'humeur s'effiloche
Au long du tronc acrobate
J'espère illusionner sur le miroir
Amphibienne sonde d'arpèges bleues
Détruire un biscuit sacré
qui alimente une orgie phallique
Tartare sur un fond d'albinos
Barbares aux fronts caliguliens
Retournement de situation
situé sous les cordes vocales
d'un duc supprimé dans le vide fleuri

15 décembre 2003

JE DÉGUSTE L’ALAMBIC DU MEURTRE

Je déguste l’alambic du meurtre
On peut se dire la voie
Sans que mue la voix des ormes

Toutes les fois perdues sur la queue
Je manque d’oublier mon ordre défigurant
Une figure palpée dans le creux d’un œil

Cannibalisme d’automne
Un bras sur un mur
Une gorge dans une trompette
Trois doigts sous mes bijoux
Et l’Enfer en tête de piste

Ils aboient pour une once de vie pleine
Toujours revenir au cœur des idées
C’est mourir hors du champ des contes
Futilité infantilisée de la bouche
Cancre las au coin du mur vitreux

Depuis
Les fleurs s’éteignent dans la lande des chevelures
Ondulant sous la foi modulée

9 décembre 2003

ÇA

Ça
Hommage à la gangrène déesse
La situation noble d’un imbécile
Remarques allables sous la table d’opérations

Turpidences ombragées d’air froid
Je suite l’oracle de la condensation
Pour arranger deux arbres nébuleux
Qui poussent dans mes pieds

La bave surgit dans la révolte argumentée
Dégénérée du peuple en fin de course
Stomacale ivresse de la bile savante
Homère trempe dans le crime

8 décembre 2003

samedi 13 janvier 2007

D’HUÎTRES ORALES PÉDONCULES

On déraille! Le cerveau se transforme en grosse pâte malléable et il en sort de nouvelles choses assez chaotiques. La série qui va suivre, quelques six poèmes, en est une de liberté. Le langage n'a plus sa place ici. La signifiance ne veut plus rien dire. C'est de la pure écriture automatique complètement folle. Celui-ci garde toutefois une signification: il est le texte de la destruction de ma relation avec Jocelyne (ondes brunes d’un regard baisé / il ne reste qu’à détruire la phobie des beautés).

Quoi d'autre? Lisez la suite...


d’huîtres orales pédoncules
similitudes aphrodisiaques dans le vide
j’ai déjà envié les éléments du rire
sous un parasol famélique et disjoncté

tu regrettes le médiocre sur tes poils
angoisse psychotique d’élégance
supprimer le foie en manque d’épanchement
souvenirs fébriles d’orages de justesse
morale asthmatique
devenir
hanter
situer
charmer
ondes brunes d’un regard baisé
il ne reste qu’à détruire la phobie des beautés
sous un philtre habile de déjections fabuleuses

tuer des vermines faciles
un baume pour la peur

8 décembre 2003

vendredi 12 janvier 2007

OPPRESSION DENSE

Un combat entre le ciel et la terre, avec moi au centre, tout petit, incapable de bouger, mais l'eau, encore une fois, vient nettoyer les débris. Je pense que le texte dit pas mal tout par lui-même, je n'en dis donc pas plus.


l’oppression danse sur ma tombe
des rougeurs aux angles du cœur assombrissent mes yeux
et la tête subit les craquements d’un sol fébrile

je baigne au centre d’une eau bourbeuse
me retenant en succions puissantes qui m’entraînent vers
le fond du baril

des éclairs multicolores parcourent mes nerfs
oppression rance au sommet de mes os
le poids du corps diminue
mutation lente en régression sur moi-même
je deviens le poisson mourant sous la peau de pétrole enflammé
et le battement ventriculaire explose au cœur des choses

un filament de mon être subsiste à tout cela
une clairière ombragée dénuée de sécheresse
mais perdue dans la vase défectieuse tout au-dessus
oppression gravitique empêchant la sérénité
qui veut sortir des bouches par des sérénades

je perds le sens directionnel en ivresses canoniques
et surplombe sur moi la lumière blafarde d’un enfer dantesque
oserais-je m’écrier ces choses cavalières
que par le prix douloureux de ma carcasse séchant sous le soleil furieux
esclave des principes terrestres qui aboutissent au néant odieux

la sublimation est avortée quand la pluie verse son sang
et les branchies bouchées ne peuvent plus rien
pour un être oppressé de toutes parts
sans foi ni loi je demeurerai
jusqu’à la mort du soleil
puisque déjà je croutonne dans la boue devenant glaise
sans force pour combattre la Gorgone immobile
qui m’attend tout au fond pour m’avaler

craquelures
tout le remuement provient de mon crâne
de sourdes détonations en sortent et anéantissent l’argile solidifiée
des bombes d’eau claire au goût de fraîcheur
elles nettoient le trop-plein de saletés accumulées autour de moi
et de moi se répand la lumière électrique du spectre entier
et de moi s’entendent les réverbérations du temps écoulé
qui dehors alimentent le chaos me libérant des chaînes de l’oppression
et dansent en cercles virtuoses sous mes membres qui respirent enfin la vie

d’une chaleur délicieuse
c’est en entrant au creux de mon esprit que le jour se lève
sur le sentier oblique où un amour naissant du monde
érige les armes contre la calomnie des ancêtres conduits par
la haine de la vitalité de l’être
sous les drapeaux de la bonne foi
et d’une dictature prenant les feux de la loi

hontes aux envahisseurs de l’esprit libre
demain ne leur est plus

26 novembre 2003

mardi 9 janvier 2007

HALO

Le dernier poème de la "lignée Jocelyne". Je me suis écoeuré d'écrire des choses pour elle. L'indéfférence a commencé à embarquer après cela, comme une réaction face aux crises et au manque de maturité qu'elle me faisait subir. Il est beau, aquatique et rempli d'un amour que mon amoureuse du moment ne comprenait pas. L'eau est très positive ici. Elle commence par la pluie, se répand dans la marre et se transforme en une pluie intérieure qui soigne les coeurs. Encore mon "je-ne-sais-quoi" de toujours avec l'eau. :O)

L’orage, dehors, sieds aux maladroits qui regardent le sol se fragmenter
Pour les autres, il en est deux qui ne peuvent mourir
Ils sont chacune des gouttes qui tombent sur les nuques
Et le crépitement batteur sur le bois mouillé arrose de musique la vie des aveugles

Dort, belle nuit mouvementée par les vents
Dort et rêve au doux murmure d’une voix chaude qui s’étend à ton oreille
Dépasse le miroir, dépasse les nuages gonflés de larmes
Dépasse le manque et appuie-toi sur un quai au crépuscule

