dimanche 22 juillet 2007

EN BOÎTE...

Aujourd'hui, c'est la journée de la boîte... Deux jours après l'anniversaire de Julie, 4 semaines après sa mort, je me décide à vider mon lit de sa présence. Tâche ardue, ça m'arrache le coeur, mais ça me l'arrache encore plus lorsque je m'étends à côté du pyjama qu'elle portait quand elle venait dormir chez moi. Un tour au lavage, j'enlève son parfum de mes narines somnolentes et cette nuit, je passerai ma première nuit "sans elle" depuis qu'elle n'est plus là...

Julie McCabe me disait hier que c'est tellement réconfortant de se tenir en position foetale, protégé de toutes les sources extérieures. Mais comme elle disait aussi, il ne faut pas se clouer dans cette position, il faut relever la tête et respirer un peu d'air frais. C'est ce que je m'apprête à faire pour la première fois depuis 4 semaines : relever la tête et respirer du mieux que mes poumons malades peuvent le faire un air où je ne sentirai plus le parfum de mon Ange.

Prise de conscience totale de son absence. Depuis 4 jours, je ne dors presque plus, j'ai des crises de larmes incroyables et je me sens totalement traumatisé. Je regarde le vide, je n'écoute plus quand on me parle, distrait par des pensées que je ne me rappelle pas la seconde d'après....

Souvenirs en panne... c'est ce qu'elle chantait. Le cerveau qui bloque un traumatisme et qui engourdit l'être en entier pour le couper de la douleur. C'est dans cet état que je suis depuis 4 semaines, c'est de cet état que je me sors peu à peu pour sentir cette douleur toujours présente, toujours aussi coupante, toujours dans ce crâne fourmillant d'images aussi belles qu'effrayantes. C'est dans cet état que Julie a passé la plus grosse partie de sa jeunesse, de son adolescence et du début de son âge adulte. C'est de cet état qu'elle était sortie quand je l'ai rencontrée en octobre dernier. Elle était prête à Vivre pleinement et j'étais prêt à l'accompagner jusqu'au bout du monde, dans un amour vrai, doux et souriant.

Je fixe encore le vide, mais je suis calme. Toujours engourdi, pas tout à fait présent, mais calme.

La route se trace tranquillement sous mes pas, c'est moi qui décide où elle conduit. Pour le moment, elle monte vers le ciel, à la recherche d'un Ange Blond. Les nuages sentent le miel et le froid de la nuit m'envahit. Je voudrais embrasser son sourire une dernière fois, avant d'arriver trop haut et ne plus être capable de revenir...

J'entends les autres, autour, qui m'appellent et me tirent vers eux. Je me laisse redescendre doucement, bercer par le son des rires et des regards chauds et vivifiants.

Respire l'air frais, Luc. Débarre tes bras et tes jambes recroquevillés, lève la tête et regarde le monde.

Il est à toi.

vendredi 20 juillet 2007

RETOUR DANS LE SOUVENIR

Ce matin, je suis allé sur Flickr pour arranger mes photos et je me suis finalement décidé à terminer le set de Julie. Que de souvenirs dans ces photos, que de bons moments passés en compagnie de cette femme lumineuse qui a conquis mon coeur. Il ne faut pas arrêter d'avoir de bons moments, même si la personne aimée s'en est allée vers d'autres cieux. Je comprends peu à peu cela, ça rentre par petits coups dans ce crâne hermétique qui est mien. Ce que Julie aurait voulu, c'est que je continue d'être là pour les autres et surtout, d'être là pour moi. Il est inutile de rester dans cette cuve de pseudo-confort que je me suis faite à la suite de la mort de Julie, nageant toujours en elle, malgré son absence. Je dors avec son pyjama près de moi toutes les nuits et je pense que ça va finir par me tuer.

Stagnation. J'ai beaucoup écrit dans mon journal personnel contre cet état nauséeux qui empêche l'évolution. J'ai qualifié ça d'Anapocalypse dans ce blog. En ce moment, je suis dans cet état de stagnation, incapable d'en sortir à cause de plein de facteurs dont ma tristesse meurtrière, ma lassitude et ma maladie. Comme je disais dans un message plus bas, il faut combattre l'infection. Je vis ma tristesse du mieux que je le peux, mon amour pour Julie est inqualifiable tellement il est immense. Je sens qu'il faut que je passe à l'étape suivante, sinon, je vais stagner et commencer à dépérir...

Mais je pense que je vais avoir besoin d'aide pour passer à cette prochaine étape... Je sens, je sais, que ça va être trop dur...

jeudi 19 juillet 2007

STRESS DÉMINEUR

Je me suis réveillé à 5h30 ce matin. Encore une fois, les yeux grands ouverts, dans le stress le plus total. Ça fait plusieurs matins que je me réveille comme ça, sans vraiment comprendre la cause exacte. Il est 11h30 et je suis encore dans cet état. Je pense que la réalité commence à me rattraper de plus en plus. Julie me manque toujours plus de jour en jour et je ne peux faire autrement que de sentir ce Manque dans toutes les fibres de mon corps. Je commence à ne plus bien dormir et je ne sais même pas si mes rêves ont un certain rapport avec cette difficulté à dormir, je ne m'en souviens jamais...

je creuse et creuse
dans la vase d'un soulier abandonné
beaucoup de jours ont passé
seule la mémoire demeure au centre du temps

grand
sous le museau d'une abomination affamée
je creuse et creuse
dans une terre friable et éternelle
qui m'enterre dans les semaines dévoreuses
oublié que je suis sur les pavés d'un cirque
millénaire

je creuse et creuse
ce roc défoncé par les pas de milliards de danseurs
emportés qu'ils sont dans le fouillis des âges

enfin immobile
la mer coule sur mon visage rongé par
une météorite éteinte dans le matin

tremblote du coeur
l'échec d'un pilier savoure ce qui reste

une plaine vide où un vieil homme creuse et creuse

mardi 17 juillet 2007

PILLOW BLANKET FOR MY BALLS

Ce sont les paroles de Patrick Watson, interprétées pas Luc Pelletier. Julie m'a fait découvrir cet excellent musicien et je n'écoute que ça depuis une semaine. Son album Close to Paradise. Un son vaporeux, féérique, noir et en même temps d'un comique assez troublant à cause de la voix un peu aigue de Patrick.

Je pense n'avoir jamais fait autant rire Julie qu'au moment où j'ai sorti cette phrase, qui était en réalité: "Be a blanket for my bones". Un moment magique que d'assister à un fou rire de Julie, et j'ai assisté à énormément de ses fous rires! La lumière qu'elle dégage s'intensifie à un point tel qu'on ne peut faire autrement que de tomber amoureux d'elle, emporté par sa folie. Elle m'a partagé cette folie dès le premier courriel qu'elle m'a écrit, sans même me connaître. J'ai plongé dedans tête première et je ne regrette pas une seule seconde de m'y être noyé, mélangeant ainsi nos deux folies, nos deux univers, sans pour autant en obstruer un. Un Big Bang chaotique et divin, l'amour véritable où l'honnêteté faisait foi de loi.

Certains épisodes furent plus durs, mais nous les passions ensemble. Je n'avais pas encore eu le temps de lui dire que je voulais des enfants d'elle, mais j'en avais parlé à Chantale, lui disant que le fait que Martin soit rendu avec un petit bébé tout mignon et que Christine et Daniel me disent que c'est la plus belle chose qui leur soit arrivée m'a fait beaucoup réfléchir et que finalement, c'est avec Julie que j'aurais voulu avoir des enfants. Elle aurait été une mère fantastique. Trois jours avant le décès de Julie, Chantale l'avait invitée à souper. Elles se sont parlées et Chantale lui a dit ce que je lui ai dit. Julie a donc finalement su que mon amour pour elle était tel que je voulais élevé un enfant auprès d'elle, que nous aurions été les meilleurs parents du monde. Elle est partie en sachant cela. Elle est partie avec dans son coeur la certitude que nous aurions passé le reste de nos jours ensemble avec notre marmaille.

Quand Chantale m'a dit ça jeudi dernier, en route pour Chicoutimi, le poids du désespoir s'est allégé tout d'un coup, me laissant un peu plus respirer. Je gardais en moi la regret immense de n'avoir pas eu le temps de lui dire....

Repose en paix, douce Julie, tu mérites la tranquillité du coeur jusqu'à la fin des temps et mon amour t'accompagnera jusque là...

jeudi 12 juillet 2007

JE PENSE...

À la vie qui peut continuer son train sans que rien ne change...
À ce qu'elle a bien pu faire de sa soirée pendant que j'étais parti au cinoche avec des amis...
À la journée où on va recevoir un courriel de "Bonne journée, je t'aime!"...
À la nuit passé dans ses bras réconfortants, sentant son souffle sur mon visage...

Et je me dis...
Que rien ne sera plus pareil à partir de maintenant...
Que le Vide n'est rien face au Manque...
Que demain reste un brouillard opaque et noir...
Qu'il faudrait bien recommencer à respirer, un jour... mais j'en suis encore incapable. J'ai passé ma première nuit d'enfer et de réelle angoisse face à tout cela et je me dis que ça ne fait que commencer. L'infection doit être combattue, toutefois...

mercredi 11 juillet 2007

TENTER DE VIVRE

On en est rendu là. Mais je ne sais plus. Après ma crise de panique de lundi, j'ai commencé à me poser un tas de questions par rapport à moi, à ce que je suis et ce que je fais. Des questions inconscientes, des réponses qui m'ont explosées dans le crâne. J'en suis rendu là.

Je n'ai jamais appris à découvrir mes affinités. Je me suis toujours laissé conduire par un inconscient en fuite de mon passé. Je ne sais pas ce que j'aime ou ce que je n'aime pas, seule une impression nébuleuse m'habite lorsque vient la question suivante: "As-tu aimé ça?" La seule chose que j'ai vraiment sue (ou suée?), c'est que j'aime Julie du plus profond de mon coeur et c'est grâce à elle que je peux enfin tenter de vivre.

Pour l'instant, mon frère (que je viens de quitter du téléphone) me suggère d'inhaler de l'opium par la bouche pour faire du bien à mes poumons, mais je ne crois pas que ce soit une très bonne idée...

Plus fort que ça. On tente de sombrer, consolations par l'alcool et les drogues. Je ne suis pas intéressé. Le mal me ronge, toutefois. Je me suis encore réveillé avec les cris de douleur et d'angoisse de Julie, ce matin. Je suis pris aux poumons, comme si j'étais en train d'imploser tranquillement. La cage thoracique tient encore le coup, toutefois...

Lassitude. Je l'écris depuis deux semaines, c'est toute ma vie qu'elle accompagne. Elle est seulement beaucoup plus forte depuis le 25 juin... Les gens travaillent et je suis seul. Demain soir, départ pour le Saguenay. Changement de décor, espérons qu'il soit accompagné d'un changement d'humeur...

lundi 9 juillet 2007

MORCELLEMENTS

Je me suis senti dans une tombe aujourd'hui, pris entre quatre planches, plus capable de respirer, les mains déformées par la souffrance sans pouvoir les bouger, le corps engourdi par la panique. Un détour à l'hôpital (merci à ce cher Jean Delorme), je retourne à la maison, plus de peur que de mal...