Dans la clarté d’une lune grise
Décroche le halo rouge qui la couronne et fais-en ton diadème argenté
Puisses-tu ensuite demeurer encore un moment avec moi
Sous la pluie diminuée qui dessine à partir de nous-mêmes nos visages

Court avec le son, je serai tout près de toi
Au bout du quai nous plongerons dans cette marre de folie
Où tous les amoureux plongent, les rendant immunisés
Aux défauts de l’être solitaire qui les regarde se fragmenter dans le ciel

Ils deviendront toutes les étoiles qui illuminent tes yeux
Et s’épancheront dans ton sourire transformé en soleil
De cette façon jamais plus la pluie ne cessera de mouiller les cœurs séchés

28 octobre 2003

samedi 6 janvier 2007

PLUIE SOUS UNE JUPE NOIRE

Un autre texte sur le manque, comme celui qui suivra après lui. Amour à distance, fébrile, boiteux, insoutenable. Rien d'autre à dire, sinon que le rêve et le désir. Ce désir fut la seule chose qui resta un certain temps de cette relation avec Jocelyne. Le reste a été détruit en cours de route. Nothing lasts forever. Rien dure pour toujours, enfin, il sera là pour un sacré bout de temps en moi.


d’un si doux regard
l’éveil de la conscience en effusion sanguine et sanguinaire pour le
sentiment

encore du bruit dans une tête remplie d’atomes pesants

on joue à la marelle
en sautillant d’un pont à l’autre
un soudain arrêt
je me rend compte qu’oubliée dans une sirupeuse cave
la vie des bras d’animaux pensant
dévergonde la pluie qui tranche dans le
vide

nébuleuse incongrue
je nage en elle pour trouver une partie de mon âme
perdue au milieu de milliards d’yeux
second arrêt
le cœur souffre et le nez sent la timide étreinte du feu hilare

que ne peut-on découvrir
sous la jupe noire qui ne se dévoile?

tout un univers de délices
à jamais enfouis pour qui ne sait aimer
ai-je cette faculté
ou ne suis-je qu’un aimant parmi les autres
ailleurs pour qui ne sait s’intérioriser?
point un mal
que la Nature chez l’être pensant
car il n’agit que par l’éphémère
sans regarder quel temps il fera dans deux jours

octobre 2003

vendredi 5 janvier 2007

INNER SPACE

Une meilleure tentative d'écriture de poème en anglais que les précédentes. C'est une chanson de Grimskunk (Inner Piece) qui m'a fait penser à ce texte d'une intériorité ouverte au monde et qui finit par être envahie par un soleil qui semble ici presque le bienvenu. Mais la fin de ce poème est le début d'un tourment qui se résoudra plus loin (dans Opression dense).

La thématique du soleil est très présente dans cette première partie de mon quatrième volet. On le prend ici dans sa symbolique la plus répandue: celle du Roi-Soleil, la figure du père par excellence. N'ayant point encore la faculté, à cette époque de 2003, de combattre le problème en face, il m'a fallu le faire autrement. C'est par ces mots que mon esprit s'y est pris, et c'est par ces mots que mon coeur s'est soulagé, sans comprendre encore que je vivais la même chose dans mon couple que ce que je vivais chez moi, et que c'est sans doute cela qui a fait précipiter les choses.

Enfin, mieux vaut tard que jamais...


They sang my flesh
They sang my bones
Onto pillars of iron strike ideas of silence
Borrow the wind
And breathe inside my inner space

They sang my blood
And they sang my soul
Hollow cavern seeking Hell from the Earth
Sorrow belief avoiding ignorance
Allows me to flee in my inner space

Now they sing on the rooftops of Mexico
And on lakes of the purest blue
Leaving a hand in the position of life
Wide open
A wound that leads to my inner space

No more songs for the Consumed
They swallow drinks of idle cracks
Earthquake of the brains after twilight
When the Moon drifts away
And starts to smile for the Eyes
Forgotten long before the discovery of love
With a sense of truth known only by the Sun
Delightful partner of the lady in the sky
And an invader finishing its night in my inner space

7 octobre 2003

mercredi 3 janvier 2007

LE CENTRE DE LA TERRE

Un autre poème pour Jocelyne. Poème hors du temps, ou plutôt à l'intérieur de tous les temps à la fois. Des images d'enfants et de vieillards jouent sur le même visage, un peu comme la fin de 2001: l'odyssée de l'espace, quand le personnage se voit à différentes époques de sa vie jusqu'à sa mort et sa renaissance en tant qu'entité cosmique. Le désir est toujours présent, comme dans tous les autres poèmes sur cette fille, désir qui frappait chaque fois le mur d'un manque de confiance en... en quoi? En elle-même? En les autres? Qui peut le savoir?

On a finit par s'en foutre, de toute façon.


averse de braises sous le souffle d’une gorge en feu
si belle au coeur d’un ouragan de feuilles mortes
elle s’élève dans le vent
plus pure que le sourire du soleil
emportant avec elle le bleu des astres enrubannés de silence

tout retombe lentement
sur le visage allongé de la Terre tranquille qui
sous les spasmes de son coeur profond
accueille une cendre devenue larme pourpre

un témoin de la scène s’approche à pas de fauve
il semble vouloir cueillir de ses doigts cette larme impalpable
car au creux de sa main
mille bouches demandent d’être embrassées par cette chaleur
une chaleur perdue dans les vastes horizons du temps

l’homme regarde passer les feuilles mortes
accompagnées par le Marcheur
et se retourne pour contempler l’illusion des couleurs
illuminant les eaux frêles d’une rivière noire
larme pourpre devenue bouche brûlante
les trois temps de cette valse atonique
réveillent au fond de la Terre
un chant distillant les coeurs de l’enfants au mille bouches

dès cet instant
clairement distinct des restes ombragés du sol
un sillon se creuse autour du vieillard millénaire
et le terrain d’airain s’effondre
dans le vide rempli d’acclamations torrentielles

l’homme nouveau se pose devant l’Être Noire
une noirceur trop belle pour des yeux humains
une noirceur lançant l’ouragan dans les corps paisibles
une noirceur embaumant de lumière les nuits aveugles

le voeu d’entrer en elle défini le décor
mouvements continus sous un toit de stalactites obscures
des oiseaux égarés volent dans leur contraste
démunis de branches où se reposer
ils s’alimentent de la lumière noire
à l’instar du garçon ébahi par la beauté des vagues sombres

il s’avance doucement et tend les bras
vers la source de son extase
elle lui sourit et l’accueille sur son sein
en une étreinte résurrectrice et rassurante
perchée au centre de la Terre
le noyau d’un amour aromatisé de caresses
et l’union d’êtres célestes organisés par
une horloge établie hors du temps

le froid n’entre plus dans la bouche du ciel
et dorment en silence les paroles ardentes
derrière le rideau vert des cachettes nébuleuses
où naguère hibernaient les malheureux

22 juillet 2003

mardi 26 décembre 2006

ANIMISME

Le poème qui fit que le recueil que j'envoyai à quelques maisons d'édition porta le nom de "Comment les animaux devinrent des choses et autres réalités". C'est la prise de vie des objets inanimés, le respir de la nature et des constructions de l'Homme en harmonie devant deux êtres vivants confus et figurants. On parle des Sans-Foi, sans pour autant connaître leur but. La multitude devient l'unité qui devient la dualité qui devient un Tout (qui n'est pas la même chose que la multitude).

Se départir de l'humanité fut l'un des buts de ce quatrième volet. Ne plus être ce que l'être humain est, et en même temps, souffrir de sentiments hors de mon contrôle qui sont le lot des humains. Ce poème est une tentative d'atteinte de la sérénité d'esprit au-delà d'une sérénité de corps qui est à ce moment totalement impossible.


douze ombrelles enlignées devant une chambre à coucher
des bruits de noix qui se cassent
s’entendent de la fenêtre ouvrant sur une mer ensoleillée

des douze
une se brise sous le poids de l’air
rongée miteusement par une harangue défectueuse
l’appui du ciment cède à son tour
et la tour ombragée se montre dans le jour

une poignée d’oiseaux vérantent au-dessus du toit
maculé des déjections acides des volatiles
les sourires pèsent le pour et le contre

en voyant ces images absurdes fondre sur le mur
deux voyageurs se demandent ce qu’est l’affoi
aucune réponse provenant de ces murs
ils n’ont que des oreilles bouchées
alors ils désertent le plancher de marbre
sur lequel ils se tenaient depuis des lustres
et s’étendent à l’extérieur
sur un lit de fleurs parfumées de l’odeur des anges

le souffle court
essoufflement dans la course contre les fourmis
les voyageurs passent leur chemin et ignorent
les murs endormis au milieu du champ de fleurs

dans leur marche sous le soleil d’automne
ils se rendent sur une plage qui se trempe les pieds dans
le sable
mouvant au gré de la pulsation océane

26 juin 2003

LE PÊCHEUR DE MARTELETS

Un petit conte amoureux pour celle que j'aimais à l'époque (Jocelyne) et qui fait suite aux Métamorphoses. Changement de corps et de fonctions, un être Doppelgänger encore lui-même au coeur de la multiplicité...


Je suis un pêcheur de martelets. Ce que j'en fais, c'est cogner fort sur des membranes résistantes. Elles pompent des fluides vivants et le ressentiment émotif exulte toujours quand je pense à toi.

Je suis un constructeur de fleurs. Ce que j'en fais, c'est les étendre dans un lit, pour que nous puissions nous y étendre et nous transformer à notre tour en fleurs odorantes et pleines de couleurs.

Je suis un peintre du ciel. Ce que j'en fais, c'est d'y mettre une étoile pour chaque baiser que je veux te donner, étendue sur le fond, comme sur la surface de ton corps doux et chaud.

Je suis un dompteur de langue. Ce que j'en fais, c'est de la manipuler dans ma bouche pour qu'elle puisse séduire la tienne en une danse soyeuse. Elles seront alors au comble du bonheur.

Je suis un éboueur de pensées. Ce que j’en fais, c’est de me débarrasser du noir attristant qui y règne pour y mettre une joie sans nom. Là vivra une pureté qui éblouira le néant où ne repose que la pénombre.

Je suis un enfant jouant à la cachette. Ce que j’y fais, c’est de t’emmener par la main avec moi dans un lieu secret où nous pourrons dévoiler l’amour qui nous habite, alors que sont comptées les secondes de la réalité, hors de nous.

Je suis un ange de la nuit. Ce que je fais, c’est de parcourir les cieux depuis le point zéro jusqu’à ton lit où je te regarde dormir, telle un ange toi aussi. Je m’étendrai à tes côtés, mes bras t’enlaçant, et le feu nous consumera sans nous faire mal.

Je suis un homme heureux. Ce que je fais, c’est de parcourir chaque centimètre de mon esprit afin que pas un seul endroit ne soit absent de ton image et de l’amour immense que je te porte, bien-aimée Jocelyne. Ne restera que le manque de te revoir bientôt sous une lune qui nous éclairera de ses yeux blancs.

29 mai 2003

jeudi 21 décembre 2006

À L’ORÉE DES ÉTOILES

Jocelyne, la suite. Rêve de nuits torrides, rêves d'infini. Le beau temps avant la tempête intérieure qui en suivra pendant cette année-là. Je ne me rendais pas compte, à ce moment, du bourbier émotionel dans lequel j'allais mettre les deux pieds. Un poème sur le désir inassouvi, perçu simplement sur l'ombre d'un mur, presqu'en ombres chinoises...


deux ombres sur le papier peint de la chambre à coucher
mouvements de lenteur élaborant une symphonie
qui durera une nuit entière

démentir l’orgueil assouvi de jalousie
depuis que le coeur embaume l’atmosphère
point de remords à nourrir
que l’amour habité du soleil
et des nuages au-dessus des eaux bleu foncé

en des caresses légères je suis la route
de ton dos parfumé de mille fragrances
nos silhouettes éclairées seulement par
la lueur de nos yeux
vert sur fond de noir
noir sur fond de nuit
la nuit n’a plus de fin
éternité passée au creux de tes bras
bercé par la douceur de ton sein
les caresses n’ont plus de fin
elles aussi

pluie
à l’orée des étoiles dansent les astres invisibles
une tempête se lève
et nous
de nos ailes d’argent
et nous
sillonnant la mer noire du ciel

des années perdues dans le passé trouble
inaugurent le chant d’Éros

quelle fortune l’amour nous apportera

nos lèvre s’ouvrent pour parler
il n’y a que des oiseaux qui s’en échappent
prêts à nous suivre sur les bords de la Terre
où main dans la main nous suivons la rose
cueillie par un ange aux yeux d’émeraudes

encouragées par les vents du soir
deux ombres sur le papier peint de la chambre à coucher
évoluent gracieusement dans leurs mouvements
cachées derrière la pénombre d’un baiser

aimer le temps qui se hâte de courir
vers ton coeur généreux de son amour

la solitude est un ennui
et sans toi mon âme se languit

28 mai 2003

mardi 19 décembre 2006

L'HOMME PERDU

C'est étrange, mais ce poème, à l'origine, contenait des passages religieux, un peu comme une dérision de, en quelque sorte, comme une prière claudiquante qui lui manquerait un mollet, et un cerveau pour la faire avancer. Mais j'ai oblitéré le tout au passage où les animaux deviennent intelligents.