Mais la peur n'y étais pas. Le mal, lui, était sournois. Cette après-midi, j'ai vécu "live" ce que Julie a dû vivre le 25 juin dans son lit. Une douleur intérieure affreuse, une angoisse folle de ne plus pouvoir bouger mes membres. Tout m'est revenu... Toutes les souffrances qu'elle a pu endurer, la tentative vaine de réanimation, le transport jusqu'à l'hôpital... Ce fut un cauchemar... En revenant à la maison, j'étais complètement gelé par une pilule que l'infirmière m'a donnée, j'avais l'impression de marche sur un bateau qui tangue et je voyais double.

Crise de panique totale.

Je dois arrêter. Pas arrêter de vivre, mais arrêter de me tuer. Out of the deep blue sea, taking my breath in the mouth of a goddess...

Comment aimer?

lentement
grise nocturne sur fond de cale sèche
la bègue surnage au milieu du feu

croûtes amères dans l'estomac
les édredons duveteux s'élancent au cou des jeunes filles
encerclées de toile
elles dévalent la pluie qui ruisselle sur mon corps
et plongent dans le creux de mon nombril

dizziness
et morcellement du psychosome dans l'expectative du néant
j'en viens à croire que les âges se répètent continuellement...

ÉTOURDERIES...

Plein la tête. Il y a deux jours, j'ai passé l'après-midi et la soirée avec Félix, Antoine et Julie McCabe... C'était la première fois qu'on faisait quelque chose ensemble depuis la mort de Julie et ça a fait très étrange qu'elle ne soit pas avec nous, comme s'il manquait quelqu'un au groupe que nous formions. C'est comme une chaîne qu'un maillon se casse soudainement et où les autres maillons essaient de se ressoudre pour refermer la brèche. C'est maladroit, inconfortable, bizarre. Il n'y avait aucune main que je pouvais tenir, aucun regard amoureux à porter, aucune lèvre à embrasser, aucun réconfort que la personne aimée peu nous apporter habituellement. Que le regard embarrassé de mes amis les plus proches qui avaient l'air de se sentir aussi mal que moi.

Je pense qu'elle nous manquait à tous, et en même temps, on ne semblait pas oser vouloir parler d'elle, elle qui par un seul mot pouvait faire dégeler n'importe quel coeur.

Je n'ai fait que flotter, encore une fois, à travers cette journée pénible et en même temps réconfortante par la présence de ces trois personnes chères à mon coeur. Nous ne devons pas laisser cet inconfort miner notre moral. Je ne dois pas laisser ce malaise m'empêche de vous voir, mes chers amis. Avec des pas mal assurés, je me relève toutefois peu à peu, une journée à la fois, toujours aussi vide, de plus en plus las, mais je me relève quand même. Je ne peux faire autrement, il n'y a pas d'autre solution que celle-là.

Devant moi s'étend une rivière dans laquelle des éclats de verres tourbillonnent silencieusement, m'écorchant sur mon passage, je nage toujours, je saigne toujours, seul au milieu des eaux, avec en moi tout l'amour qu'il me reste, l'héritage d'un ange blond qui avait peur des araignées, mais qui n'a jamais eu peur de la Vie...

samedi 7 juillet 2007

DANSER HORS DE LA FOULE

Ce n'est qu'une minime impression. Une idée d'impression, qui fait dérailler les pensées vers la buée dans une vitre humide, vers une fourmi qui marche entre mes pieds, vers le bambins, de l'autre côté de la rue, en train de dévorer un Mr Freeze le sourire aux lèvres. Un déclic se fait à l'intérieur, comme on allume la lumière dans une pièce sombre, qui nous fait décrocher totalement de la réalité.

Ça arrive à tout le monde, une fois de temps en temps.

Depuis le 25 juin, chaque minute est un déclic comme ça, pour moi. Incapable de me concentrer plus que 15 secondes, je me laisse voguer sur une mer vaporeuse et colorée des sourires de Julie, de son regard étincelant et de ses mains qui ne me lâchaient pas. Des vagues plus sombres peuplent aussi cette étendue, et c'est au moment de frapper l'une d'elles que je sombre à chaque fois dans cette mélancolie morbide, des yeux remplis d'incompréhension, un visage crispé, son Dernier Soupir.... J'ai beau ne plus vouloir y penser, cette image me tient avec des griffres d'acier, juste à l'intérieur de mon coeur, juste à l'endroit où le baume essaie de guérir la plaie qui s'ouvre d'elle-même.

Ça fera déjà deux semaines... J'ai l'impression que c'était ce matin...

mercredi 4 juillet 2007

SYNDROME 11H11...

Julie et moi, nous avions une heure à nous (et cette heure-là est sans doute à plein d'autre monde aussi). 11h11. On le voyait tout le temps quand on était ensemble et depuis la mort de Julie, je le vois 4 fois plus. Une heure de souvenir ou une heure maudite? Je ne sais trop. Depuis 4 jours, je me sens comme un zombie sous les pilules, à essayer de vaincre ma grippe/bronchite qui m'a terrassée il y a exactement une semaine.

Je ne suis pas pleinement là à cause de ça. Je ne ressens pas pleinement à cause de ça. Je suis vidé de tousser mes poumons et lever un bras m'est pénible. Mais la guérison est là, je la sens de jour en jour. C'est lent, mais c'est présent.

Qu'en est-il de moi après cette semaine de folie cauchemardesque? Un grain de sable au milieu de l'univers. Il est seul, il a froid, mais il sens les étoiles autour, qui le regardent de leurs grands yeux bleus.

Marcher sur son ombre est la fatalité de la vie, à moins de s'appeler Superman. La Vision s'estompe peu à peu, elle me tue de moins en moins, mais elle demeure, toujours. Je sais que je ne m'en sauverai pas. Je sais qu'elle est gravée dans mon cerveau jusqu'à la fin de mes jours. Je tremble intérieurement, mais au dehors, je suis vedge, las, dans un mutisme qui m'avale et que je ne peux franchir. J'ai peine à ouvrir la bouche pour dire des choses sensées. Mais je suis avec vous. Je nage dans le monde sans le laisse me pénétrer. Les gens me parlent et je ne suis pas là, perdu dans des pensées qui se font les amies de l'oubli.

Je vis, c'est l'important. J'entends ce corps qui craque et que je retiens de tomber. Il me faut du repos, du très long repos.

Silence... personne ne parle. White noise in my eyes...

jeudi 28 juin 2007

MANQUE DE FORCE...

Je n'ai plus de force... Épuisement total. Mes mains tremblent et la fièvre me crampe sur ma chaise. Je tousse à m'en arracher les poumons et chaque respiration me donne l'envie de vomir. La faim me harcèle, mais chaque bouchée que je prends est un calvaire.

Je voudrais aller te rejoindre, Julie, peu importe où tu es, je voudrais demeurer à tes côtés pour ne plus jamais te quitter et pour que tu ne me quittes plus.

Le Vide, encore plus présent qu'hier, encore plus profond que le néant. Je suis seul devant mon ordinateur, hanté, déboussolé, une plante aura plus de vie que moi.

Certaines personnes tombent gravement malades lorsqu'elles perdent un être cher de la façon dont j'ai perdu Julie. Deux jours après sa mort, les poumons me font mal, la fièvre me tue, la toux m'arrache à moi-même, la gorge me brûle. Le peu que j'ai dormi cette nuit a été une intermittence de réveils en sursauts, de toux creuse, de fièvre débilitante et d'angoisse sans nom.

Ce matin, j'ai lu mes courriels, remplis de mots encourageants de la part de Jen, Marie-France, Antoine, ma tante France et mon oncle Sylvain. Et les larmes m'en ont arraché. Je craque en un milliard de petits grains de sable et le tonnerre gronde en mon coeur.

Ses yeux, ses magnifiques yeux remplis d'amour ne se poseront plus sur moi. La mort. Ne pars pas, Julie... Nous avions encore tout à commencer............

mercredi 27 juin 2007

FAREWELL TO THE ANGEL...

Un début de journée comme les autres, dans les bras de la plus fantastique des femmes. Lundi, 25 juin 2007, une journée pivot dans ma vie et dans celle, sans doute, de bien d'autres. C'est ce matin-là que cette Ange aux cheveux blonds et au sourire qui me faisait fondre s'est éteinte.

Julie, mon amour, je ne peux même pas écrire la tristesse qui m'habite actuellement. Un mélange de vide, de colère, d'impuissance, d'écrasement, de vide et de Vide. Je suis le conseil de Claire. J'écris. J'écris pour ne pas frapper sur les murs. J'écris pour ne pas me faire mal. J'écris pour ne pas m'arracher le coeur de la poitrine et le broyer jusqu'à ce qu'il ne devienne qu'une mare sans forme. J'écris pour que coulent ces larmes qui ne cessent de couler même quand je ne pleure pas.

Un désir féroce m'incite à retourner à tout jamais dans cette tour maintenant pas mal branlante suite aux coups de météorites que tu m'as envoyées. Mais je sais que tu voulais tout le contraire. Je sais que je peux résister à cette tentation. Je sais qu'il est possible de Vivre au-delà du Vide, de cette colère face à l'injustice de ton départ précipité vers le néant de la mort. Je le sais, mais ô combien il sera difficile de défoncer les derniers murs qui me séparent de la liberté.

Tu étais présente pour moi. N'importe quand, même dans tes moments les plus pénibles. Et c'est à moi que tu pensais juste avant de mourir, à me demander si j'allais me rendre à ton anniversaire. Je t'ai vue mourir dans une souffrance que je ne peux caractériser ni même endurer. Cette image hante mes pensées jour et nuit, dès que je ferme les yeux. Nous étions deux étoiles voguant sur des flots lumineux, main dans la main, le sourire aux lèvres, l'amour gonflant nos coeurs. J'écoute présentement "Souffler sur les étoiles" et je me dis qu'il faut toujours continuer à souffler sur les étoiles.

"Il y a nous deux, mer tranquille sans orage
que nous deux dans tous les paysages
Étourdis, mais heureux
ni trop jeune, ni trop vieux
pour souffler sur les étoiles..."

Nous deux, face au monde qui ne comprend pas que la vie prise au sérieux tue la conscience. Il faut continuer à rêver et à vivre.

des étoiles dans les yeux
tu tiens mon univers dans la paume de ta main
et j'attends ton retour

une vague de froid
dans toute cette chaleur accablante
vient ronger mes os jusqu'à la moelle
je deviens un naufrage
échoué sur les bancs d'une mare asséchée...

Mais la lumière demeure, celle de ton sourire, celle de tes baisers, celle de ton regard amoureux pointant dans le fond de mes pupilles. Le Big Bang, la Renaissance, l'apocalypse prise dans son sens de renouveau. Tu étais tout cela et plus encore. Tu étais la femme que j'aime de tout mon coeur, celle avec qui j'aurais terminé ma vie, celle avec qui j'aurais finalement décidé d'avoir des enfants. Tu aurais été une mère parfaite en plus d'être l'amour de ma vie.

Le crâne se vide peu à peu, la fatigue reprend le dessus. Un regard catatonique fixe le bas de mon moniteur et la vision de ta mort me hante à nouveau, perçant mon coeur d'un fer bouillant, mais qui veut toujours t'aimer....