L'homme perdu est le reflet d'un dieu quelconque qui n'a juste plus sa place dans notre monde, mais aussi un Moi en train de creuser le trou où était enterré l'inconscience de l'inconscient.

Il y a encore ici une influence d'une chanson de Dead Can Dance (In Power We Entrust the Love Advocated) à la fin du poème.


dernier tour de table
une rondeur philosophe sur le coin
comme si les amours allaient en faire l’oubli
fin et souple semble cet œil ouvert et sombre
que la lumière tente de percer de son rayon

le téléphone vide se souvient du temps palpable
et la poussière dévergondée sirote son joint
tout près des moustaches de l’homme perdu qui sourit
courant désespérément à la recherche de son ombre
au lieu de rester là à dire non

fermeture de la pierre philosophale

des déments déboulent dans de drôles de discussions
disons d’eux qu’ils sont mortellement atteints
par un SIDA maintenant muet
ou une syphilis grimpant le long des cheminées
ils ne sont là que pour gouverner
de toute façon

fracture de l’espace entre les atomes

un menuet s’empare de l’œil sombre et ouvert
ballet mécanique dans les bras d’un sillon bleuté
un écrou s’écroule
et laisse voir le ciel gris d’angoisses
sans couleur pour l’accompagner
que va devenir l’électricité

tout part et revient par les mêmes chemins
aucun d’eux ne mène jusqu’à Rome
la poussière l’a effacée de son ombre
où la voûte s’étend de millions de baisers
emportés par un cœur vieilli par l’ennui

tourmente dans le cœur de l’homme perdu
au bout de sa table ne vit que le vide
vase dominant sacré de vérité cachée
vide
le vase
vide
la vérité
les idées penchent plutôt pour les motifs bleus et gris
eau et poussière
ciel et montagnes
vie et mort

tourmente dans le cœur de l’homme perdu
qui voit trois dés au bout de ses doigts
ils attendent d’être jetés une dernière fois
à tout hasard
peut-être pleuvra-t-il en Éthiopie

les interférences devinent un mouvement de tête
vers une horloge sans pendule
ciseaux d’argent coupant des queues
et les animaux deviennent des hommes intelligents
les pères se métamorphosent en criminels volant les vieilles mémés
nous les suivons comme leur ombre

la conscience du monde s’ouvre sur le manque d’acceptation
tourmente dans le cœur de l’homme perdu
le silence tue et se tue à survivre
créé de toute pièce à notre image
il s’abrite là-haut
modelé pour nous pardonner
afin que notre conscience soit en paix
hors des larmes qui peignent les joues de l’homme perdu
il est dégoûté

et toujours ce silence
qui reste là pour laver ces CONSCIENCES vides
l’histoire ne fait donc que se répéter et recommencer
guerres
meurtres
suicides
hypocrisie
orgueil
pouvoir
orgueil
hypocrisie
suicides
meurtres
guerres
pouvoir
le pouvoir symptôme de la fin de notre conscience

un refuge
l’inconscient
où le rêve vogue doucement sur ses ondes
le devenir d’une vie hors de la souffrance
mais envahi peu à peu par les restes décomposés
de la civilisation

nulle part où puisse demeurer l’homme perdu
sinon dans une recherche de l’amour
but ultime oublié par tous
the way lies through our love
there can be no other means to the end
sans lui
à jamais perdues seront les clés de
l’innocence

16 mai 2003

lundi 18 décembre 2006

LES MÉTAMORPHOSES

...Ou la fin d'une trève avec moi-même qui dura trop longtemps. Les chaînes se brisent, laissant peu à peu couler un magma froid et vert d'une inconscience tapageuse qui vient à peine de naître. À travers cette mare sonore, un coeur se met à battre doucement, douloureux dans les premiers battements, mais prenant goût au rythme qui demeure stable. La fin d'un commencement, l'aboutissement de quelque chose se produit enfin. De ce texte enrichi d'émotions fortes, douces, chaudes, amoureuses découlera le reste. Je devrais plutôt dire, les restes d'une mécanique déglinguée trop vieille pour bien fonctionner (ça vous rappelle quelque chose?).

Le quatrième volet est le volet de l'acceptation de ce que je suis dans le monde où je vis. Une acceptation froide, glacée comme les vents nordiques et ascérée comme les griffes d'un aigle sur la chair, mais tout de même une acceptation. Mais c'est avant tout la première véritable rencontre avec Celui qui est en moi, et non le regard d'un Moi face à un miroir. Je l'ai dit plus haut, les chaînes se brisent, et ce magma froid et vert se mettra en ébullition, la folie qui m'habite dansera finalement en harmonie avec moi.

"Les Métamorphoses" n'est donc pas qu'un poème d'amour (toute création finissant toujours par être un monticule d'égoïsme), mais aussi la réconciliation avec le côté lumineux (et cinglé, parce que j'ai toujours considéré mon côté fou comme étant une bonne chose) que j'avais mis sous une cage de verre. Cela reste tout de même une lumière voilée, qui prendra toutes les couleurs au fil des 25 prochains poèmes (des couleurs beaucoup plus brutes et piquantes qu'avant). Bienvenue dans l'alcôve de mon cerveau...

C'est sans doute pour ça que je le considère comme le plus beau poème d'amour que j'ai écrit. Le pire, c'est que ce volet s'est écrit dans une des périodes les plus dures pour moi, côté moral. L'année juste avant que je ne déménage à Montréal. Le point tournant fut ma rencontre avec une flûtiste de Montréal du nom de Jocelyne Roy qui m'a fait péter le coeur tellement j'étais amoureux.

Ce poème était pour elle, ainsi que tout ce quatrième volet.

les feuilles d’un arbre soudain battent l’air
bam…
bam…
au rythme de pas invisibles et prudents
ou d’un cœur qui bat
sur la musique assonante et enivrante

la pluie se met à tomber sur une feuille esseulée
la plus basse sur cet arbre géant
celle que toutes les autres cachent de leur ombre éthérée
elle part dans le vent
suivant toujours ce rythme fantôme
s’envole dans l’air humide et dans le ciel d’azur
vers une plaine verte et fleurie de nénuphars

sur l’un des végétaux se tient une bête poilue aux grands yeux
qui sont des caméléons dans tout ce vert en suspension
et la feuille lentement s’approche
rayonnante d’eau de pluie reflétée par un soleil chaud
elle se pose près de l’hirsute créature
bam…
bam…
le vent de gauche à droite à gauche
fait ployer légèrement les tiges foncées
de ces nénuphars flottant dans l’air
sifflements doux au ras du sol

de ses doigts délicats de bête aux grands yeux
l’énigmatique prend la feuille qui se métamorphose à son touché
crevant l’illusion de la confusion des rencontres
et sous ses yeux à elle
la bête de muter de même

plié sous le poids qui augmente doucement
au rythme de pas invisibles
le nénuphar se rompt
et deux cœurs de suivre leurs mouvements
bam…
bam…
une feuille qui jadis fut se tient là dans la verte plaine
l’angélique aux ailes rayonnantes
qui sous la pluie tombant sur tout
lance à l’être devant elle un sourire émancipateur pour le sentiment
ses mains tiennent ses mains
et d’un cœur répondant à l’autre
bam…
bam…
se joue la musique sortant des herbes trempées
la musique qui perce un regard d’émeraude
oubliant la folie d’un jour sans pluie
qui suit le rythme des gouttes frappant le sol ruisselant

eux
ombres denses aux côtés des nénuphars inondés
par l’entendement des échos d’une clarinette claire
entre le temps du jour et le calque de la nuit

eux
descendant au fond d’un antre formé de plantes aquatiques
transformées en mille bougies éclairant leur voie

eux
suivant le rythme de leurs pas bien visibles
bam…
bam…
débouchant aux confins d’une voûte étrange
cavité circulaire démembrant un volume ouvert aux pages neuf et dix
d’où sortent en volutes multicolores
la Goraan’biopè
image diffuse de multiples rencontrent anticipatrices
envoûtant des peuples animés par les pierres de l’échafaud

eux
n’ont qu’à fermer le livre pour repartir
et annihiler la pensée abstraite d’un manque à la vie
ils n’ont rien à envier aux astres
maintenant devenus vaisseaux fantômes dans la tempête

il ne font que marcher et jouer leur musique
bam…
bam…
au rythme de leur pas les menant au dehors
vers la lumière du soleil pleuvant sur la terre inondée de leurs coeurs

12 mai 2003

samedi 16 décembre 2006

QUATRIÈME VOLET ou LE FESTIN NU DES RÉSIDENTS ERRANTS

Nous voilà rendus proche de la fin, chers lecteurs! Il reste moins d'une quarantaine de poème à mettre ici et nous serons à jour. Le passé aura rattrapé le présent et vous aurez la presque intégralité de mon oeuvre poétique. Il va rester le Dernier Soupir qui n'a pas sa place ici, mais plutôt chez un éditeur. Verra-t-il un jour la lumière? Qui sait?

Le quatrième volet, comme j'en ai parlé plus tôt, ne sera plus teinté des émanations putrides de mon cerveau. Au contraire, quelque chose de nouveau voit le jour, quelque chose d'aussi noir, mais encore plus difficile à saisir. Ce volet se verra teinté des Residents, de Burroughs et de Jocelyne Roy. Surtout d'elle. Le premier poème, dont j'ai déjà parlé à quelques reprises, souligne justement ma rencontre avec elle. Après cette "passe", quelque chose dans mon style a changé et tout deviendra confus, mais en même temps si limpide, nettoyé de tout surplus inutile. Beaucoup seront indéchiffrables, mais il est possible de le faire. Un compagnon d'écriture y est arrivé il y a quelques années.

Suffit pour l'introduction, bientôt viendra la poésie!

dimanche 10 décembre 2006

CRUELLE ÉPOQUE POUR LES EMBROCHÉS

Poème sur la cruauté, le céleste (esprit) prend la place du terrestre (corps). C'est la fin du livre, la fin d'un chapitre dans ma vie où je croyais que plus rien ne se pouvait. Ma période morbide et cruelle se termine ici. J'avoue que ça réapparaîtra tout de même un peu dans les années suivantes, mais à un niveau moindre. "Cruelle époque pour les embrochés" clôt le Troisième Volet, donc.

Une analyse (la dernière très longue) suivra le texte. Elle date pas mal de la même époque et met l'accent sur l'aspect "cruauté" du poème. À lire si ça vous chante!


meubles et friables sont les jours sans rouge au yeux
les métaphores obsolètes déglutissent silencieusement la mémoire
plus que de la merde dans la bouche des éteintes Moires
toujours seules avec le Grand Manque des miséreux

la résonance électrique du cerveau captif dans le gouffre
étonne la grosse portant des lunettes en peau de serpent
elle marche d’une allée à l’autre en traînant ses pieds pesants
écoeurés de soutenir la baleine suivant le courant de soufre
au plus profond des mers inondées de déjections célestes
la roue du chariot se casse
trop de nourriture pour une seule

cri définitif organisé dans les rangées de fiacres
c’est l’apoplexie des mutants hongrois perdus dans la vase des ogres

qui donc chercherait à percer le mystère odieux des antres
des cités obscures

on ne parle que de viande lorsque les gens meurent
ils ont perdu l’appui de leur honneur
vidés de leur sang
ils rongent les restes d’un tank rouillé à demi enterré dans les cadavres
le dernier remède pour ces aboyeurs charognards
demeure la pendaisons par les
testicules
que leur soit recraché le misérable désir du manquement des cloportes arméniens
ceux qui furent si prompts
à revenir sur les lieux du crime
stationnaire

eux ne se refusent l’offrande charitable d’une gorge déployée
bouillonnant sous un soleil ardent