Je t'aime, Julie...

mardi 22 mai 2007

L'ÂGE DES TOURS

dans le dehors des escarmouches
mille dentitions agraffent un sourire
épais
trempé dans un pus séché par le temps
Gargantua
ce renégat des temps anciens
n'en a cure de dévorer des moutons capricieux
c'est en regardant sa main que les fleurs s'épanouiront
l'âge de fiction enfin terminée
s'assagir demeure une possibilité moindre dans le
chaos
vers lui
sonder le creux d'un nerf stimule le rire
résonnance plurielle sur les murs d'une
tour enterrée
on admire le front plissé d'une naine
peut-être regardons-nous le vide
à travers des lunettes 3-D
besoin d'avenir
on tombe d'une maison sans habitants
22 mai 2007

lundi 14 mai 2007

L'HOMME DES MONTS

Dans la lignée du Dernier Soupir. La création d'un personnage qui fera partie de la troisième partie de la Trilogie de l'Ange Noir. L'homme des Monts sera en quelque sorte ce qu'aura été Norgolateth dans "Ici, sur Terre..." (première partie de la Trilogie), un rejeton du néant ne voulant que comprendre le monde qui l'entoure.
Le contour d'une construction se fait voir, peu à peu...

il s'habille en cadavre
pour jouer à la marelle avec mes trippes

situé dans les landes d'Aversion Lente
l'homme des Monts ne sait que faire de sa vie
sinon de dormir et bidouiller le rêve déchu
qui tranquillement s’évade de son esprit en déroute

soute a viande fraîche
des récepteurs de charabia sillonnent le ciel
à la recherche d’un onde absurde

ne touchant pas le soleil
il se permet d’appuyer sur la blessure astrale
contrôle perdu sur la Route des Morres

des animaux tempêtent dans le vent de midi
et demain sera ouverte la porte du Kiosque
qui conduira vers le monde de la Folie

Irmidogia
6 mai 2007

vendredi 16 mars 2007

I COULD SHY THE MOON

Le retour de la femme habillée d'étoiles. Thème récurrent dans mon univers psychologique, cette fois, c'est dans le regard que bouge l'univers. Cette femme a fait son apparition à peu près au même moment où je me suis rendu compte que la tour revenait aussi souvent mes écrits. Elle tient l'univers dans la paume de sa main, habitant cette grande tour à moitié mécanique pour y faire des ravages positifs.
On quitte les hauteurs pour s'en aller dans l'océan. Et peu à peu, des morceaux se collent à la grande trame de la troisième partie de la Trilogie de l'Ange Noir: "Neige sur le pan du Rêve endormi", la suite du "Dernier Soupir". Merci Julie!!!


dans les profondeurs d'une mer agitée
elle marche d'un pas lent
et se sert de ses bras comme palan
pour soulever l'univers marin
et l'enfouir dans ses yeux

une Atlas au regard scintillant
myriade d'étoiles en tourbillons
générations de vies passées à grandir
dans le feu du temps
au son du tonnerre grondant des steppes aquatiques

en surface
les remous ont l'air d'un temple maya
laissé depuis des lustres sous la calotte glaciaire
des craquelures se forment
sous un ciel d'un noir d'oubli
un oeil unique et blanc observe la scène
la timidité l'envoie ailleurs

je n'attends qu'un murmure pour m'élever
d'une couche trop sèche pour ma peau
je reçois un baiser franc
de lèvres miroitantes et pleines

tout se perd au creux d'une bouche en coin
d'un haussement d'épaule ravageur
et dans les branches d'un arbre secoué par
un géant aux mains de glace
qui prend plaisir à toucher les cerveaux
pour les endormir

pour que la mer l'engloutisse
elle n'a qu'à sourire
et le cosmos tombe dans une autre création
tout un monde à portée de bras

je tremble
c'est le froid du commencement

16 mars 2007

dimanche 25 février 2007

OMBRE ASTRALE

Nous y voilà enfin (ou à regrets)! C'est le dernier poème qui traînait la patte! À partir de maintenant, les entrées seront beaucoup plus espacées, puisque je mettrai mes poèmes au fur et à mesure que je les écrirai.
Peut-être aussi vais-je laisser ce blogue dormir un peu. Je ne sais pas encore. Toujours est-il que vous avez presque l'intégral de ma poésie sur ce blogue. Ne manque que le "Dernier Soupir", dont j'ai parlé à maintes reprises, mais qui ne peut être mis ici, puisque c'est un texte assez particulier d'une soixantaine de pages, que c'est la deuxième partie d'une série de trois qui n'est pas terminée et que je veux le publier ailleurs un jour.
Mais je vous laisser cette petite boule d'improvisation écrite en partie sur le tableau vert des chiottes d'un bar...


ombre astrale
dos mûr pour hier
science imagée

demain
tous les regards se tourneront vers un éclair de folie
appât à taupes sur un lit de
miel digéré

Commencé le 4 février 2007, terminé le 25 février 2007

CACOPHONIE DU CUBICULE

Écrit après une soirée dans un bar à ne pas entendre qui que ce soit et à ne pas pouvoir me faire entendre par qui que ce soit. Vous êtes-vous déjà posé la question pourquoi aller dans un bar? La plupart de ces établissements à Montréal sont d'un ordinaire morne, donc on n'y va sûrement pas pour la déco. La musique est tellement forte qu'il est impossible de parler sans crier (ce que je suis incapable de faire), donc on n'y va sûrement pas pour socialiser. La bière coûte 2 à 3 fois plus cher que dans les épiceries. Enfin, la liste peut continuer encore un peu...
J'en suis venu à la conclusion que les bars sont des terrains de chasse construits par on ne sait qui, comme une espèce d'enclos (de cubicule) où on entasse les gens en les étourdissant avec de la musique forte à basse fréquence et où on leur implante des puces pour les transformer en robots tueurs.
Si seulement ce n'était que ça... Nous nous saoûlons de bruits pour ne plus nous entendre nous-mêmes, jusqu'à ce que tout nous soit passer devant les yeux sans qu'on parvienne à voir quoi que ce soit. Trop tard. À la fin de la nuit, il ne restera plus rien et on aura passé la nuit à ne rien faire.
Poème urbain teinté d'une nostalgie floue, comme vue après avoir bu 30 bières, des grands espaces ensoleillés.


J'entends plus loin les cris des mouettes
imitation des gorges molles
dans la cacophonie du cubicule

un million d'abeilles volant en même temps
sur un rythme lent et engourdi
volage singularité aux rides d'un sourire passé tout droit
à l'intérieur
le silence total
arrêté sur une tente de bronze
sous un soleil sosie de la nuit sans lune
je me pose enfin la question

situer le doute derrière les yeux d'un mourant
suffit-il pour ne plus entendre
la peur?
si la pluie jette ses gants au visage de la terre
qui pourra donc dormir sous les troncs secs?

les réponses s'enlisent derrière un mur de sons
on n'a qu'à sortir du trou pour respirer
mais là demeure le songe d'être seul sur
une pelouse souillée de tambours battants

Je regarde les trains passer sous moi
et je m'endors en mimant la forme souple d'un
ouragan
bêtement abreuvé du silence irritant
de cette fleur aux pâles reflets
une ville blanche aux murs livides
liquéfiée dans un vase grec
et bue dans les coupes sacrées du peuple Érélien

le souvenir du gris chancelle
et se brise contre la brise nouvelle

on attend toujours le début
sans se rendre compte que c'est déjà la fin

11 décembre 2006

mercredi 21 février 2007

LE LABYRINTHE AU CŒUR DES MARÉES SYPHONNÉES

C'est ici que tout recommence. C'est ici que l'on voit l'Ombre pour la dernière fois. C'est ici qu'un regard s'est enfin ouvert sur une vie de fakir impotent. Ce qui fut, n'est plus. Ce qui est, doit être. Ce qui sera, sera lumineux.
On ajoute à nouveau un deuxième élément au texte. La somme en question, à la fin du poème, c'est Julie, voguant maintenant côte à côte avec moi, nous tenant l'un et l'autre, sur une mer encore énormément agitée. Mais la fissure pointe à la surface. Plus besoin de cuillère de plastique, je peux voir de l'autre côté du mur. Un mur tombé et liquéfié qui a finalement pris ma propre apparence. "Tout devient le changement". Je suis ce que j'ai voulu être, je suis ce que le monde m'a appris, je suis ton propre reflet, je suis une idée, je suis le rêve, je suis tout et tout est moi. Par la simple pensée, la réalité se tord et se métamorphose, le monde existe parce qu'il existe dans ma tête.
Vous pouvez vous approprier cela aussi. Nous, gigantesque argile prête à modeler les mains du sculpteur. Qui s'en rend compte, se rencontre et peut finalement vivre. Route ardue, semée d'ambuches perverses et démobilisantes, mais...


il faut nager rigoureusement dans cette mer
des bras en moins qui ne sont pas de trop
on boit la tasse de cette eau amère
sans pour autant en percevoir les défauts

ci-gît l'Ombre
aberration d'une pensée retardée par les flots
au centre de ce qui fut une chair pleine de virulence

des lézards de plomb s'agitent
sous le soleil d'écailles émeraude
noirceur dans la pudeur aquatique
et de la plaie se forment des songes boueux qui perdurent
ils se languissent de la lumière
d’un réverbère humide passant par-là

démenti
démantibulé
démente
des menteurs s’excluent du lot de la charge
et huit années de solitude demeurent
inchangées

tout
devient
le changement
quand sur ce mur las millénaire
vêtue de larmes grises et regorgeant des visions décadentes
l’oubli ne veut pas se faire entendre au fond des choses, il se laisse flotter, danger imminent sur le point d’exploser, et n’a d’yeux que pour une bouche, le contour d’un menton, l’éclat d’une dent, le tout fermé au
public

un spectacle terminé qui n’a jamais débuté

et nous sommes perdus dans une aile du dédale
cherchant à retrouver ces mains blanches
celles qui rêve de ton visage dans le soir
mais qui n’ont que plastique floue à caresser

perdus
cherchant à sortir par tous les moyens
mais irrémédiablement attirés vers le centre
là où
dans son propre reflet
l’Ombre s’écrase constamment

les deux sommes sillonnent
la marée les emporte

9 novembre 2006

lundi 19 février 2007

MÉMOIRES ROUGES

La paralysie des mots dans la bouche d'un poète. Quoi de plus pathétique? Une paralysie qui provoque des pertes énormes à une mémoire fébrile et vascillante. L'oubli est un thème récurrent dans ma poésie. Dès le tout début (avec le poème "Oublié") je me penche sur le problème de la mémoire et de la façon qu'ont les êtres humains à évoluer selon qu'ils ont oublié ou non leur passé. Beaucoup de gens oublient. C'est à ce moment qu'ils perdent le contrôle de leur vie. C'est à ce moment que l'autodestruction commence. Ces gens se tapent (on peut le prendre au sens figuré) sur la gueule pour des broutilles. Et des feux s'allument. Et on n'a pas le temps de tourner la tête que la Cité est en proie aux flammes. Invasions barbares ou guerre civile?

Mais ce n'est pas le but de ce poème. Prenons-le dans un sens plus personnel. Une autre tentative de percer le mur avec cette petite cuillère de plastique déjà fendillée.