29 mars 2003

Analyse
 
Poème en vers libres. Ce qui se remarque le plus, c’est le manque de ponctuation (j'avoue que maintenant que nous avons passé tous les autres texte, ça ne se remarque plus tellement). Au début, il m’a semblé allant de soi que ce poème n’ait aucune ponctuation. Pourquoi ? Parce que mon processus de création poétique est rendu au point où la ponctuation est une entrave aux mots que j’étends sur papier. La même chose s’est produite avec les majuscules. Pas de point, donc pas de majuscule. On verra, un peu plus loin dans l’analyse, qu’une autre raison vient justifier ce manque de ponctuation.
On constate la présence de la rime dans les huit premiers vers. Elle s’écroule au neuvième vers, comme le chariot dans son écoeurement définitif. L’écroulement du chariot est annoncé par les pieds qui en ont marre de supporter la grosse. Ce groupe de vers (9 à 11) est le point de rupture des règles pour une arythmie de la cruauté. C’est la roue qui se casse qui débalance tout et qui envoie dans ce monde de charognes, de mort, de cruauté. De cruauté humaine qui se voit mourir devant la nature qui se venge par sa propre cruauté, une cruauté céleste qui débute dans l’insondable, dans la noirceur des cités, au plus profond des mers inondées de déjections célestes, et qui se termine devant la lumière ultime, sous un soleil ardent, où la cruauté humaine se fait cruellement carboniser, la gorge déployée (sous-entendant « gorge tranchée »).
La cruauté humaine, elle, commence avec le manque et se termine dans le manque. Dans la première strophe, il est question du destin fini des humains (éteintes Moires) où le langage du passé (les métaphores obsolètes, donc symbole eux-mêmes) dévore sournoisement ce même passé et ses symboles, conduisant l’humanité devant une impasse : le manque psychanalytique. Prenons ces deux vers, le quatrième et le vingt-troisième, où il est question du manque :
- toujours seules avec le Grand Manque des miséreux
- […] le misérable désir du manquement des cloportes arméniens
La misère est présente dans les deux vers et sert à qualifier le désir dans le deuxième. Les miséreux sous-entendent donc les miséreux désirs. Le Grand Manque de désir. Qui conduit à la fin au désir du manque, un manque ridicule laissé à une bande de cloportes qui ne savent que se faire la guerre (cloportes arméniens). Le poème montre comme étant une vraie torture l’absence de désir, même s’il nous fait parfois rougir les yeux (1ier vers), mais justement, la souffrance nous tient debout. Et savoir qu’on a ce manque nous le fait désirer, mais tout aboutit au néant. C’est la cruauté définitive (cri définitif, 12ième vers) qui se met en branle pour construire ce poème.
Un autre non-sens apparent fait surface à partir du 16ième vers : les morts rongeant les restes d’un tank rouillé à demi enterré dans les cadavres. Je montre ici les cités de fers perdues dans la cruauté de la guerre qui mène à la décrépitude. Cette idée de morts mangeant leurs morts illustre l’état même de la guerre qui envoie des frères se battre entre eux pour des broutilles, et ça semble toujours venir des mêmes (lieux du crime stationnaire, donc qui reste sur place). Mais même dans la mort, ils réussissent à crier pour tout avoir, ces aboyeurs charognards. La pendaison par les testicules, acte d’une cruauté ignoble, signifie l’arrêt de la reproduction de ces charognards. L’être humain est montré comme un corps vide (vidés de leur sang), indigne (ils ont perdu l’appui de leur honneur) et décadent (on ne parle que de viande).
Le manque est symbolisé par le noir (gouffre, au plus profond des mers inondées de déjections, antres, cités obscures), et le raisonnement, l’intelligence humaine (la résonance électrique du cerveau) sont captés par ce noir, avalée. C’est ainsi que la ponctuation et les majuscules disparaissent du poème. Le manque les a dévorées. Lorsque les morts (hommes) tentent de percer à jour cette noirceur, seule la mort les attend, parce que la lumière au bout du tunnel est trop forte et cruelle pour eux.
C’est donc par le manque obscur qu’est créée la cruauté, la sauvagerie démente illustrée par l’association hongrois/ogres au 13ième vers. Le mot « ogre » est en effet un dérivé du mot « hongrois », apparu à l’époque médiévale pour caractériser ce peuple dévoreur et destructeur lors des attaques barbares à la fin du IXième siècle[1]. Ces ogres s’attaquent aux deux classes sociales les plus nuisibles aux humains, celles qui en font des cadavres se dévorant entre eux. J’ai illustré les deux classes par deux véhicules : le chariot et le fiacre. Le chariot représente l’univers du travail, de la bourgeoisie de la grosse baleine (qui, avec ses lunettes en peau de serpent, symbolise le mal ultime, car le serpent est la figure du mal biblique). Le fiacre symbolise le monde aristocratique, le divertissement, et c’est à travers ces classes qu’est lancé le cri. Dans l’esprit du texte, ces deux classes représentent la même chose et tout doit s’écrouler dans une cruelle barbarie. C’est pourquoi apoplexie est pris dans le sens suivant : c’est le début brutal de la fin.
On peut qualifier ce texte d’hymne à la cruauté, où tout, du début à la fin, s’effrite, se casse, se fait avaler, meurt et tombe. Mais c’est surtout pour montrer à quoi mène la cruauté : à la destruction de tout, thème qui reviendra beaucoup plus puissamment lorsque j’analyserai le troisième poème, sur la furie. La cruauté est une forme de destruction autant physique (pendaison par les testicules) que psychologique (la résonance électrique du cerveau) et ce poème veut montrer que dans un état de manque, c’est la cruauté qui prime pour assouvir ce manque (par les aboyeurs charognards).
[1] BALARD, Michel, Jean-Philippe GENET et Michel ROUCHE. Le Moyen Âge en Occident, Paris, Hachette Livre, coll. Histoire Université, 1990, p. 89.

samedi 9 décembre 2006

SCHIZOFREÏNA

...N'importe quoi sera bon pour ne plus penser (dis-je dans le commentaire de Deur'b), la solution fut le revirement vers moi-même et la confrontation de ce Moi-même infernal. Ce revirement est une montée, comme si mon esprit était plus haut que mon corps, un esprit en colère de porter de trop lourds souvenirs. De cette hauteur, il faut redescendre, mouvement de vague incessant.
Ce poème pousse la robotisation de mon être une coche plus loin, mais c'est sur un mur que je me frappe. Je ne peux plus faire un pas de plus vers mon intérieur. Aller plus loin est la folie du Chaos Désharmonisé, une folie brutale et insensée, une folie qui n'a plus conscience de la vie et qui rend toute chose moribonde. Ne pas confondre "esprit" et "âme" dans ce poème. L'âme, ici, est une partie intégrante du corps et ne peut en être dissociée. D'où les couleurs de cette âme, état physique d'Être dans un inconfort obligé.

La viande est de retour (à la fin du poème), cette viande saignante qui a peuplé presque tout ce Troisième Volet. Cette viande qui fut mon corps jeté aux oubliettes, meurtri par l'oubli de conscience. C'est pour cette raison que le Troisième Volet se termine par ce poème intérieur (sans oublier le poème qui viendra juste après!!!) et voguant dans les hautes sphères. Le corps malade et dénié ici, il sera martirisé au plus haut point dans le poème suivant, le poème que je vous parle depuis presque le début de ce blog: "Cruelle époque pour les embrochés".

Je vous laisse à votre lecture!