Les mémoires rouges, ce sont les mémoires mortes, les corps morts dont je parlais et qui tombent avec fracas, se répandant sur cette belle herbe verte. Un lien se tisse entre tout. Un filet à mailles serrées, la toile d'une araignée sur le crack. On veut garder le tout à l'intérieur, alors que tout porte à croire que la porte n'est pas barrée...



on tente de monter la falaise
encore une fois
mais le gel du blanc et du noir m'arrête
en une lecture contemplative et éblouie
des passages se creusent dans les méandres
des bulles de mémoire sortent de mon crâne
évolution lente traversant le ciel nocturne

elles tentent elles aussi de s'élever au-delà du mur
dans la torpeur des hauteurs
trop haut dans le froid
dépression sillonneuse à travers vent et nuages

l'esprit n'est plus dans l'oubli
la mémoire atteint le sol et s'écrase
dans un flot d'herbe nappée du rouge
de sa vie

10 octobre 2006

dimanche 18 février 2007

LE MOINE, DEUXIÈME CHANT

Je ne sais pas si vous vous souvenez de mon poème "Le Moine"? C'est un peu la suite du "songe noir des glaciers aux mille mollusques". C'est aussi la découverte d'une âme à la chaleur réconfortante devant laquelle on reste là, bouche béante. Écrit la deuxième journée du Big Bang, c'est beaucoup pour le début d'une Création.
Le Moine est cet être momifié qui a déjà fait son apparition dans "Demain" et qui devra en faire d'autres dans de futurs écrits. Mon idée de la spiritualité religieuse : trop vieille et bonne pour s'effriter en poussière. Rien de plus, rien de moins. Tel est son destin. Il est le reflet de l'hubris qui tente de monter sans cesse sans regarder autour, trop souvent au nom d'une religion plus ou moins fiable. Une roche lancée dans les airs et qui retombera avec fracas, emportant tout sur son passage. C'est exactement ce que j'observe sur cette petite boule pourrissante qu'est notre petite Terre. Des tueries, des psychopathes construits par la peur, des peuples frères qui se poignardent dans le dos. Et tout le monde s'en fout (généralisons un peu, ça fait toujours du bien!).
Aussi un poème sur le poids des souvenirs. Autant peuvent-ils nous enfoncer que nous élever. En fait, seuls les corps morts de la mémoire sont là pour nous emmerder, des résidus gris et mous, persque transparents, qui viennent s'incorporer au Moi actuel pour prendre plus de substance et ronger, comme un ver blanc, l'intérieur de l'esprit. On tente de s'en débarrasser, mais plus le temps avance, plus ils s'accrochent éperduement et nous chassent de nous-mêmes, d'où ce que je suis devenu au fil des années en tentant de fuir tout ça. J'ai finis pas me déconnecter de moi-même pour ne plus rien ressentir. Ça a marché un temps, mais maintenant que je veux "réintégrer" ma carcasse, une espèce de mur me bloque le passage et il me faut le traverser avec l'aide d'une seule cuillère de plastique... C'est quand même un beau défi : percer l'immatériel avec le matériel. On verra ce que ça donne!


une montée sordide sur un roc sans bout
dégénérescence des tissus chaleureux
par ce froid qui vient du crâne

second temps des mémoires
le lourd passé des âmes sensibles
accentue le joug de la viande morte
trimballée ci et là au gré du vent rocailleux

la somme des idées abouties demeure inconnue
car la pensée n'aime pas les idées arrêtées
on n'a cure que des élans du pied
sur la chair momifiée d'un chaste désirant la vie
sourire
et rester là
bouche béante face à la
beauté

il ne sert plus à rien de monter
l'érosion s'occupe du reste

le froid demeure
cependant

8 octobre 2006

vendredi 16 février 2007

LARME EN LAME

Finalement, il restait celui-ci. On sent encore une atmosphère de guerre flotter dans un esprit survolté et en fuite. Des larmes qui font mal, qui tranchent la peau tout en coulant sur le visage, provoquant le flou sur ma vie, sur ce que je fais dans ce monde, sur la réalité ambigue de la création, sur les pensées de l'humanité. Je ne connais plus le monde et en dehors d'une boîte cachée derrière un rideau teinté de sang, le vent souffle sa présence. Des notes de piano résonnent dans le vide et je suis fou.
Comment entendre lorsque le cerveau ne répond plus de rien? On n'entend pas, on ne parle pas, seul le silence reste, un effacement toujours plus trouble alors que je m'avance dans la lumière qui m'aveugle.
Deux jours plus tard, je reçois un courriel qui provoquera des tremblements intérieurs hors de proportions. Julie Charbonneau entre dans ma vie telle une météorite brûlant d'un feu ardent et fera déborder la rivière brisée.


des retranchements incongrus s'insurgent au pas
d'un cerveau sur 220
éclairci du froid et des tentes déchiquetées

on s'imagine mal les causes
seul le silence reste
oublié par les jours qui vaguent à leurs
troubles

un flou rarissime filtré par des yeux ouverts sur tout

ce qui manque aux chants
que du vent
et des scies en formes de flocons neigeux
embrouillés par une larme en lame de laiton

5 octobre 2006

L’ENFANT OUTRÈRE

Dernier poème de ma période "néant profond". La naissance de l'enfant de l'ère humaine, résultat de toutes les peurs, paranoïas, angoisses, guerres, où les chiens se baignent dans des marres de sang. C'est dans le coeur que réside le néant, c'est dans le coeur que naît cet enfant mutant qui n'a aucune chance dans ce monde de fous. Poème visionnaire: il ne nous (les humains) reste plus beaucoup de temps sur cette terre, mais en général, on s'en fout et le feu consumme nos restes avant même la création.
C'est aussi la sortie de mon esprit qui nageait encore dans une mer d'amour impossible pour une autre épine attachée au Fil du labyrinthe. Le Minotaure reste seul, personne ne le comprend. Mais comme je l'ai dit, c'est le dernier texte de ma période d'édification néantifiée, les autres seront le résultat démesuré de cette tour vide que j'ai construite autour de mon esprit. Un miroir de ce que je suis devenu, montré à un ange au sourire qui a la force du soleil.


des ronces aux pores d’un cœur saignant
tentent désespérément d’échapper
au néant

le sommeil perce la coque déjà fébrile
et l’inconscient invente l’univers
fulgurance de bombe atomique
dans le sourire d’un sexe
sournoisement altéré par la peur
rictus embaumeur sur les plages bondées
de cadavres de rêves suicidés
où des éléphants écrasent la source
inconscients du temps redémarré

dans l’eau rouge
argent facile pour un kamikaze
des chiens s’y baignent et boivent
laissant des ombres toisonnées
sur une surface immobile
le marbre d’une année gâchée prestement
à oublier les mots qui dorment
sur la joue délicate d’une déesse
ces mots prêts à être embrassés
et avalés sans plus tarder

mais le sage finit par oublier de vivre

c’est que depuis peu
la vie a fini par l’oublier
lui aussi

étrangers dans le jour
des flammes bleues sur une nappe rouge
n’est plus que carbone en combustion
dans plus de carbone
mer noire envolée dans un vent froid
la peur envieuse achève de tuer
son entourage inconsistant
et palpite du trou béant
l’enfant de l’autre ère
mutant de feu austère
chassé par le train d’un passé obèse
et emporté à travers des ruines fleuries

voyez
contemplez la couleur du visage fugueur
incorporez dans votre esprit néantifié
l’image d’un corps sur lequel a roulé
trois millions d’années

le mimétisme est vain
l’ampleur des dégâts s’annonce futile

c’est un enfant mort-né

20 juin 2006

jeudi 15 février 2007

EN TORPEUR SUR UN OEIL

2006! Enfin! Moins d'une dizaine de texte et nous aurons terminé cette grande course qui aura durée 7 ou 8 ans. Le poème qui suit est une sorte de blague de mauvais goût sur l'amour et la solitude...


démente
la poussière sur l’œil du fleuve ébauché
on aimerait situer les corps
dans un million de cœurs
vomis par un temps mimétique

un éclair dans la figure
une génération déflorée par le manque
deux silhouettes ne se touchent jamais
et finissent mortes sur le sable
avalées
pétrifiées

enterrés dans une fange mystique
des organes subsistent
se rattachent dans le noir liquide
nébuleuse de chair rocailleuse
sculptée dans la voiture de Dali
lui-même dévoré par une fourmi végétarienne

le docteur Frankenstein s’en lave les mains
il ne peut que rire sa vie au son du vide de son âme

il est impossible
maintenant
d’arrêter le torrent boueux
limpide ragoût d’idées
subitement
enlevées d’une tranche de cervelle
morte
si belle
seule
l’angoisse persiste tout au fond
devoir creuser plus loin
les mains sales
ensanglantées
rongées par les dents-terre
une hécatombe languissante
chute vers le ciel assombri de pleurs
tout repose sur l’angoisse de vivre

l’immobilité tremble
alors que l’œil embrumé s’ouvre sur le vers
comment savoir les torts abjects
qui sillonnent les tempêtes
jusqu’à l’arrivée d’hybrides gonflés
pleins à craquer de déjections inconscientes

on oublie le rêve quand il pleut

la pluralité n’a de cesse
que dans le singulier
l’unique dans un lit de mort
fixant un plafond décomposé
où une population troglodyte bâtit
le malheur
à même la faim
où l’abstinence pue la merde

C’est que la fange solidifiée qu’est devenue le Corps Nouveau n’a plus rien à voir avec l’Homme. Nous sommes ici, dans les chimères emmêlées d’un univers à la dérive, perdu au milieu d’un espace froid et contraignant… l’intérieur d’un cerveau n’a rien à envier aux morts. D’une façon ou d’une autre, le tout ne devient plus que l’Unique, forme d’amalgame inconsistant de conscience pure au creux d’une goutte de sang. La fiction temporelle aveugle. Celle qui gère les planètes, les étoiles, la vie;
un Sumérien tranche la tête de son esclave
le pape aboie au clair de lune
cinq mendiants avalent de l’arsenic
un dieu vient de naître sur Titan

et je finis par fermer les yeux sur tout
pour m’enfermer dans l’oubli
et l’angoisse de la mort
une humidité m’aspire en son ventre
et le sommeil disparaît définitivement

j’ai vu la Fabrique de la Folie
aux confins d’elle
de lui
de toi
partout où j’échappe mon œil
ils le mangent sans retenue

pour nettoyer les murs souillés
le mort doit se lever
et frotter dur
personne ne le fera à sa place
si ce n’est le silence du caveau

21 mars 2006

mercredi 14 février 2007

ANAPOCALYPSE

Je vais vous citer un passage de mon journal personnel du 30 novembre 2005 pour mieux vous illustrer pourquoi j'ai écrit ce poème. Époque où mon coeur à la dérive s'accrochait encore à une bouée faite de plomb et où je n'avais pas encore tout à fait compris le sens de mes mots. Mes deux hémisphères cérébraux ne sont pas toujours en parfait accord...:
"Comment faire pour se débarrasser d'une obsession qui nous hante incessamment, une de celles qui perdurent et que je ne peux pas éradiquer? Je n'ai pas passé une bonne soirée parce que la personne qui me tient le plus à coeur n'évolue pas d'un iota... Comment peut-on rester si puéril, si superficiel, alors que nos goûts musicaux évoluent, que nous côtoyons des gens intelligents et même cultivés, mais qu'on reste au même stade primaire, un marais de rien, une immense flaque de vide qui ne remue même pas sous les courants d'air...?
Je désire, mais inutilement, ce désir pointe vers le néant, un trou noir si magnifique que je ne veux que m'y perdre. Infantilisation, c'est comme ça que j'appelle ça. Rien d'autre qu'un retour vers un creux de vie qui ne mena nulle part. je devrais dire à cette charmante Jocelyne que nous n'avons plus rien à nous dire, qu'il est inutile de reprendre contact. Quelque chose me retient, comme si, en faisant cela, j'allais passer à côté de quelque chose d'important.
Mais tel n'est pas le cas puisque rien ne vit dans ce sens de son côté. Je, uniquement. C'est ce que j'apelle "Anapocalypse". Une Apocalypse est un événement majeur, un bouleversement, une évolution dans la vie d'un peuple ou d'une personne. L'Apocalypse chrétienne remue ciel et terre, vivants et morts. C'est la finalité de tout, l'atteinte d'une perfection imaginée depuis des millénaires, le retour au Paradis Perdu. De nos jours, Apocalypse signifie destruction, extinction, mort, désastre, bref, la peur, la crainte, une angoisse injustifiée qui bloque le processus d'évolution.
"L'Anapocalypse", dans le terme antithétique où je l'entends, se résume en une stagnation de l'être, une anti-évolution, étape-même du temps où nous vivons et dans lequel j'évolue malgré tout, m'y trempant un peu plus chaque jour."
Oubli de conscience indécis, comme je l'écrivais jadis à mes débuts (voir poème du même nom). C'est le poème que vous lirez ici qui m'a poussé à ouvrir ce blog et à m'ouvrir au monde.


démangeaison au creux du nerf optique
aucun moyen de s’y rendre
un doigt profondément enfoui
dans l’orifice anal
la loque fébrile ébranle le monde

sigüe dans le jabot de survie
une évolution est avortée dans la pensée même du créateur
vomissure sur un mur de murmures
l’hécatombe déboule dans le chantier
de la maladie

aucun désir
que le mal qui rôde furtivement
dans un dédale d’idiotie

cadavres putréfiés dévorés par des hommes en mal d’amour
flaques de pus avalées au fond d’une idée de bêtise
je penche pour rester à la maison

les Cavaliers préfèrent se saoûler chez Carmen
les Léviathans se noient dans leur propre sperm
réplique de débile profond dans la bouche des prophètes

élégance doublée de pétulance
c’est une régression atrophiée qui prévaut
trop de manque à gagner
tomber n’est plus abordable
ne demeure que le Stagnat
un océan vidé de vie
appliqué sur le nombril de Dieu
(divinité quelconque à remplir ici)
n’a que faire des parcelles odorantes
d’une ingéniosité démesurée

le Sinistre abat ses cartes sur des crânes stériles
c’est l’ablation du clitoris cérébral
qui vient annihiler le peu qui restait
des pleurs sortis d’yeux trop grands pour plaire à l’Ancien-Nord

on finit
je m’incluse dans l’addition puérile
dans les confins de cette Apocalypse
euthanasiée
les chairs en lambeaux saignants
les os cassés sur des murs d’air
et tous finissent leur vie chez un boucher pour en finir avec leurs maux de dents
même en l’absence de celles-ci
c’est l’oubli du noir
un oubli de mort

morts
nous le sommes déjà
on ne nous a simplement pas encore enterrés

30 novembre 2005

mardi 13 février 2007

EN ANEXIE

Une autre inspiration de William S. Burroughs. Anexie est le pays du "Festin Nu", là où se fuient les exilés poursuivis par l'Interzone, une organisation mondiale extirpant un fluide spermique pris d'une créature écailleuse (dont le nom m'échappe à cet instant) pour le vendre sur le marché comme drogue contrôlante et pour leur permettre de caché la vraie nature d'un monde tordu où les culs prennent le contrôle de leurs possesseurs.
Le Festin Nu. J'énonce beaucoup ce titre dans mes intros de poèmes, mais je n'en parle jamais beaucoup. C'est un film et un livre qui m'ont énormément marqué et influencé dans ma vie et dans mon art. Ce qui m'est resté le plus de toute cette Oeuvre, c'est la phrase "Il faut exterminer toute pensée rationnelle" (je vous l'avais déjà dit, je pense...). Peter Weller dit ça au début du film, dans un resto à la à ses deux amis (qui jouent le rôle de Jack Kerouac et... Cassidy(?), si je me souviens bien) en fumant une clope, totalement vedge et amorphe. C'est à ce moment que tout commence à dérailler.
Et pour moi aussi. Avec l'aide de Burroughs et des Residents, je me suis permis de détruire les conventions fébriles de la réalité. Des textes qui vargent, des mots incompréhensibles, des mondes où le rêve est plus vrai que la réalité. Un cerveau, un être, une oubliette de souvenirs incohérents qui ne demandent qu'à se définir...


Tonight on a roof full of stripes
Obliveon crawls at the feet of a medusa
Sickly saddened by a mouth full of jaw

Since the end of a day
From silmultaneous gargles
Someone seeks an open eye

Blue then
True to the haunt of a mildhouse
Thousands of stares dare to mimic
A drop of solid argentilla over glass

And they stroke some idiom of time
Looking through the mind of genius
For the sacrifice of kissed lips
Flow under the eye of earth



Tant de souvenirs glacés dans une minute de temps.
Tant de pensées envolées sous les airs du vent…

Je suis une euphorie qui regarda un jour la lune et se parla à lui-même en ruminant diverses pensées telles que l'exil au creux du néant et la métaphore d'une amitié désengagée. Si le limon des plaines drues pouvait finalement exhumer les songes d'un mois biaisé, qu'il n'en plaise aux fourbes détours de venir s'enchâsser dans les fissures de l'Arbre qui alimenta la moisson de la Goraan'biopè…

Et ainsi parla le mitigé au regard de glace en une foule désabusée de se retrouvée mijotée sur les feux d'un four crématoire.

13 août 2005

DEMAIN

Le portrait d'une scène d'après-guerre : les corps jonchent le sol, déjà momifiés par l'effet de la Bombe, un décor macabre, vision de demain où les hommes ne comprennent toujours pas et continuent de se reproduire dans leurs diformités monstrueuses. La nourriture n'est plus bonne, ne reste qu'une sécheresse dévorante.
Il semble que tout ne soit que le résultat d'un conflit entre Dieu et Dieu : un moine mort continue de lancer ses belles paroles qui partent en fumée, englobant la totalité du non-sens de la scène.
Donc, vision d'un futur rapproché, vision d'un intérieur carbonisé où il ne reste que des os trop radioactifs pour même les ronger.
La guerre contre l'intelligence continue... on ne sait pas encore qui l'emportera, mais les brutes ont toujours une longueur d'avance sur nous... Question fondamentale : la violence fait-elle évoluer?


demain
l’ivoire sur ses quatre sabots
verra aboyer un gueux ivrogne
et sous une table emplie de vomissures
un moine momifié enverra sur sa toge vague
sept mots d’arrangement éthique

fumée ciblée d’un œil chauve
l’orge démente s’insinue dans une torpeur morte
subissant l’étreinte
deux ogres s’enlacent

6 mai 2005

dimanche 11 février 2007

ORBITE STATIONNAIRE DÉFECTUEUSE

C'est ce poème-ci qui fut donner à une personne qui se nomme Annie. Un début un peu nébuleux, qui fait aussi référence à un vieux poème (Morbide Ascension) avec les yeux en orbite autour de mon crâne. Malheureusement, je lui avais bel et bien laissé mon coeur, chose que je ne fais plus aujourd'hui parce que ça empêche de vivre. Je ne veux pas raconter l'histoire de notre rencontre, ni comment s'est passé notre relation, ni comment ça s'est terminé (surtout pas). Juste de dire que c'est le seul poème que je lui ai écrit reflète très bien la suite des événements...


pour nulle part je m’étais embarqué
sur le sillon d’un souffle de vent
je m’éteignais au rythme des jours embaumés
me vidant peu à peu de tout mon sang

il s’envolait
rouge sur fond de gris
création folle d’un imaginaire tari
des gouttes de paroles silencieuses
qui comme le chantait Bashung
sont des mots bleus qu’on dit avec les yeux
encore un fois en orbite autour de ce crâne
vieillissant

les rafales cessent d’elles-mêmes
après des siècles d’endurcissement futile
et mon corps retombe en une feuille morte
recueillie par une paume chaleureuse
et des yeux de mer ardente et pure

d’un pied léger
bond après bond
quelques détours nous mènent sur une terre ferme
un banc de boucs déterre la soie d’un lit d’âmes passées
et elle m’y laisse pour accomplir l’épanouissement
de mon être
tout en sachant qu’elle garde près d’elle
mon cœur que je lui ai laissée

située devant moi
Elle
Dame des éléments chaotiques assortis en sons
grains ambivalents que sèment les élans osseux
obéissant à la douce mélodie entamée depuis des millénaires
point d’oubli
que nous deux marchant d’un seul pas la distance de
l’univers

15 février 2005

vendredi 9 février 2007

LA FAIBLESSE DE L’HOMME TUBULAIRE

au détour d’une étroite bouche
nul n’est à l’abri du chaos signifiant
quand l’or abrégé s’époumone sous un lit fermé
pilasses d’ombres avalées par le froid

s’imbrique donc dans la vertu du temps
un défaut d’importance divine
cassure élémentaire au sourcil d’un nuage arrogant
on en écrit un poème pour l’oublier
la mémoire est pourtant fidèle à la
défectuosité
et les yeux du géant solitaire
déboulent la plaine sèche et montagneuse
comme le voudrait une partie du noyau éphémère
habitant toutes les croupes nues
qui hantent un cerveau aux araignées mortes

si peu
qu’un baiser dans le langage du vide
jusqu’alors limité par la pensée de l’homme humain
des miettes laissées au Charognard vitrifié
celui qui se débat dans les filets d’un pensée avortée
de l’amour égorgé dans le ventre de l’Égo-Primaire

dans ses enjambées monumentales
la saigneuse hurle au vent des mots hérétiques
« ich bin der Zorn Gottess! »
comme pour briser pour un temps la folie d’être une vie

reste là
brûlé dans une neige rouge
que le cœur écrasé
vidé
de l’idée qui fait du soleil une torche éteinte
pour les yeux morts
et je m’assois tranquillement
en sentant sous ma nuque
la chaleur de la chair agonisante
à l’aube d’un éveil décomposé dans la parade

18 janvier 2005

mercredi 7 février 2007

CINQUIÈME VOLET: 2005-2006 - UN NOUVEAU DÉPART

On se rapproche de plus en plus d'aujourd'hui et je me rencontre (rends compte) que le dernier poème que j'ai mis n'a en fait aucun rapport avec Annie, mais bien, encore une fois, avec Jocelyne. 2004 était l'année Jocelyne. Mis à part ça, le reste du commentaire est correct.

2004. Une année de nouveau départ pour moi, qui aurait pu me faire écrire à foison, mais qui n'en fut rien, finalement. Le mois d'août est le dernier mois à m'avoir vu écrire dans cette année. Le reste de l'année a été un retour à l'état de robot, perdu dans la fatigue d'un travail encore nouveau, mais que je maîtrise de plus en plus.