élévation de la pensée surhumaine en déroute
déjà je sens venir à moi les cris de fureur incomprise
quand en attente du levé de l’univers argenté de givre
pullulent un millier d’amas poussiéreux de spasmes oculaires

je descends tout au fond
là où l’esprit rejette l’envie des autres et se mure de rêves
de songes d’errance solitaire au sommet d’Érel le guetteur
lui qui écoute sans juger la pensée des flots immolés

le regard
importance naguère ultime
traverse les choses palpables à l’envers desquelles l’oubli reste
il ne peut n’y avoir que l’outil du silence
à l’intérieur de ce crâne chevelument terne de souvenirs
implacable résistance devant la Mère qui fut le berceau humain
c’est en conduisant l’attelage du Soleil que j’aspire la Terre
tout au fond du caniveau de mon esprit
le moribond avait peur de naître sans lui-même
alors que la vie s’est emparée de tous les êtres célestes

les paupières closes
je dérange l’ordre intérieur autrefois solidement ancré
le fracas insolite endort le reste du système originaire
et mes sens perdent pour peu leurs sens
et ces imbéciles me laissent seul avec lui
de l’autre côté du monticule ossuaire de ma propre personne
deux êtres réflectifs
se refusant un unique regard pourtant fondamental
ils sont enfermés là où j’ai désir d’oublier
derrière les portes souillées de la civilisation désossée
sans plus la moindre parcelle de viande comestible

indifférent aux peuples frappant au-delà des fers
il ne me reste plus qu’à retourner ronger les couleurs de mon âme

16 mars 2003

mardi 5 décembre 2006

DEUR’B

Des pensées en folie, déréglées, portrait d'un jeune adulte ne comprenant plus le monde qui l'entoure... La parole s'étouffe, n'importe quoi sera bon pour ne plus penser...


Deur’b in lamentations quéligarythmiques
breach d’amnésie hantisée de cacodéfragmentation
la circuitrie rebranchée dévoile les spasmes
masticulation de mammifères disjonctés et sans vie
Deur’b
un oliphant dégrossi affuble rieusement l’affect
or donc affairé à s’affaiblir devant l’idylle
les peurs s’affaissent d’elles-mêmes dans la peur
lenteur des ombicéphales elles face contre leurs fèces
perdition du désir
manque de sentiment amoureux impuisible
ne reste que lanternes magiques illuminant le soleil
défendu en sa demeure de manger la langue
déblatérer incessamment pour l’éternité sur le néant
rien d’autre à branler de paroles consistantes et larvaires
bla bla bla le Deur’b s’enterre au milieu de la chair
clouant chaque parcelle de violence méningique au cœur des os
un trou pour passer
un trou pour repasser
un dernier pour forniquer sans sexe et sans gloire
laissant une peau respirant trop de ses trous de métal
noir sur un blanc lavé par les pluies aristotéliciennes
ombre de cafard sur le mur des embûches éthérées
Deur’b
de ses larmes vaporeuses et cassantes un rayon de néther
langueur défectueuse qui signifie l’acte de merder
quand enfin après plusieurs millième d’infini
les êtres défaits s’engouffrent à travers une terre hydrophobe
entendant frapper sans entrer dans leurs corps
silhouette désertée sûrement par l’envie de se divertir
Deur’b
déportation précipitée des capithèses enveloppées de gris
horloge dérégularisée en fonction du corps céleste
depuis le départ du sentigme le mot se meurt dans sa bouche
et dans la mienne se morfond la vue des songes interdits

nothing lasts forever

15 mars 2003

ACIETISACIÒN DEL AMOR

La crystalisation est un sous-thème récurrent dans mes écrits. Quelque chose se construit, mais termine toujours sa vie au milieu de quelque chose, incapable d'avancer plus loin. Ici, c'est la crystalisation de l'amour qui prend racine dans l'incapacité d'exprimer des sentiments réels. Ou plutôt, dans le manque de moyens pour exprimer ces sentiments, tout de même présents dans ce Corps-Crystal que je suis en train de devenir à cette époque. Le sentiment se transforme en une sculpture d'acier, empêchant tout de bouger: le coeur, le cerveau, le corps. Tous commençant par la lettre "C"... Crystalisation d'un acier prêt à fendre pour ne laisser que des débris d'Être...


Toujours là blafarde nuée de souvenirs
Des heures passées à marcher hors du temps vieillissant
Une plongée dans cette eau d’un bleu transparent
Irrigue la peur qui assaille le peu d’avenir
Oublié pour un instant jamais assez long

C’est un sourire qui réveille l’appui d’un cœur dément
Sourire avilissant le mal à sa racine pourrie
Afin que naisse derrière le feu agonisant qui me nourrit

Les ombres nettes et dessinées sur le haut jugement
Enseignent aux risques d’oser caresse ce doux mamelon
Qui tenu pour la vie entraîne l’élan des oiseaux déplumés
À voler tout au fond des entrailles aux yeux voilés

Demain le vide
Plurielle avenance en pure langueur
Si le retour n’en a cure un seul instant
Inutile de le nier
Le melting pot disjonctif s’engage à perpétuité
Dans un cerveau humain aciétisé d’illuminations

Orage au cœur de l’Amazone
Elle ne peut que se défaire d’un sillon vital
Immolé devant l’autel de l’amour
Holocauste futile pour l’étranger athée jusqu’à la moelle

Trop accusée d’images déconstruites
Elle pourrait prêter son cœur à l’Éteigneur
Danser un sentiment heureux

Supposition d’une malédiction
Pour signifier qu’il parle mal
Lorsque vient le temps d’amoriser

20 février 2003

lundi 4 décembre 2006

LE MINOTAURE

la spirale descendante soupire aux fins du Minotaure
cornes suspendues
elles n’attendent que par le désordre des pendus
divines querelles d’embonpoint des moustaches
la férule idiomatique s’enchaîne aux arbres pétrifiés
qui s’emparent des sabots propulsifs des saboteurs

que l’abordage engage les sages sur les nuages
je ne nie pas que l’âge soulage l’entourage
or le minage des nécrophages ménage les mirages
idylle de l’aréopage qui tranche les apanages du bovin mythique
en tant que mélomane d’hécatombes soupçonneuses
je ne vois que des muscles inutilisés et atrophiés par le vide
les haches affilées réagissent à l’ouvrage de trancher
dans la substance phonétique du rêve éternel

révolte au milieu des peuples croyants
et la peur
qui évanouit le plus pur désir d’assouvir les pleurs

le Minotaure part à la chasse avec en ses mains une hache à deux mains
la brandissant comme un vulgaire bâton de bois
il fonce à toute allure vers la cité aux lois innombrables
hachant menus tout être se trouvant sur son chemin

il en a assez des héros voulant le posséder
il en a assez de se voir continuellement pointé du doigt comme un monstre
alors il fait en sorte de le devenir pour une raison valable
tranchant tête après tête
jusqu’à ce que ses pas l’arrêtent devant les murs
ces murs indestructibles
qu’il déchire à coups de poings

une fois dans la place publique
la ronde infernale peut enfin débuter
de ses poils hérissés sortent des fleurs de cactus d’un rouge éclatant
un saignement de tripes prolongeant ses bras robustes

il fond sur la brique et disparaît dans les failles
créant un tremblement du sol
les demeures hautes s’écroulent
musique apaisante aux oreilles de l’enragé
qui n’est plus qu’un amas de végétaux
prenant place aux côtés de la pierre cassée

c’est ainsi que fut créée la douve odorante des Minotaures
où tout un peuple fut jadis anéanti
pour n’avoir pas cesser de craindre ses rêves