Le prochain volet n'a pas de nom. C'est le volet 2005-2006, tout simplement. Douze bombes de mots à vous envoyer. Je compte le faire rapidement, comme ça, on pourra commencer à neuf plus rapidement avec mon nouveau stock!

mardi 6 février 2007

DEUX ENFANTS SUR LE DOS DES DIEUX

Le dernier poème de ce quatrième volet termine le tout dans une apogée de création et d'amour. C'est la rencontre d'Annie, avec qui une relation éphémère a durée quelques mois et s'est terminée de la pire des façons. Une histoire à oublier, une histoire qui ne rime à rien, une histoire qui a provoqué la craquelure d'un trou déjà présent depuis bien longtemps, dans ce petit lobe frontal gauche qu'est le mien.
Mais ce poème n'est que le commencement de la fin. Tout n'est pas perdu. L'espoir, toujours l'espoir d'autre chose que la Vraie Vie. De la poudre aux yeux, je suis aveugle, et je mange le sable dans mes souliers en pensant que c'est le meilleur des vins.
"Et mon désir s'enfuit au moment de la peur..." Comme de deviner peu à peu les pensées d'un esprit poupon, j'excave le mien pour y retrouver la perte de mon identité. On se façonne comme on peut quand les bases sont pourries.


de mémoire arrangée
plus que l’ombre d’un eucalyptus au-dessus d’une ville de papier mâché

deux enfants jouent aux créateurs
et ne pensent pas à l’acte de décider le mieux
l’un s’agenouille et plonge au milieu des murs
pâteux
s’engouffrant au plus profond de ce blanc déteint

la rapace se meurt et ne reste qu’une
surface lisse qui miroite au firmament
les lueurs de la passion qui s’enflamme

monté sur cette lumière
l’enfant devine le contour de deux corps galaxiens
naissant du centre de Soleil

ces corps brûlent et se métamorphosent au froid de l’espace
en deux êtres de chair et de sang
ils se posent tous trois sur l’île Bleue
au milieu de l’océan d’Irmidon où poussent n’importe comment les roches
et le sable se cognant sur les vagues chaudes
un bras se lève du trio
le plus grand des trois
et tout devient soudain de la teinte qui embaume les cœurs
à l’aube des pas menant vers l’union des êtres

l’enfant disparaît peu à peu
il se fond dans la chair de ceux qui naquirent dans la lumière
les deux premières heures d’un monde nouveau
voient le jour avec le sentiment de la création
alors que les deux êtres inséparables dans leur amour portent leur ombre
au-dessus d’une cité végétale et vivante
jouant aux créateurs et s’arrêtant pour penser
avant que ne s’écroule leur art
au bonheur de leur naissance
dans les feux d’une entité aimante et chaleureuse

4 août 2004

MUTISME

Dans une longue lignée de répressions intérieures et d'abattement des mots, j'ose croire, en 2004, que tout va se terminer d'un seul coup. À Montréal, habitant la chambre d'amis de ma soeur Chantale et nouvellement temps plein chez Archambault comme libraire, j'écris ces mots d'écoeurement. Ils réflètent non seulement mon abattement, mais aussi celui de tout un peuple de mauviettes qui laissent leurs vies entre les mains de clowns qui ne savent même pas ce qu'ils font.
Me voici devant l'esprit québécois, sorte d'ombre à peine visible, dont le regard demeure plein, mais inactif:


ombre de voie sous la langue
la minutie du son s’estompe
et défie le verbe d’en sortir vivant

on oblige un révolutionnaire
à se trancher la gorge pour sa
survie
et depuis 1837
la voix meurt au bord des lèvres
coupée au hachoir rouillé
ses lambeaux dégringolent un visage moribond
vide d’une expression de compréhension

moi ? je reste assis sans rien dire
mais les mots tranchés qui survient à la pression
viennent s’épanouir au chaud d’une plume
se répandant hors du temps réceptif
et pouvant se crier dans toutes les bouches

il est terminé ce temps de la morte parole
quand les enfants parlaient par la bouche de leurs parents
et les hommes silencieux s’arrachaient les couilles
pour ne pas peiner le monde entier

un décapage inutile et avorté
où le génie coupe les doigts du tortionnaire

22 juin 2004

dimanche 4 février 2007

MURMURES D’AMPOULES

La fin du mythe du vieux sage. Le Voyageur est encore une fois un Moi autre, mais en même temps tout à fait ce que je suis, explorateur des angles morts, portant une lumière sur ce qui ne semble pas Être. Le temps a son importance, toujours, il ne quitte jamais les arrières pensées. Au lieu de vouloir la façade, certains préfèrent simplement être là, à regarder d'un oeil scrutateur l'évolution de la pensée du monde. On finit par allumer le phare aux mille yeux quand la pénombre arrive, sur le pas d'une porte ouverte....


nuitamment sur le seuil d’une demeure rurale
habillé de lambeaux dégarnis
le Voyageur observe l’horloge au fond de la pièce
sans voir que le maître de séant est mort
replié sur lui-même sur la table de la cuisine

au plafond est allumée une lampe d’une lueur vespérale
halo sale sur des murs craqués et jaunis
le Voyageur recherche dans ses poches une pièce
pour payer un redresseur d’amphores
qui mendie aux portes d’une vieille usine

en qualité de ce qui est au creux du mal
un œil blanc repose dans un nid
rempli d’ampoules cassées aux mains qui acquiescent
on a le goût de déguster le corps
que l’on posera au fond d’une chaude bassine

le murmure aigu d’un aigle de barbarie vocale
séduit les membres chauves et sans vie
qui arpentent le degré d’une pente où la nièce
suivant les pas du Voyageur sans remords
laisse derrière l’ancienne auberge assassine

dans la lumière crue de l’aube automnale
c’est la couleur du feu qui ennuie
et demain viendra l’épuisement de la vieillesse
pendant que chacun rêvera de devenir un décor
où les rigoles vermeilles pendent salines

21 mai 2004

samedi 3 février 2007

VASES DE CHAIR

Je n'ai qu'une petite idée de ce qu'est réellement ce texte. Sorte de version plus intimiste de "Dérivation des continents", appel au mouvement, car, même si les choses tombent et se cassent, rien n'est négatif dans le mouvement. La stase est mortifiante et un regard d'ailleurs est nécessaire. Toujours vers l'Autre, toujours vers l'inconnu, cet empire nouveau qui apporte une certaine forme de peur, mais aussi l'idée d'une autre réalité.
Un autre "tongue-twister", par la même occasion. Difficile à lire dans sa tête, encore plus à haute voix. :O)


tu déhanches l’élan
et aboies sur la moue d’une hécatombe martienne
en supposant ensuite qu’ils renouent avec l’enfance de l’art

de ta bouche un souffle frais qui maintient le monde en place
tu es l’Atlas du cosmos inconscient habitant ma
carcasse vigoureusement empâtée dans
les herbes marries du sol séché

en cœur détonnent les gestes manuels sur un bras de feu
entendu que l’œil percé d’outremer minaude la sirène
fort de la forme duelle qu’il tient entre ses doigts
il
moi devant la glace du souvenir
dépêche les parias sous les eaux balisées d’un café chic
arbalète au cul du prude masochiste catalan
l’épuisement antérieur brigande bien bas le talon d’Achille
lorsque deux bourgeois assis sur leur divan
avalent un texte miré sur leurs voies reproductrices
j’anticipe déjà une apocalypse dentelée
mordant chairs et sang sur une plage de Californie

en vie au-delà d’une mort millénaire silhouette cendrée
fidèle au poste
dans un orgueil passé oublié par Narcisse le brun
six dés sont broyés sur la table de chevet
résultant le chiffre entier de tricartinc-bicenteuf
je me ballade à tes côtés collés à ma peau béante
que la mâle gamme détrousse d’une charnelle emprise
tu fixes ces sites ornés de brillance crue
et les vases s’enfonçant dans la tête du poète
il
moi sous un rire allègre te baisant
transmet le désuet aux antres d’une future alliance
d’où le vague étreint un corps ennuagé de larmes
sorties des pores du vent

en tirant sur la nappe
les choses se cassent mais dévoilent un ange de son
purifié de la hantise pulmonaire d’un souffle coupé à sa
racine prématurée

deus ex machina derrière le paravent de la déesse silencieuse

9 mai 2004

jeudi 1 février 2007

DÉRIVATION DES CONTINENTS

La création du monde m'a toujours fasciné. Le chaos originel, le Big Bang, le moment où aucune lois ne régissait encore l'univers. Et de ce résultat émerge le choc des éléments en une frénésie amoureuse. Et si l'univers avait été créé par un acte d'amour? Il en résulterait sans doute le poème qui suit, de roc, de terre et d'eau. Un feu se lève peu à peu et vient embraser la lenteur du commencement. C'est une baise torride, une union dangereuse. Mais point de peur, ici, ni de mort. Que la vie qui fête jusqu'à plus soif.


duel sous cape
la lenteur assourdit les cœurs ardents
mais la suite tend vers l’union de la terre
avec l’océan profond et sombre

une nappe bleu foncé s’accapare le sol
douce ménade caressant le flanc solide
de ses mains électriques en ondes magnétiques
elle envoie la jouissance au cœur des choses
et devient l’immense tabou passé outre
sur le rebord de lèvres falaisiaques
qui attendent une fraction d’éternité
pour englober la sphère aquatique

cosmogonie dualiste dans les bras des forêts touffues
les spasmes réarrangent la surface terrestre
qui aboutit au fond des eaux aimantes
prise dans une chaleur qui fait oublier le monde

17 avril 2004

mardi 30 janvier 2007

PLANÈTE MAUDITE

Ce poème me vient d'un rêve que j'ai fait à l'époque. Un monde où il faut toujours avancer, parce que si on s'arrête, on s'enfonce à notre tour dans la fange. Les faits? Je ne les connais plus.
Cette époque est extrèmement vague pour moi (C'est la raison pour laquelle les commentaires personnels ne foisonnent pas trop depuis un bout, pour ceux qui s'étaient posé la question :O) ).
Les prochains poèmes ont été écrits dans des états étranges de confusion. C'est la transition entre mon départ vers Montréal et mon arrivée dans cette grande ville pourrie. Les débuts à Montréal démontrent déjà que je n'ai pas réussi à me défaire des chaînes que je m'étais forgées à Chicoutimi. C'est plutôt le contraire: L'Engagé des Sondes du poème, c'est moi, qui me suis détaché de toute la scène. Un Moi observateur à la surface, mais aussi créateur de la profondeur, espèce de guide touristique d'une planète qui pourrait bien être la nôtre. Des têtes mortes à la surfaces, des corps squelettiques sous la mer blanche, leur vie aspirée par le noyau dévoreur. Toute la scène ne fait que l'indifférer.
Quoi faire d'autre lorsque que nous nous sommes perdus?


Étoile à proximité
Tricycle sur la Planète Maudite
Les jambes pédalent dans une mer de pus gras
C’est toute une civilisation qui s’enfonce
Seules les têtes dépassent
Marquées par les roues d’une jeunesse éthérée

Pas de répit pour le soleil las du jour
Attiré qu’il est par les tentacules du ciel
Fondre au fond de la terre fondatrice
Névrose refoulée devant la mer blanche

Un enfantôme
S’arrête devant la tête de son frère
Morte depuis des mois à boire le mal
Un œil saigne encore des blessures du vide
On ne roule plus
On s’enfonce maintenant dans la vase
Bassin de semence infertile et puante

Le cadet s’ébat contre l’espace rétrécissant
Bulle de démence entourée de calme malice
Une main s’appuie et se déchire lentement
Que mériter d’autre pour tous les vices

Rien n’évoque l’ampleur étouffée du vent-néant

Deux jambes se mettent en mouvement
Et la roue de tourner enfin
Sous elle la succion rage meurtrièrement
Tout y reste à la fin
Cristallisation bénigne pour la Planète Maudite

Deumeure une boule blanche
Piquetée de têtes mortes
Décomposées en éléments chauffants
Chair nourrissante pour un cœur gelé

Situation renversée
Ombres d’yeux dans un espace sous-marin
Des squelettes tremblent d’une acidité morbide
Millions de tuyaux branchés dans les os
Que les têtes s’arrachent à pleines dents
Elles deviennent folles et dévorent le
Cadet
Mais la source du mal
Est dans leurs crânes desséchés

Sous un masque de folie
Un Engagé des Sondes fuit la scène
Chapeau en main
Il lance un dernier coup d’œil sur son
Œuvre
Et se demande pourquoi il n’est pas devenu
Poète

Jetant sur la surface aveuglante
Une lettre de son amant
Il s’envole rejoindre le soleil las
Sur son tricycle devenu dragon noir
Dans ses écailles coule le venin de la délivrance
Et pullulent en rond les alvéoles minimalistes

Il laisse dans son sillage
Ce qui reste de la mémoire du monde malade
La Planète Maudite

22 mars 2004

mercredi 24 janvier 2007

CENTIPÈDE

J'ai été quelque peu silencieux dans les précédents textes. La raison est simple: très peu de choses à dire avec les derniers poèmes. Soit ils étaient trop bizarres pour en dire quoi que ce soit, soit ils disaient déjà tout ce qu'ils avaient à dire.
Celui-ci, par contre, malgré sa courte longueur, est lourd de sens. Ma quête de destruction du langage (et de mon être intérieur par la même occasion) se poursuit plus avant. Dans ce texte, Dieu est carrément synonyme de mort et d'ennui, émanation d'un cerveau bourré au LSD.
Inspirations: William Burroughs, Dali, mon propre cerveau et le "regardage-aller" du monde qui m'entoure.
L'amputation du cerveau vient de la phrase qui m'avait tant marqué dans le film "Le festin nu", de Cronenberg, qui disait: "Il faut exterminer toute pensée rationnelle". Et comme l'être humain est (supposément) un être de raison, j'ai poussé l'extermination jusqu'à l'amputation de son cerveau. Totalement inutile s'il ne peut voir autre chose que la raison. La raison cache souvent tout le portrait des éléments. La raison empêche souvent de voir l'ensemble et se borne sur le détail. La raison plonge les gens dans la spécialisation, alors qu'une polyvalence (que je caractérise comme étant un chaos des sens) assurera la survie de l'être humain.
C'est la même chose avec le mot. La terminologie mentionnée dans le texte est en fait la Règle (les mots) qui détruit la langue (prise comme langage et comme outils de propagation). Une vase putride ne peut que résulter d'une formalité stricte du langage. Les mots sont là pour être décortiqués, reconstruits, oubliés, métamorphosés, etc. Bref, les mots sont là pour être nos esclaves et non le contraire (nous qui sommes esclaves des mots), malgré que nous soyons leurs créateurs en même temps que ce soient eux qui construisent notre pensée.
Le néant finit tout de même par vaincre la pensée... Et ne reste que les insectes pour se nourrir de notre corps inanimé. Oui. Et après?


Déifier la mort pour immortaliser l’ennui
La tromperie psychédélique
Organique dans un ensemble étiolé de barbares

Six inches up to Heaven
Six feet under the sayings
Of a countdown to
Terminologie

Des mots qui détruisent la langue

Fécalité de la pensée
La suite mène dans la matière grise d’un
Centipède

Denses les maîtres d’orties
Sordide animalisme regretté
Je m’ampute le cerveau
Et viennent les fourmis

10 mars 2004

lundi 22 janvier 2007

DES TERRES RÉSONNENT

Dû-t-il s’enfermer au plus profonds d’un nuage
Rien ne reste le même sous un regard futile d’abandon
Entre le vent et les étés au coin d’une verte plage
Un souci visqueux sourcille en se jetant du haut d’un pont

Dieter résonne sur les parois crânienne de ma forte tête
Ondes graves sillant chaleureusement le soleil au rendez-vous des attardés
Temporels

Phalange bleue
Et une oreille découpée qui trempe dans mon vin
Vingt-et-une raisons de hurler l’injustice défiante pour un dé de fientes
Toujours ces dents qui bougent dans ma bouche
Elles veulent ma langue et ce palais flottant
Comparable aux Castels luxueux d’Arabie

Émeutes de gargarismes

Aussitôt perte de langueur au niveau des narines
Des océans rouges de morve s’estompent dans le creux d’un œil
On manque d’air
La réalité se concrétise
Peur fondamentale au créneau des enterrés

Trois heures
Réalisation de la bouillie vieillotte
En subtiles déflagrations nauséeuses
Qui menacent le soutien fier des bustes généreux et désirables
Et annoncent le départ incontinent de la Lune mielleuse

2 mars 2004

samedi 20 janvier 2007

LES CHEMINS DE LA DESTRUCTION MÈNENT AU RATIONNEL

les chemins de la destruction mènent au rationnel
tandis qu’en Afrique
de suprêmes éructations canoniques s’infiltrent
sous le caveau du roi de France

souriez devant le peuple des bas étages
une assimilation rituelle pour des druides romantiques
démission du purgatoire
dénonçons la plèbe arrogante des bourgeois

24 février 2004

vendredi 19 janvier 2007

LES ARAIGNÉES

2004, on part sur un autre pied. Frais de mon analyse du film "Fear And Loathing In Las Vegas" que j'ai faite dans un de mes cours, me voilà divaguant sur l'Histoire, les Racines, la pourriture que l'on traîne depuis le Début. L'Humain a mal et ne veut pas se l'avouer. L'Humain a vieilli comme un punk dans la rue, mais il se prend pour un pacha sur le bord d'une piscine creusée à Hollywood.
Chaste idée face à la réalité...


un de ses bras m’inaugure de son sang
sept de moins pendent sous son corps velu
et des yeux mirageurs s’entendent pour étouffer l’affaire

mes situations dans la toile abrégée
exaspèrent la tulipe malingre aux dents d’étrons
mais tous se tournent en chantant devant la loi
« even down in Hell
life’s still ripping your guts out
eating the plague under your belly

and then
from above the grey sleep
the rotten seeds seem to scream a beam
out of the blue
the deep blue sea… »

comment reconnaître le souffle hanté
de ce cœur acharné à peindre
les oubliettes de mon
crâne ?
car tous les crâneurs savent que rien n’est bon
sous le soleil de tropiques
seules les rivières se la coulent douce

j’ai dans mon nombril plusieurs siècles d’histoire
arrachés de mon pouvoir par le courroux
médicamenté d’hospitalières enragées
prêtes à bouffer les chairs sanguines
de dépouilles infantilisées par la
Socioss Putrefactera
sordide puérile que nous traduirons morte

l’une des sept remue enfin
éveil de la mort sur pattes
ses rêves demeurent secrètement voilés
derrière les yeux de la veuve étoilée
et le son du cor géant
retentit aux oreilles de tous ces bébés dévorés par
le corps parental sur fond d’herbes rougeoyantes

je n’ai qu’une faible idée de l’ampleur de l’ombre
celle qui dévale la pente de ma peau décharnée
et qui va se casser aux pieds du grand sigle du vent

La pluie acide ne fait que diminuer le mal

23 février 2004

dimanche 14 janvier 2007

OUBLI DE CONSCIENCE INDÉCIS

oubli de conscience indécis
envier l’abandon d’un gâteau de sucre sexuel
déjà j’entends l’avenir épier les défections d’un sourire
aboyer de lenteur sourde
mi-vie en demie folie
carnivores les ampoules
des pattes en feu sur un œil vide

23 décembre 2003

C'est ainsi que se termine le lot de putréfaction spirituelle. Après cette vague, je reviens sur un plancher plus stable, mais de plus en plus obscure. La plupart des autres poèmes qui chevauchent le quatrième volet seront des poèmes d'exil, de fuite, de hantise.
Une malédiction semble s'être posée sur moi et il me faudra une autre relation amoureuse (qui s'avérera être complètement absurde et ridicule), un déménagement et un travail à 40 heures par semaines pour briser le tout. Ce qui me fera aussi arrêter d'écrire pendant assez longtemps, ne laissant au fil des ans (2004 à 2006) que quelques perles rares. Mais nous y reviendrons!

DE BONZES PENSANT SUBTILEMENT

De bonzes pensant subtilement
Onze dans la vivante silhouette
Murmure digital infernalisant
un culte divinisant l'os décalciné
le sort de la bouteille éthérée
située inside le regard défroqué
Oublier le chant du chanvre
décapitation de têtes ambulantes
dans l'ombre d'un bananier sirupeux
Des flashes d'incantation esquipées
Ondoyer d'or et déjà sous la palme d'Irmidogie
Une folie simiesque du jour des étés verts
Dupliquer enfin le mol entier
un soupir duveteux
sous
une jupe d'ombres
sous des yeux arrondis...
Énigme du pluriel

23 décembre 2003

J’AI CIBLÉ LE COEUR HONTEUX

J'ai ciblé le coeur honteux
du pitre aux larges yeux éteints
Une deuxième extrémité tronquée
Le temps s'entend mal lorsque sourd
unité amnésique et suppressive
J'en veux au manque d'intelligence
Sur une planète d'été mental
Subtile hantise havoc hors commun
Strophe d'utilisation dérangée
obtuser onctueusement l'essaim philosophe
Je devine enfin le plafond
Déshabiller les oraisons anglones
Sybille d'une anguille sous roche
Quand un alphabet désuet chante
Fibre d'humeur s'effiloche
Au long du tronc acrobate
J'espère illusionner sur le miroir
Amphibienne sonde d'arpèges bleues
Détruire un biscuit sacré
qui alimente une orgie phallique
Tartare sur un fond d'albinos
Barbares aux fronts caliguliens
Retournement de situation
situé sous les cordes vocales
d'un duc supprimé dans le vide fleuri

15 décembre 2003

JE DÉGUSTE L’ALAMBIC DU MEURTRE

Je déguste l’alambic du meurtre
On peut se dire la voie
Sans que mue la voix des ormes

Toutes les fois perdues sur la queue
Je manque d’oublier mon ordre défigurant
Une figure palpée dans le creux d’un œil

Cannibalisme d’automne
Un bras sur un mur
Une gorge dans une trompette
Trois doigts sous mes bijoux
Et l’Enfer en tête de piste

Ils aboient pour une once de vie pleine
Toujours revenir au cœur des idées
C’est mourir hors du champ des contes
Futilité infantilisée de la bouche
Cancre las au coin du mur vitreux

Depuis
Les fleurs s’éteignent dans la lande des chevelures
Ondulant sous la foi modulée

9 décembre 2003

ÇA

Ça
Hommage à la gangrène déesse
La situation noble d’un imbécile
Remarques allables sous la table d’opérations

Turpidences ombragées d’air froid
Je suite l’oracle de la condensation
Pour arranger deux arbres nébuleux
Qui poussent dans mes pieds

La bave surgit dans la révolte argumentée
Dégénérée du peuple en fin de course
Stomacale ivresse de la bile savante
Homère trempe dans le crime

8 décembre 2003

samedi 13 janvier 2007

D’HUÎTRES ORALES PÉDONCULES

On déraille! Le cerveau se transforme en grosse pâte malléable et il en sort de nouvelles choses assez chaotiques. La série qui va suivre, quelques six poèmes, en est une de liberté. Le langage n'a plus sa place ici. La signifiance ne veut plus rien dire. C'est de la pure écriture automatique complètement folle. Celui-ci garde toutefois une signification: il est le texte de la destruction de ma relation avec Jocelyne (ondes brunes d’un regard baisé / il ne reste qu’à détruire la phobie des beautés).