13 février 2003

samedi 2 décembre 2006

LA FIN MÈNE À LA DIX-HUITIÈME DIVINATION

Voilà ma première véritable tentative à laisser mon cerveau faire ce qu'il veut sous une seule contrainte: aucune utilisation du "R". Le poème dans son ensemble ne veut pas dire grand chose, mais c'est une véritable délice vocal. Lisez-le à haute voix, vous verrez! :O) Quelques vers sont aussi de vrais bijoux! Mes préférés? "Ses bas sentent les pieds de tout un monde" et "Et les éléphants deviennent des égouts comestibles".


mnémonique mimésie douce sans elle
on ébauche les choses cassantes et belles
c’est un deuil des feuilles en manque d’étoffes
si ce bout de tissus emboutit le bouton off
vivant dans une piscine pleine de chiens
avalant les talons hauts de la tête des biens
non pas que les minutes passent aussi lentement
que les chapeaux volants d’un Bobino dément
c’est que je devine la face cachée de l’oxygène
si peu dans un pot plein de petites gènes
maladies congénitales souvent négligées
avec une souplesse édentée je me tiens figé
je bondis au-dessus de la table faite de coton
et je visite le peuple des plaines du limon
mais je ne suis qu’un nain dans ce vieux moule
imitation individuelle d’un puceau maboule
flattant les poils chauves de mon menton sans visage
mes yeux se piquent à la musique du Citoyen
occupé à ses tâches déitiques de lavage
ses bas sentent les pieds de tout un monde
bidules à cinq nez qui vomissent les moyens
je suis enfin devant les moyens, les petits et les obèses
une foule au bout du chemin de la baise
ensommeillé de nébuleuses qui m’inondent
j’abois haut dans le ciel ce mal dedans
sans de demande à l’homme chevelu du Liban
et le moisi s’invite sous mes ongles solides
discipline de ninja dans sa phase anale
mes démons se saoulent de ce doux acide
qui de vous sait ce qu’est le manque vital
celui de tous les oiseaux pendus dans le Cosmos
dans la nuit je m’assois silencieusement avec cécité
aveugle et l’âme en peine sans aucune volonté
divaguant au sujet de la pièce manquante de Cadmos
et envoyant ma main aux baleines décomposées de l’océan
comme un poche se vidant sous la maison des malins diligents
qui s’époumone depuis des siècles à la tâche nuisible
et les éléphants deviennent des égouts comestibles
si peu d’assimilation chez le cactus et le coyote
si peu d’alphabétisation dans les plaines amazoniennes
comment s’écoulent les plaintes sans un monocycle
les jambes se fixent elles aussi à la vue d’un mensuel cycle
au faces ensoleillées des inondations pubiennes
que le feu assainit avec le géant aux pâles bottes
la symphonie cesse d’elle-même quand vient le temps des amants
hommage du paisible qui se voit poussé dans le vent aimant
et qui se meut de ses genoux comme la viande flotte dans son sang
illuminé qu’il est du divin assis à côté du divan

9 février 2003

vendredi 1 décembre 2006

CRASSE

Version améliorée de "Ode au Gras". Plus sombre, plus pessimiste, plus étendu. C'est tout un peuple qui se voit avalé par une machine qu'ils ont construite mais sur laquelle ils n'ont plus aucun contrôle. Comme plusieurs trappes (physiques et psychiques), il est aisé d'y entrer, mais tellement difficile d'en sortir...

C'est comme si on s'habituait à cet état de prison et que le cerveau finissait par se construire de la même façon, essayant à son tour de construire le monde et les gens qui l'entourent de cette façon. C'est le problème du cercle viscieux qui fait alors surface et la peur de l'extérieur surgit: on ne veut pas se faire prendre dans ce piège. On a finit par être trop bien dans sa propre crasse...


habitants des ordures
ces ordures endurent la dure symphonie de la poubelle
clairons encrassés de merde
de restants stomacaux
et de sperme séché

vite
il faut fuir cet immonde plateau humide et chaud
affronter la froidure du dehors dangereux
puissent-ils célébrer enfin la pureté
et non l’impureté

épreuve insoutenable qui dure des jours
ils sont prisonniers
torturés de toutes parts par la Crasse
des croûtes épaisses s’amoncèlent sur leurs corps déjà souillés
papillons morts et poussière volatile
se fondant en une gélatine qui absorbe les habitants écoeurés

il semble que la Crasse s’épaissit chaque jour
chaque inspiration devient de plus en plus ardue
et certains expirent avant la fin

vers les derniers jours
lorsque la lumière salvatrice se fait enfin voir
la plupart se sont habitués à leur état d’ordure
et ont fait de la Crasse leur amie convoitée

les autres peinent et regrettent ceux perdus
ils montent éternellement
semble-t-il
leurs bras fatigués s’agrippent péniblement aux ordures
et leurs jambes sont retenues par les bras des Rats
les convertis tentent de ramener les autres vers les tréfonds
dans le bas-ventre d’une entité grossissant maintenant à vue d’œil
dans la bouche béante et puante
à qui il aurait été sage de dire :
« la mort est moins pire que ta puanteur !
que tes muqueuses explosent et s’imprègnent de la Crasse
avale-la tout entière
que nous puissions déguerpir vite fait de ce lieu trop familier ! »
le silence de la servitude est le seul à répondre
et à se répandre sur ceux qui luttent encore

bien des générations passent ainsi
témoins de l’expansion déficiente de la Crasse
et l’oubli de la lumière
naguère seule source d’espoir et de conscience
l’oubli vient réconforter les Rats
tous

embranchements de boyaux
c’est tout ce qui anime les habitants des ordures
marcher au milieu de leur inconfort inconnu
est tout ce qu’il connaîtront jusqu’à leur mort
la Crasse
elle
ne cesse de s’étendre autour d’eux
et dans leurs esprits
l’ordre dure

2 février 2003