Quoi d'autre? Lisez la suite...


d’huîtres orales pédoncules
similitudes aphrodisiaques dans le vide
j’ai déjà envié les éléments du rire
sous un parasol famélique et disjoncté

tu regrettes le médiocre sur tes poils
angoisse psychotique d’élégance
supprimer le foie en manque d’épanchement
souvenirs fébriles d’orages de justesse
morale asthmatique
devenir
hanter
situer
charmer
ondes brunes d’un regard baisé
il ne reste qu’à détruire la phobie des beautés
sous un philtre habile de déjections fabuleuses

tuer des vermines faciles
un baume pour la peur

8 décembre 2003

vendredi 12 janvier 2007

OPPRESSION DENSE

Un combat entre le ciel et la terre, avec moi au centre, tout petit, incapable de bouger, mais l'eau, encore une fois, vient nettoyer les débris. Je pense que le texte dit pas mal tout par lui-même, je n'en dis donc pas plus.


l’oppression danse sur ma tombe
des rougeurs aux angles du cœur assombrissent mes yeux
et la tête subit les craquements d’un sol fébrile

je baigne au centre d’une eau bourbeuse
me retenant en succions puissantes qui m’entraînent vers
le fond du baril

des éclairs multicolores parcourent mes nerfs
oppression rance au sommet de mes os
le poids du corps diminue
mutation lente en régression sur moi-même
je deviens le poisson mourant sous la peau de pétrole enflammé
et le battement ventriculaire explose au cœur des choses

un filament de mon être subsiste à tout cela
une clairière ombragée dénuée de sécheresse
mais perdue dans la vase défectieuse tout au-dessus
oppression gravitique empêchant la sérénité
qui veut sortir des bouches par des sérénades

je perds le sens directionnel en ivresses canoniques
et surplombe sur moi la lumière blafarde d’un enfer dantesque
oserais-je m’écrier ces choses cavalières
que par le prix douloureux de ma carcasse séchant sous le soleil furieux
esclave des principes terrestres qui aboutissent au néant odieux

la sublimation est avortée quand la pluie verse son sang
et les branchies bouchées ne peuvent plus rien
pour un être oppressé de toutes parts
sans foi ni loi je demeurerai
jusqu’à la mort du soleil
puisque déjà je croutonne dans la boue devenant glaise
sans force pour combattre la Gorgone immobile
qui m’attend tout au fond pour m’avaler

craquelures
tout le remuement provient de mon crâne
de sourdes détonations en sortent et anéantissent l’argile solidifiée
des bombes d’eau claire au goût de fraîcheur
elles nettoient le trop-plein de saletés accumulées autour de moi
et de moi se répand la lumière électrique du spectre entier
et de moi s’entendent les réverbérations du temps écoulé
qui dehors alimentent le chaos me libérant des chaînes de l’oppression
et dansent en cercles virtuoses sous mes membres qui respirent enfin la vie

d’une chaleur délicieuse
c’est en entrant au creux de mon esprit que le jour se lève
sur le sentier oblique où un amour naissant du monde
érige les armes contre la calomnie des ancêtres conduits par
la haine de la vitalité de l’être
sous les drapeaux de la bonne foi
et d’une dictature prenant les feux de la loi

hontes aux envahisseurs de l’esprit libre
demain ne leur est plus

26 novembre 2003

mardi 9 janvier 2007

HALO

Le dernier poème de la "lignée Jocelyne". Je me suis écoeuré d'écrire des choses pour elle. L'indéfférence a commencé à embarquer après cela, comme une réaction face aux crises et au manque de maturité qu'elle me faisait subir. Il est beau, aquatique et rempli d'un amour que mon amoureuse du moment ne comprenait pas. L'eau est très positive ici. Elle commence par la pluie, se répand dans la marre et se transforme en une pluie intérieure qui soigne les coeurs. Encore mon "je-ne-sais-quoi" de toujours avec l'eau. :O)

L’orage, dehors, sieds aux maladroits qui regardent le sol se fragmenter
Pour les autres, il en est deux qui ne peuvent mourir
Ils sont chacune des gouttes qui tombent sur les nuques
Et le crépitement batteur sur le bois mouillé arrose de musique la vie des aveugles

Dort, belle nuit mouvementée par les vents
Dort et rêve au doux murmure d’une voix chaude qui s’étend à ton oreille
Dépasse le miroir, dépasse les nuages gonflés de larmes
Dépasse le manque et appuie-toi sur un quai au crépuscule

Dans la clarté d’une lune grise
Décroche le halo rouge qui la couronne et fais-en ton diadème argenté
Puisses-tu ensuite demeurer encore un moment avec moi
Sous la pluie diminuée qui dessine à partir de nous-mêmes nos visages

Court avec le son, je serai tout près de toi
Au bout du quai nous plongerons dans cette marre de folie
Où tous les amoureux plongent, les rendant immunisés
Aux défauts de l’être solitaire qui les regarde se fragmenter dans le ciel

Ils deviendront toutes les étoiles qui illuminent tes yeux
Et s’épancheront dans ton sourire transformé en soleil
De cette façon jamais plus la pluie ne cessera de mouiller les cœurs séchés

28 octobre 2003

samedi 6 janvier 2007

PLUIE SOUS UNE JUPE NOIRE

Un autre texte sur le manque, comme celui qui suivra après lui. Amour à distance, fébrile, boiteux, insoutenable. Rien d'autre à dire, sinon que le rêve et le désir. Ce désir fut la seule chose qui resta un certain temps de cette relation avec Jocelyne. Le reste a été détruit en cours de route. Nothing lasts forever. Rien dure pour toujours, enfin, il sera là pour un sacré bout de temps en moi.


d’un si doux regard
l’éveil de la conscience en effusion sanguine et sanguinaire pour le
sentiment

encore du bruit dans une tête remplie d’atomes pesants

on joue à la marelle
en sautillant d’un pont à l’autre
un soudain arrêt
je me rend compte qu’oubliée dans une sirupeuse cave
la vie des bras d’animaux pensant
dévergonde la pluie qui tranche dans le
vide

nébuleuse incongrue
je nage en elle pour trouver une partie de mon âme
perdue au milieu de milliards d’yeux
second arrêt
le cœur souffre et le nez sent la timide étreinte du feu hilare

que ne peut-on découvrir
sous la jupe noire qui ne se dévoile?

tout un univers de délices
à jamais enfouis pour qui ne sait aimer
ai-je cette faculté
ou ne suis-je qu’un aimant parmi les autres
ailleurs pour qui ne sait s’intérioriser?
point un mal
que la Nature chez l’être pensant
car il n’agit que par l’éphémère
sans regarder quel temps il fera dans deux jours

octobre 2003

vendredi 5 janvier 2007

INNER SPACE

Une meilleure tentative d'écriture de poème en anglais que les précédentes. C'est une chanson de Grimskunk (Inner Piece) qui m'a fait penser à ce texte d'une intériorité ouverte au monde et qui finit par être envahie par un soleil qui semble ici presque le bienvenu. Mais la fin de ce poème est le début d'un tourment qui se résoudra plus loin (dans Opression dense).

La thématique du soleil est très présente dans cette première partie de mon quatrième volet. On le prend ici dans sa symbolique la plus répandue: celle du Roi-Soleil, la figure du père par excellence. N'ayant point encore la faculté, à cette époque de 2003, de combattre le problème en face, il m'a fallu le faire autrement. C'est par ces mots que mon esprit s'y est pris, et c'est par ces mots que mon coeur s'est soulagé, sans comprendre encore que je vivais la même chose dans mon couple que ce que je vivais chez moi, et que c'est sans doute cela qui a fait précipiter les choses.

Enfin, mieux vaut tard que jamais...


They sang my flesh
They sang my bones
Onto pillars of iron strike ideas of silence
Borrow the wind
And breathe inside my inner space

They sang my blood
And they sang my soul
Hollow cavern seeking Hell from the Earth
Sorrow belief avoiding ignorance
Allows me to flee in my inner space

Now they sing on the rooftops of Mexico
And on lakes of the purest blue
Leaving a hand in the position of life
Wide open
A wound that leads to my inner space

No more songs for the Consumed
They swallow drinks of idle cracks
Earthquake of the brains after twilight
When the Moon drifts away
And starts to smile for the Eyes
Forgotten long before the discovery of love
With a sense of truth known only by the Sun
Delightful partner of the lady in the sky
And an invader finishing its night in my inner space

7 octobre 2003

mercredi 3 janvier 2007

LE CENTRE DE LA TERRE

Un autre poème pour Jocelyne. Poème hors du temps, ou plutôt à l'intérieur de tous les temps à la fois. Des images d'enfants et de vieillards jouent sur le même visage, un peu comme la fin de 2001: l'odyssée de l'espace, quand le personnage se voit à différentes époques de sa vie jusqu'à sa mort et sa renaissance en tant qu'entité cosmique. Le désir est toujours présent, comme dans tous les autres poèmes sur cette fille, désir qui frappait chaque fois le mur d'un manque de confiance en... en quoi? En elle-même? En les autres? Qui peut le savoir?

On a finit par s'en foutre, de toute façon.


averse de braises sous le souffle d’une gorge en feu
si belle au coeur d’un ouragan de feuilles mortes
elle s’élève dans le vent
plus pure que le sourire du soleil
emportant avec elle le bleu des astres enrubannés de silence

tout retombe lentement
sur le visage allongé de la Terre tranquille qui
sous les spasmes de son coeur profond
accueille une cendre devenue larme pourpre

un témoin de la scène s’approche à pas de fauve
il semble vouloir cueillir de ses doigts cette larme impalpable
car au creux de sa main
mille bouches demandent d’être embrassées par cette chaleur
une chaleur perdue dans les vastes horizons du temps

l’homme regarde passer les feuilles mortes
accompagnées par le Marcheur
et se retourne pour contempler l’illusion des couleurs
illuminant les eaux frêles d’une rivière noire
larme pourpre devenue bouche brûlante
les trois temps de cette valse atonique
réveillent au fond de la Terre
un chant distillant les coeurs de l’enfants au mille bouches

dès cet instant
clairement distinct des restes ombragés du sol
un sillon se creuse autour du vieillard millénaire
et le terrain d’airain s’effondre
dans le vide rempli d’acclamations torrentielles

l’homme nouveau se pose devant l’Être Noire
une noirceur trop belle pour des yeux humains
une noirceur lançant l’ouragan dans les corps paisibles
une noirceur embaumant de lumière les nuits aveugles

le voeu d’entrer en elle défini le décor
mouvements continus sous un toit de stalactites obscures
des oiseaux égarés volent dans leur contraste
démunis de branches où se reposer
ils s’alimentent de la lumière noire
à l’instar du garçon ébahi par la beauté des vagues sombres

il s’avance doucement et tend les bras
vers la source de son extase
elle lui sourit et l’accueille sur son sein
en une étreinte résurrectrice et rassurante
perchée au centre de la Terre
le noyau d’un amour aromatisé de caresses
et l’union d’êtres célestes organisés par
une horloge établie hors du temps

le froid n’entre plus dans la bouche du ciel
et dorment en silence les paroles ardentes
derrière le rideau vert des cachettes nébuleuses
où naguère hibernaient les malheureux

22 juillet 2003